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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202053

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202053

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDGK AVOCATS ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de la société Sino Recycling Secondand, qui demandait l'annulation de l'arrêté préfectoral du 31 mai 2022 ordonnant la suppression de son installation de traitement de déchets à Saint-Sauveur-en-Puisaye et la remise en état du site. Le tribunal a estimé que la signataire de l'arrêté disposait d'une délégation de signature régulière et que les inspecteurs de l'environnement ayant effectué les contrôles étaient compétents, malgré une prestation de serment tardive pour l'un d'eux. La solution retenue est fondée sur les dispositions du code de l'environnement relatives aux installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE), notamment les articles R. 172-1 et R. 172-4.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2022, la société Sino Recycling Secondand, représentée par Me Kovac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Yonne n°PRFEF-SAPPIE-BE-2022-215 du 31 mai 2022 portant suppression et remise en état du site qu'elle exploite à Saint-Sauveur-en-Puisaye ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer l'autorisation d'exploiter le site, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, injonction assortie d'une astreinte fixée à 150 euros par jour de retard à compter d'un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de l'arrêté ;

- il n'est pas établi que l'inspecteur de l'environnement ayant effectué le contrôle sur place et ayant rédigé le rapport transmis était, conformément aux dispositions des articles R. 172-1 et R. 172-4 du code de l'environnement, régulièrement assermenté et missionné par le ministère de l'environnement, ce qui l'a privée d'une garantie ;

- elle a entrepris les démarches nécessaires pour mettre fin aux manquements qui lui ont été reprochés lors des contrôles en matière de sécurité incendie, et de gestion des eaux pluviales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2023, le préfet de l'Yonne demande au tribunal de rejeter la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés :

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont seuls été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B, les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société Sino Recycling Secondand, créée en 2019, exploite une installation de transit, regroupement tri et préparation en vue de la réutilisation de déchets non dangereux (en l'espèce, des pelouses synthétiques). Cette installation a fait l'objet d'une déclaration le 29 mai 2019 au titre de différentes rubriques, notamment la rubrique n° 2714 de la nomenclature des Installations Classées pour la Protection de l'environnement, pour un volume supérieur ou égal à 100 m³ mais inférieur à 1 000 m³. Le 15 avril 2021, elle a fait l'objet d'un contrôle, au cours duquel il a été constaté que l'activité portait sur un volume supérieur à 1 000 m³ et que cette activité était ainsi soumise à enregistrement préalable. Il a en outre été relevé plusieurs points de non-conformité aux prescriptions générales applicables aux installations de ce type, en matière de sécurité et de gestion des eaux pluviales. Après procédure contradictoire, la société a été mise en demeure de régulariser sa situation par arrêté du 12 mai 2021, soit par le dépôt d'une demande d'enregistrement, soit par la réduction du volume de son activité à moins de 1 000 m³, dans un délai d'un an. En outre, elle a été mise en demeure de respecter certaines prescriptions relatives aux distances de sécurité, à la mise en place d'extincteurs, et de mettre en conformité la gestion des eaux pluviales du site.

2. Le 7 mars 2022, un nouveau contrôle a montré qu'alors qu'aucune demande d'enregistrement n'avait été déposée, la quantité traitée était désormais de plus de 10 000 m³ ; en outre, il était à nouveau relevé des points de non-conformité aux règles de sécurité et en matière de gestion des eaux pluviales. Par arrêté du 31 mai 2022, le préfet de l'Yonne a décidé la suppression de l'installation et la remise en état du site. La société Sino Recycling Secondand en demande l'annulation.

3. En premier lieu, Mme A, a reçu délégation de signature du préfet de l'Yonne par arrêté du 5 mai 2021 publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour à l'effet de signer tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département, sous réserve d'exceptions dont ne relève pas l'arrêté en litige.

4. En deuxième lieu, d'une part aux termes de l'article R. 172-1 du code de l'environnement : " Le commissionnement des inspecteurs de l'environnement pour rechercher et constater les infractions mentionnées au 1° du II de l'article L. 172-1 et celles prévues au chapitre VIII du titre Ier du livre II est délivré par le ministre chargé de l'environnement. Le commissionnement des inspecteurs de l'environnement pour rechercher et constater les infractions mentionnées au 2° du II de l'article L. 172-1 est délivré par le ministre chargé des installations classées pour la protection de l'environnement. Le commissionnement fixe le ressort territorial dans lequel l'agent exerce ses fonctions, lorsque celui-ci excède le ressort de son service d'affectation. ()". D'autre part, aux termes de l'article R. 172-4 du code de l'environnement :

" Les inspecteurs de l'environnement ne peuvent exercer leurs fonctions qu'après avoir prêté serment devant le tribunal judiciaire de leur résidence administrative. Un procès-verbal en est dressé et une copie remise à l'intéressé. () Il n'est pas procédé à une nouvelle prestation de serment en cas de changement de grade, d'emploi ou de résidence administrative ou de modification du champ des infractions pour lesquelles le commissionnement a été délivré ".

5. A supposer que ces dispositions soient applicables à la procédure ayant conduit à la décision en litige, le préfet apporte la preuve que les deux inspecteurs de l'environnement ayant mené les contrôles des 15 avril 2021 et 7 mars 2022 étaient commissionnés pour la Bourgogne. Si l'un d'eux n'a prêté serment que le 22 mars 2022, postérieurement aux deux contrôles, cette circonstance n'est pas de nature à entacher d'irrégularité la procédure préalable à l'édiction de l'arrêté en litige dès lors que l'autre inspecteur avait pour sa part prêté serment en 2010 et était ainsi régulièrement assermenté et commissionné.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " I.-Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. () II.-S'il n'a pas été déféré à la mise en demeure à l'expiration du délai imparti, ou si la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification est rejetée, ou s'il est fait opposition à la déclaration, l'autorité administrative ordonne la fermeture ou la suppression des installations ou ouvrages, la cessation de l'utilisation ou la destruction des objets ou dispositifs, la cessation définitive des travaux, opérations, activités ou aménagements et la remise des lieux dans un état ne portant pas préjudice aux intérêts protégés par le présent code. () III.-Sauf en cas d'urgence, et à l'exception de la décision de mise en demeure prévue au premier alinéa du I du présent article, les mesures mentionnées au présent article sont prises après avoir communiqué à l'intéressé les éléments susceptibles de fonder les mesures et l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai déterminé. ".

7. Si, en l'espèce, la société requérante apporte des explications sur les mesures qu'elle a prises en matière de lutte contre les incendies, ainsi que sur les raisons pour lesquelles elle n'a pu mettre en œuvre les mesures nécessaires pour assurer le respect des distances de sécurité et améliorer le dispositif de gestion des eaux pluviales, elle ne conteste pas que le dossier de dépôt d'une demande d'enregistrement auquel est soumise son installation n'a pas été déposé dans le délai d'un an qui lui était imparti, et elle n'allègue pas avoir réduit son activité en deçà de 1 000 m³ de déchets traités. Par suite, faute d'avoir procédé à la régularisation de sa situation dans le délai imparti, elle n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté prononçant la suppression de l'installation et la remise en état du site, conformément aux dispositions du II de l'article L. 171-7 du code de l'environnement

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Sino Recycling Secondand doit être rejetée, dans l'ensemble de ses conclusions, y compris ses conclusions en injonction et celles fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Sino Recycling Secondand est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Sino Recycling Secondand, à la Selarl Marie Dubois, liquidateur judiciaire, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de l'Yonne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

M-E B

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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