jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202171 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 août 2022 et un mémoire enregistré le 3 mai 2024, M. C A demande au tribunal :
1°) d'annuler le refus opposé à sa demande de mutation, ensemble la décision du
1er juillet 2022 par laquelle le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse a rejeté le recours gracieux qu'il a formé à l'encontre de ce refus ;
2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa candidature dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice moral, somme assortie des intérêts aux taux légal à compter de la date de réception de son recours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de mutation est entachée d'un défaut de motivation ;
- la procédure suivie est irrégulière, la commission d'arbitrage n'ayant pas été saisie ;
- les avis émis par ses supérieurs hiérarchiques sont incohérents et se fondent sur des motifs qui ne sont pas valables ;
- elle est entachée d'erreur de fait, dès lors qu'il se trouvait dans une situation prioritaire de rapprochement de conjoint et que douze postes étaient disponibles ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, le refus de mutation n'étant pas motivé par l'intérêt du service, eu égard au nombre de postes vacants à Troyes ;
- elle est entachée d'une rupture d'égalité ;
- la décision lui a causé un préjudice moral, eu égard aux impacts sur sa vie personnelle, son état de santé et ses perspectives professionnelles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice demande au tribunal de rejeter la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables faute de demande préalable ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par courrier du 30 août 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public, soulevé d'office, tiré de ce qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de refus de mutation, dès lors que cette mutation a été satisfaite en cours d'instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 2019-1265 du 29 novembre 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont seuls été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B, les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été titularisé dans le corps des éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse à compter du 1er septembre 2021 et affecté à l'Unité Éducative d'Hébergement Collectif (UEHC) d'Auxerre, à 75 km de Sainte-Savine, près de Troyes, où il est domicilié en compagnie de sa partenaire de pacte civil de solidarité (PACS). Il a demandé en 2022 sa mutation à Troyes. Sa demande de mutation n'ayant pas été satisfaite, il a formé un recours gracieux, qui a été rejeté le
22 juillet 2022. Il demande l'annulation du refus opposé à sa demande de mutation et de la décision de rejet de son recours gracieux, ainsi qu'une somme de 2 000 euros au titre de son préjudice moral.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. M. A a informé le tribunal qu'il avait été muté à Troyes dans l'année suivant l'enregistrement de sa requête. Il a ainsi obtenu satisfaction en cours d'instance, et il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur ses conclusions aux fins d'annulation et d'injonction.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.
4. En l'espèce, M. A a régularisé sa requête par le dépôt d'une demande préalable le 30 avril 2024, demande qui, en l'absence de réponse du garde des sceaux, ministre de la justice a été implicitement rejetée le 30 juin 2024. La fin de non-recevoir, tirée du défaut de demande préalable, doit par suite être rejetée.
En ce qui concerne l'irrégularité fautive :
5. Aux termes de l'article L. 512-19 du code général de la fonction publique : " Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées au chapitre II du titre IV du livre IV, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Les demandes de mutation sont examinées en donnant priorité aux fonctionnaires de l'Etat relevant de l'une des situations suivantes : 1° Etre séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles ou séparé pour des raisons professionnelles du partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité s'il produit la preuve qu'ils se soumettent à l'obligation d'imposition commune prévue par le code général des impôts ; () ". Et aux termes de l'article L. 512-21 du même code : " Les décisions de mutation sont prises dans le respect des lignes directrices de gestion en matière de mobilité prévues à l'article L. 413-4. L'autorité compétente peut définir des durées minimales ou maximales d'occupation de certains emplois et peut, dans le cadre des lignes directrices de gestion en matière de mobilité et sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, définir des critères supplémentaires établis à titre subsidiaire. ". Le juge administratif exerce un contrôle limité à l'erreur manifeste sur la décision par laquelle l'administration, eu égard, d'une part, à l'ancienneté dans le corps, à l'expérience professionnelle et au grade des candidats, d'autre part, aux caractéristiques du poste à pourvoir, apprécie les candidatures qui lui sont soumises sur le fondement tant de l'intérêt du service que de la compatibilité entre ce dernier et la situation de famille des intéressés.
6. Il résulte de l'instruction, d'une part, que M. A a exprimé le 19 mars 2022 trois vœux de mutation et classé en premier vœu l'UEHC de Troyes, puis l'UEMO de Troyes 1 et l'UEMO de Troyes 2. Il a en outre mentionné dans sa fiche de vœux sa situation personnelle, en indiquant, dans la partie " observations " qu'il souhaitait se rapprocher de son domicile dans l'agglomération de Troyes où il précisait vivre avec sa conjointe depuis plusieurs années. En outre, le responsable du service dans lequel M. A exerçait ses fonctions, avait signalé, dans son avis sur la demande de mutation de l'intéressé, les conséquences négatives que l'éloignement géographique pouvait présenter tant pour l'agent que pour le service, en raison de ses difficultés à assurer des astreintes ou des remplacements. Si M. A n'a pas coché les cases " rapprochement de concubin " dans ce formulaire mais les cases " convenance personnelle ", et si son recours gracieux ne faisait pas état de sa situation familiale, il n'en demeure pas moins qu'il appartenait à l'administration de tenir compte de sa situation familiale, dont elle avait connaissance, pour examiner la demande de mutation de M. A.
7. Il résulte de l'instruction d'autre part qu'à l'issue du mouvement de mutation, deux agents en poste à l'UEHC de Troyes ont été affectés dans les UEMO de Troyes 1 et 2, libérant ainsi deux postes vacants à l'UEHC de Troyes, outre celui déjà ouvert à la mutation, ce qui aurait permis la mutation de M. A dans ce service qu'il avait classé en premier choix.
8. Le garde des sceaux, ministre de la justice, fait valoir en défense que M. A ne remplissait pas la condition d'ancienneté minimale de deux ans retenue dans les " lignes directrices de gestion " du ministère de la justice, fixées en application du décret du 29 novembre 2019 relatif aux lignes directrices de gestion et à l'évolution des attributions des commissions administratives paritaires. Toutefois, aux termes du V de l'article 11 de ce décret : " Il peut être dérogé à la durée fixée dans l'intérêt du service ou, s'agissant de la durée minimale, pour tenir compte de la situation personnelle ou familiale de l'agent ". En l'espèce, il n'est fait état d'aucun motif relatif à l'intérêt du service qui aurait justifié le refus de nommer M. A sur l'un des postes proposés et demeurés vacants à Troyes et de le maintenir sur son poste à l'UEHC d'Auxerre distant de plus de 75 km de son domicile.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de donner une suite favorable à sa demande de mutation du 19 mars 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. L'illégalité de cette décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne le préjudice :
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que M. A est fondé à soutenir que le refus de mutation qui lui a été opposé est entaché d'une illégalité fautive. Cette illégalité est en lien avec le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence qu'il allègue, résultant des difficultés dans sa vie personnelle liées aux déplacements pour se rendre sur son lieu de travail. Il sera fait une juste évaluation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence en lui allouant une somme de 500 euros.
11. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser une somme de
500 euros à M. A, assortie des intérêts au taux légal à compter du 14 août 2022.
Sur les frais liés au litige :
12. Il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par M. A qui ne justifie pas de la réalité de ses frais dans la présente instance.
DÉCIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par M. A.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 500 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 14 août 2022.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
M-E B
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026