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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202201

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202201

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 août 2022, M. B D A, représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a modifié le lieu de présentation et le périmètre de l'assignation à résidence d'une durée de six mois prise à son encontre par arrêté préfectoral du 9 août 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- cet arrêté est insuffisamment motivé en fait ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur le lieu de pointage, dans la mesure où il est sans domicile fixe et se restaure dans la commune de Dijon et qu'il souffre de troubles psychiatriques ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D A la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 31 octobre 2022, M. D A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 31 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les observations de Me Si Hassen, représentant M. D et celles de M. C, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant soudanais né le 1er janvier 1991, est entré régulièrement en France le 23 juillet 2019 et a obtenu le statut de réfugié le 23 juillet 2019. A la suite de ses condamnations par le tribunal correctionnel de Dijon, respectivement le 20 mai et 16 septembre 2021, à neuf mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours en présence d'un mineur par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte de solidarité et à quatre mois d'emprisonnement pour des faits de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, le préfet de la Côte-d'Or a, le 2 février 2022, décidé de son expulsion. Le requérant ayant été incarcéré à compter du 11 mai 2022 jusqu'au 13 août 2022, le préfet de la Côte-d'Or l'a, par arrêté du 9 août 2022 notifié le 13 août 2022, assigné à résidence sur la commune de Dijon à compter de cette date, cela pendant une durée de six mois. Le requérant était notamment astreint à se présenter au commissariat situé place Suquet à Dijon trois fois par jour. Puis, par un arrêté du 16 août 2022, le préfet a élargi le périmètre de l'assignation à résidence au département de la Côte-d'Or et a modifié le lieu de présentation, pour l'obliger désormais à se présenter trois fois par jour à la gendarmerie situé allée des Jardins à Quetigny. Par la présente requête, M. D A en demande l'annulation.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par décision du 31 octobre 2022, M. D A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : () 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion ; () ". Selon l'article L. 732-1 de ce code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

4. L'arrêté en litige a pour seul objet de mettre en œuvre l'assignation à résidence du 9 août 2022 et se borne à modifier le lieu de présentation quotidienne de l'intéressé aux forces de l'ordre ainsi que le périmètre dans lequel il doit demeurer. Il n'avait, dès lors, pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, dans la mesure où il procède d'une assignation à résidence elle-même régulièrement motivée. A ce titre, l'arrêté initial du 9 août 2022 vise les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que l'intéressé a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion le 2 février 2022 et qu'il est dans l'impossibilité de quitter immédiatement le territoire français dans la mesure où il bénéficie d'une protection internationale. En tout état de cause, l'arrêté attaqué vise à nouveau les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle tant l'arrêté d'expulsion du 2 février 2022 que l'arrêté portant assignation à résidence du 9 août 2022, notifié au requérant par voie administrative le 13 août 2022. Il indique ensuite qu'il y a lieu de modifier le lieu de pointage de l'intéressé ainsi que le périmètre de l'assignation et précise, en son article 1er, que M. D A est désormais assigné dans le département de la Côte-d'Or et qu'il devra se présenter trois fois par jour auprès des services de gendarmerie de Quetigny. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

6. Ainsi qu'il a été dit, le préfet de la Côte-d'Or a assigné à résidence M. D A dans le département de la Côte-d'Or avec obligation de se présenter quotidiennement, tous les jours de la semaine, y compris les jours fériés, à 09 h 00, 11 h 30 et 16 h 30 au service de gendarmerie de Quetigny. L'intéressé fait valoir qu'il est sans domicile fixe et sans ressources, qu'il se restaure auprès du " Resto pop " situé rue des Corroyeurs à Dijon, en face du commissariat de police auprès duquel il était initialement astreint à se présenter et qu'il n'existe pas de structure similaire à Quetigny, où il n'a pas les moyens de se rendre. Toutefois, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations, alors qu'il ressort des pièces produites en défense par le préfet de la Côte-d'Or que la dernière adresse connue du requérant est située à Quetigny et que les différents courriers qui lui ont été adressés à cette adresse en janvier et avril 2022 sont seulement revenus avec la mention " pli avisé et non réclamé ", et non " destinataire inconnu à cette adresse ". En outre, il ressort d'un procès-verbal de recherches infructueuses de la gendarmerie nationale daté du 23 février 2022 que la brigade territoriale autonome de Quetigny était, à cette date, saisie d'une demande de concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de M. D A de son logement, lequel demeurait introuvable. L'intéressé ne justifie ni même n'allègue avoir libéré les lieux, et n'apporte aucune explication sur les raisons pour lesquelles il ne résiderait plus dans ce logement depuis sa sortie de prison. Enfin, s'il fait valoir qu'il souffre de troubles psychiatriques, raison pour laquelle son hospitalisation d'office a été décidée par arrêté du 7 juin 2022, il n'apporte aucun élément, notamment médical, permettant au tribunal d'en apprécier la nature et l'intensité. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, il n'apparaît pas que le préfet de la Côte-d'Or ait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en l'astreignant à se présenter à la gendarmerie de Quetigny.

7. En dernier lieu, si le requérant fait valoir que l'arrêté en litige l'empêche de se restaurer, il n'apporte, ainsi qu'il a déjà été dit, aucun élément probant à l'appui de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 août 2022.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à M. D A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. D A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D A est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Si Hassen.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2202201

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