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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202095

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202095

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202095
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEGI CONSEILS BOURGOGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 août et 1er décembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) PWS, représentée par la société d'exercice libéral par actions simplifiée Legi Conseils Bourgogne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 février 2022, par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Moselle a rejeté sa demande d'aide " reprise ", au titre des pertes de la période de janvier à juin 2021, visant à soutenir les entreprises ayant repris un fonds de commerce en 2020 et dont l'activité est particulièrement affectée par l'épidémie de covid-19 ;

2°) d'annuler la décision implicite, née le 11 juin 2022 du silence de l'administration, et la décision explicite, en date du 13 juin 2022, de rejet de son recours gracieux du 7 avril 2022 dirigé contre la décision du 11 février 2022 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Moselle a rejeté sa demande d'aide " reprise ", au titre des pertes de la période de janvier à juin 2021, visant à soutenir les entreprises ayant repris un fonds de commerce en 2020 et dont l'activité est particulièrement affectée par l'épidémie de covid-19 ;

3°) d'enjoindre au directeur général des finances publiques de procéder à un nouvel examen de sa demande d'aide au titre du décret n° 2021-624 du 20 mai 2021 instituant une aide à la reprise visant à soutenir les entreprises ayant repris un fonds de commerce en 2020 dont l'activité est particulièrement affectée par l'épidémie de covid-19 ;

4°) de condamner l'État aux dépens et de mettre à sa charge la somme de 4 741 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 11 février 2022 aurait dû être précédée d'une procédure contradictoire, dès lors que cette décision refuse un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ;

- la décision du 11 février 2022 s'analyse également comme un retrait de la décision favorable du 6 janvier 2022 du ministre délégué aux petites et moyennes entreprises et aurait dû, également pour ce motif, être précédée d'une procédure contradictoire ;

- il n'est pas établi que la signataire de la décision du 11 février 2022 aurait été compétente à cet effet ;

- cette décision ne mentionne pas la qualité de son signataire, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision du 11 février 2022 méconnaît la lettre du 6 janvier 2022 du ministre délégué aux petites et moyennes entreprises, prise pour l'application du décret n° 2021-624 du 20 mai 2021, qui revêt nécessairement la valeur d'un arrêté ministériel ;

- la procédure retenue par le décret modificatif du 14 octobre 2021 pour l'attribution de l'aide dite " reprise " porte atteinte au principe d'égalité de traitement et de sélectivité ainsi qu'à la libre concurrence et à la liberté du commerce et de l'industrie, en créant une différence de traitement qui n'est ni justifiée par un intérêt général en rapport avec l'objectif fixé par le cadre juridique de l'aide, ni justifiée par une différence de situation appréciable au regard de l'objet de celle-ci, dès lors que les sociétés faisant partie d'un groupe ont été contraintes au respect d'un délai de quinze jours pour présenter leur demande d'aide, tandis que les autres bénéficiaires ont pu bénéficier d'un délai de trois mois et demi ;

- la décision initiale du 11 février 2022 méconnaît le principe de confiance légitime, dès lors que la décision ministérielle du 6 janvier 2021 était de nature à faire naître des espérances légitimes ;

- elle était fondée à solliciter l'aide en litige, dès lors que l'acte de cession de fonds de commerce du 31 décembre 2020 a été enregistré auprès du service de la publicité foncière le 8 janvier 2021, que son activité de restauration-bar a fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public en application de l'article 40 du décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020, et que cette interdiction d'accueil a été levée le 2 juin 2021 par le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 28 octobre et 14 décembre 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, le directeur départemental des finances publiques de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée le 11 août 2022 au directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or, qui n'a pas présenté d'observations.

