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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202025

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202025

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202025
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2022, M. B D représenté par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus opposée par le préfet de la Côte-d'Or à sa demande de renouvellement de carte de résident ;

2°) de faire injonction au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de résident valable dix ans dans le mois suivant la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- à titre principal, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet ne pouvait, hors les cas prévus aux articles L. 411-5 et L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne correspondent pas à sa situation, lui refuser le renouvellement de sa carte de résident, lequel est de plein droit en vertu de l'article L. 433-2 du même code ;

- à titre subsidiaire, la décision est entachée d'un défaut de motivation, la communication des motifs ayant été demandée à l'administration sans qu'il y ait été répondu.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Grenier, représentant M. D et de M. C, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain né en 1983 et entré en France en 1989, a bénéficié à sa majorité de titres de séjour puis d'une carte de résident venue à expiration le 1er février 2021. Il en a sollicité le renouvellement le 24 novembre 2020. Des récépissés régulièrement renouvelés lui ont été délivrés. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision implicite de refus née le 24 mars 2021 opposée à cette demande par le préfet de la Côte-d'Or.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 314-6-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à la décision en litige et repris à l'article L. 432-12 du même code en vigueur depuis le 1er mai 2021: " La carte de résident d'un étranger qui ne peut faire l'objet d'une mesure d'expulsion en application des articles L. 521-2 ou L. 521-3 peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3,433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est délivrée de plein droit ".

3. Il résulte de ces dispositions que si aucune restriction tenant à 1'existence d'une menace à 1'ordre public n'est prévue au renouvellement, qui est de plein droit, d'une carte de résident, l'autorité administrative peut toutefois refuser ce renouvellement à un étranger qui ne peut faire l'objet d'une mesure d'expulsion en application des articles L. 521-2 ou L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et qui a fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles du code pénal mentionnés au point précédent, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui étant alors délivrée de plein droit.

4. Il ressort du mémoire en défense de l'administration que, pour refuser implicitement de procéder au renouvellement de la carte de résident de M. D, le préfet de la Côte-d'Or s'est notamment fondé sur ce que l'intéressé, contre lequel une mesure d'expulsion ne peut être prononcée, avait fait l'objet, le 12 janvier 2016 d'une condamnation devenue définitive pour des infractions de rébellion et menace de crime ou délit à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique prévues aux articles 433-3 et 433-6 du code pénal. Si le préfet a, par un motif surabondant, méconnu les dispositions de l'article L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, reprises à l'article L. 433-2 du même code, en se fondant également sur la menace pour l'ordre public représentée par le requérant pour lui refuser le renouvellement de sa carte de résident, le motif tiré de la condamnation du 12 janvier 2016 était, compte tenu des dispositions précitées de l'article L. 314-6-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à justifier à lui-seul le refus du préfet de renouveler la carte de résident.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

6. M. D a sollicité le renouvellement le 24 novembre 2020 de sa carte de résident. En application de l'article R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et en l'absence de décision expresse, une décision implicite de rejet de sa demande est née quatre mois plus tard, le 24 mars 2021. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette demande ait fait l'objet d'un accusé de réception comportant les informations prévues par les dispositions de l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le requérant ait eu connaissance de cette décision avant que, par courriel du 14 avril 2022, il sollicite du préfet de la Côte-d'Or, sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, la communication des motifs de refus de sa demande de renouvellement de carte de résident. Enfin, il est constant qu'aucune réponse n'a été apportée à la demande formulée par l'intéressé dans les délais du recours contentieux. Par suite, la décision en litige est, pour ce motif, entachée d'illégalité.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de refus opposée à sa demande par le préfet de la Côte-d'Or.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Compte tenu du motif d'annulation retenu au point 6, seul susceptible de fonder la censure de la décision attaquée, l'exécution du présent jugement implique seulement d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de procéder, dans un délai de deux mois, au réexamen de la situation de M. D. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. D sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

10.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. D, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à l'Etat sur leur fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de refus opposée par le préfet de la Côte-d'Or à la demande de renouvellement de la carte de résident de M. D est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de procéder à un nouvel examen de la situation de M. D dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le jugement sera notifié à M. B D, à Me Grenier et au préfet de la Côte-d'Or .

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et, conformément à l'article R. 751-10 du code de justice administrative, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le président-rapporteur,

O. ALa conseillère première assesseure,

M.E Laurent

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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