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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201995

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201995

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201995
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 27 juillet 2022 et 5 janvier 2023, Mme E D, représentée par la SCP Clémang, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a implicitement rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Mme D soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la circulaire du 28 novembre 2012 et, en outre, est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- en estimant que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, le préfet de la Côte-d'Or a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme D une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Clémang représentant Mme D, et de Mme C représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante congolaise née en 1988, est entrée en France, selon ses déclarations, le 6 août 2012. Elle a donné naissance le 21 septembre 2012, sur le territoire français, à Diamanté Divine D, reconnue par M. B, citoyen français. L'intéressée a ensuite déposé une demande de protection internationale qui a été successivement rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 juin 2013 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 décembre 2013. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 29 avril 2014. Parallèlement, Mme D a déposé le 13 avril 2014 une demande de carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 313-11, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme D a fait l'objet, le 27 février 2015, d'un arrêté par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a refusé le droit de séjourner en France et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement n° 1501002 du 1er février 2016, devenu définitif, le tribunal administratif de Dijon a rejeté la requête de l'intéressée dirigée contre cet arrêté du 27 février 2015. Par la suite, Mme D s'est maintenue illégalement sur le territoire français.

2. Le 1er septembre 2021, Mme D a présenté une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Côte-d'Or a implicitement rejeté sa demande. La requérante demande l'annulation de cette décision implicite de rejet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, Mme D ne peut pas utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 qui est dépourvue de portée réglementaire.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. Tout d'abord, Mme D se prévaut de sa présence continue en France depuis près de dix ans. Cependant, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que l'intéressée a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine dans lequel elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales ou personnelles et, d'autre part, que durant ces dix années sur le territoire français, elle ne justifie ni avoir noué de liens privés ou professionnels d'une intensité particulière ni s'être significativement insérée dans la société française.

6. Ensuite, Mme D n'a été autorisée à se maintenir sur le territoire que durant le temps nécessaire à l'examen de ses demandes d'asile et a fait l'objet le 27 février 2015 d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Dès lors qu'elle n'a pas exécuté cette mesure d'éloignement prononcée à son encontre et qu'elle savait que sa situation était irrégulière au regard de la législation française sur l'immigration, Mme D a fait un choix personnel en se maintenant illégalement sur le territoire dont elle ne peut se prévaloir pour mettre l'Etat devant le fait accompli.

7. Enfin, par un jugement du 31 mai 2018, l'intéressée a été condamnée par le tribunal correctionnel de Dijon à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour obtention frauduleuse de documents administratifs constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation, et pour organisation de reconnaissance d'enfant aux seules fins d'obtenir un titre de séjour. La requérante ne peut donc pas utilement se prévaloir de la nationalité française de sa fille dont la reconnaissance de paternité est frauduleuse.

8. Dans ces conditions, et même si la fille de la requérante a effectué toute sa scolarité en France, le préfet de la Côte-d'Or n'a en l'espèce pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant, par des motifs révélés par ses écritures en défense, que l'admission au séjour de Mme D ne répondait pas à des considérations humanitaires et n'était pas davantage justifiée au regard de motifs exceptionnels et en refusant implicitement de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 5 à 8, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas porté au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le préfet de la Côte-d'Or n'a pas davantage, dans les circonstances particulières de l'espèce, commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. Le refus de titre de séjour à Mme D n'implique pas une séparation avec sa fille qui a également la nationalité congolaise. La cellule familiale pourra donc se reconstruire en République démocratique du Congo. Par conséquent, et compte-tenu de ce qui vient d'être dit aux points 5 à 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite attaquée. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Si le préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat, demande qu'une somme soit mise à la charge de Mme D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens, il ne fait toutefois état d'aucun frais spécifiquement exposé pour assurer la défense de l'Etat devant le tribunal administratif. Ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par suite, être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et au préfet de la Côte-d'Or.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- M. Blacher, premier conseiller,

- Mme Desseix, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

L'assesseur le plus ancien,

S. BlacherLe président,

L. ALa greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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