Les parties ont été informées par une lettre du 31 octobre 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 5 décembre 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 14 décembre 2022 par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C A,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,

- et les observations de Me Coulon, représentant la société par actions simplifiée PWS.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) PWS soutient exercer une activité d'hôtellerie, de restauration et de bar sous la dénomination commerciale La gentilhommière. Elle a formé le 28 janvier 2022, auprès des services de la direction générale des finances publiques, une demande d'aide dans le cadre du dispositif d'aides aux entreprises ayant repris un fonds de commerce en 2020, qui ont subi une interdiction d'accueil du public entre novembre 2020 et mai 2021 et qui ne sont pas éligibles au fonds de solidarité à destination des entreprises dont l'activité a été affectée par l'épidémie de covid-19. Par une décision explicite, en date du 11 février 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Moselle a rejeté cette demande, au motif qu'elle n'a pas été déposée dans le délai prévu. Le silence de l'administration a fait naître une décision implicite de rejet du recours gracieux de la SAS PWS dirigé contre cette décision. Par une décision explicite, en date du 13 juin 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Moselle a rejeté ce même recours gracieux, au motif que la demande initiale n'avait pas été formée dans le délai prévu par l'article 3 du décret n° 2021-624 du 20 mai 2021. Par sa requête, la SAS PWS demande au tribunal d'annuler la décision initiale du 11 février 2022, la décision implicite de rejet de son recours gracieux et la décision explicite du 13 juin 2022 de rejet de ce même recours gracieux.

Sur la portée des conclusions :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la requête de la SAS PWS doit être regardée comme dirigée exclusivement contre la décision initiale du 11 février 2022 du directeur départemental des finances publiques de la Moselle et contre la décision explicite du 13 juin 2022 de rejet de son recours gracieux par ce même directeur.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Aux termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice () ".

5. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée du 11 février 2022 que celle-ci mentionne le prénom et le nom de son auteur, la direction déconcentrée de l'État à laquelle elle appartient, mais qu'elle ne mentionne pas sa qualité. Dès lors, la société requérante est fondée à soutenir que cette décision méconnaît les prescriptions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En deuxième lieu, comme il vient d'être dit, la décision attaquée du 11 février 2022, notifiée par l'intermédiaire d'un téléservice, a été prise par Mme B D, agent de la direction départementale des finances publiques de la Moselle. En se bornant à faire valoir que tous les agents des services de la direction générale des finances publiques sont compétents pour rendre des décisions d'acceptation ou de rejet " de l'aide loyers ", qui n'est au demeurant pas l'aide en litige, et alors que le II de l'article 4 du décret du 20 mai 2021 instituant une aide à la reprise visant à soutenir les entreprises ayant repris un fonds de commerce en 2020 et dont l'activité est particulièrement affectée par l'épidémie de covid-19 se borne à conférer aux agents de la direction générale des finances publiques une compétence en matière d'instruction et de contrôle des aides, le directeur départemental des finances publiques de la Moselle n'établit pas que l'agent ayant pris la décision litigieuse était compétent, en vertu de son grade, de sa fonction ou d'une délégation de signature, à cet effet. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que la décision du 11 février 2022 a été prise par une autorité incompétente et à demander, pour ce motif, son annulation.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la SAS PWS est fondée à demander l'annulation de la décision du 11 février 2022, par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Moselle a rejeté sa demande d'aide " reprise ", au titre des pertes de la période de janvier à juin 2021, visant à soutenir les entreprises ayant repris un fonds de commerce en 2020 et dont l'activité est particulièrement affectée par l'épidémie de covid-19, et de la décision explicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".

9. Le présent jugement implique seulement d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques de la Moselle de réexaminer la situation de la SAS PWS et de prendre une nouvelle décision sur sa demande d'aide du 28 janvier 2022, après une nouvelle instruction. Il y a lieu d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques de la Moselle de procéder à cette mesure d'exécution dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les dépens :

10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

11. Il ne résulte pas de l'instruction que la SAS PWS aurait exposé des dépens au sens des dispositions précitées. Ses conclusions tendant à la condamnation de l'État aux dépens ne peuvent ainsi qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la SAS PWS présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 11 février 2022, par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Moselle a rejeté la demande d'aide à la reprise d'un fonds de commerce de la SAS PWS est annulée.

Article 2 : La décision du 13 juin 2022, par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Moselle a rejeté le recours gracieux de la SAS PWS est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur départemental des finances publiques de la Moselle de réexaminer la situation de la SAS PWS et de prendre une nouvelle décision sur sa demande d'aide du 28 janvier 2022, après une nouvelle instruction, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS PWS est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée PWS et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques de la Moselle.

Copie en sera adressée pour information au directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin et à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

Le rapporteur,

I. A

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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