jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202223 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | AERIGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 août 2022, et des mémoires enregistrés les
18 novembre 2022 et 13 février 2023, M. B A et Mme D A, représentés par
Me Pouillaude, demandent au tribunal :
1°) d'annuler le permis d'aménager délivré le 24 juin 2022 par la commune de Nevers à la communauté d'agglomération de Nevers pour l'aménagement d'une aire permanente d'accueil de gens du voyage ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Nevers et de la communauté d'agglomération de Nevers la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la commune de Nevers n'était pas compétente, à titre principal car l'aménagement, l'entretien et la gestion des aires d'accueil des gens du voyage relèvent de la communauté d'agglomération, et, à titre subsidiaire, car le signataire ne disposait pas d'une délégation ;
- le permis d'aménager a été délivré au vu d'un dossier incomplet, qui ne contenait ni étude d'impact, ni décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas dispensant le projet d'évaluation environnementale, la notice étant insuffisamment précise ;
- il a été délivré en méconnaissance de l'article 1.2 du plan local d'urbanisme de la commune de Nevers, le projet n'étant pas nécessaire au fonctionnement de la zone UE et risquant au contraire de perturber le fonctionnement des installations situées dans cette zone ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, le projet ne présentant pas de garanties suffisantes en termes d'hygiène et de sécurité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 octobre 2022, 2 décembre 2022,
13 décembre 2022 et 6 mars 2023, la commune de Nevers conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la somme de M. et Mme A 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants ne démontrent pas leur intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 octobre 2022, 7 décembre 2022, et
6 mars 2023, la communauté d'agglomération de Nevers conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. et Mme A la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivité territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- l'arrêté du 10 novembre 2016 définissant les destinations et sous-destinations de constructions pouvant être réglementées par le règlement national d'urbanisme et les règlements des plans locaux d'urbanisme ou les documents en tenant lieu ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique
- et les observations de Me Bourgoin-Verdier pour les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Le 24 juin 2022, la commune de Nevers a accordé à la communauté d'agglomération de Nevers un permis d'aménager portant sur une aire permanente d'accueil de gens du voyage ;
M. et Mme A, propriétaires d'une maison à proximité du terrain d'assiette du projet, constitué par la parcelle 179, en demandent l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, () ". Si les compétences en matière d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage relèvent de la communauté d'agglomération de Nevers, un tel transfert de compétences n'a pas, en lui-même, pour effet de dessaisir le maire de Nevers de ses compétences en matière d'autorisation d'urbanisme.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivité territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. () ". Le signataire de la décision disposait, en vertu d'un arrêté du 5 juin 2020, d'une délégation lui permettant de signer tout document en matière notamment de droit des sols.
4. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit par suite être écarté.
5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 441-5 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis d'aménager comprend en outre, selon les cas : 1° L'étude d'impact ou la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas dispensant le projet d'évaluation environnementale () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du code de
l'environnement : " () II.-Les projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine font l'objet d'une évaluation environnementale en fonction de critères et de seuils définis par voie réglementaire et, pour certains d'entre eux, après un examen au cas par cas. () ". Aux termes de l'article R. 122-2 du même code : " I. - Les projets relevant d'une ou plusieurs rubriques énumérées dans le tableau annexé au présent article font l'objet d'une évaluation environnementale, de façon systématique ou après un examen au cas par cas, en application du II de l'article L. 122-1, en fonction des critères et des seuils précisés dans ce tableau. () ". Il résulte du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement que les opérations d'aménagement sont, d'une part, soumises à un examen au cas par cas lorsque leur terrain d'assiette est compris entre 5 et 10 hectares ou lorsque leur surface de plancher ou leur emprise au sol est comprise entre 10 000 et 40 000 mètres carrés et, d'autre part, systématiquement soumises à une évaluation environnementale lorsque leur terrain d'assiette est supérieur à 10 hectares ou lorsque leur surface de plancher ou leur emprise au sol est supérieure ou égale à 40 000 mètres carrés.
6. En l'espèce, le terrain d'assiette est de 8 660 mètres carrés, donc moins d'un hectare. Il n'était donc soumis ni à évaluation environnementale ni à examen au cas par cas en application des dispositions précitées. Si l'article R. 122-2-1 du code de l'environnement dispose que : " I.-L'autorité compétente soumet à l'examen au cas par cas prévu au IV de l'article L. 122-1 tout projet, y compris de modification ou d'extension, situé en deçà des seuils fixés à l'annexe de l'article R. 122-2 et dont elle est la première saisie, que ce soit dans le cadre d'une procédure d'autorisation ou d'une déclaration, lorsque ce projet lui apparaît susceptible d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine au regard des critères énumérés à l'annexe de l'article
R. 122-3-1. ", il n'est en l'espèce pas démontré que le projet en litige, qui comporte 20 places de stationnement et la construction de blocs sanitaires qui seront reliés aux réseaux publics, notamment d'assainissement, comporterait des risques de pollution des sols ou des eaux.
7. D'autre part, selon l'article R. 441-6-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque la demande porte sur l'aménagement d'un terrain en vue de l'installation de résidences démontables définies à l'article R. 111-51, constituant l'habitat permanent de leurs utilisateurs et disposant d'équipements non raccordés aux réseaux publics, le demandeur joint à son dossier, en application de l'article L. 111-11, une attestation permettant de s'assurer du respect des règles d'hygiène et de sécurité, notamment de sécurité contre les incendies, ainsi que des conditions dans lesquelles sont satisfaits les besoins des occupants en eau, assainissement et électricité. Ces conditions sont fixées, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme, notamment dans les secteurs délimités en application de l'article L. 151-13. () ". Le projet en litige ne porte pas sur l'installation de résidences démontables constituant un habitat permanent, et il ressort au demeurant des pièces du dossier et notamment de la notice et des plans que chaque emplacement a accès à un bloc sanitaire double raccordé aux réseaux publics. Il n'entre pas, dès lors, dans le champ d'application de ces dispositions.
8. Enfin, la notice décrit de façon suffisamment précise l'état du terrain, qui est un terrain nu en herbe, relevant d'une zone d'activité économique, et mentionne la nature des installations les plus proches. Elle précise que le terrain sera clôturé et qu'une noue paysagère sera créée au Nord de la parcelle. Le dossier comporte en outre des précisions suffisantes permettant de comprendre les choix réalisés afin de faciliter l'insertion paysagère de l'aire d'accueil, en particulier par la plantation d'arbres le long de la voie de circulation. Il comporte également des informations s'agissant des dispositions prévues pour la collecte des déchets.
9. Le service instructeur a ainsi disposé d'informations suffisantes lui permettant d'apprécier la conformité du projet aux règles applicables. Le moyen tiré des incomplétudes du dossier doit par suite être écarté dans toutes ses branches.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 1.2. du plan local d'urbanisme de Nevers, dans sa version résultant de la révision simplifiée du 17 avril 2017 : " Types d'activités, destinations et sous-destinations autorisés sous conditions - Dans l'ensemble de la zone UE, secteurs compris, sont autorisés sous conditions : - les constructions destinées à l'habitation à condition qu'elles soient exclusivement destinées au logement des personnes dont la présence permanente est nécessaire pour assurer la direction, la surveillance ou la sécurité des constructions destinées aux commerce et activités de service, et qu'elles y soient intégrées, () ".
11. Les requérants soutiennent que l'aménagement en litige porte sur des constructions à usage d'habitation. Toutefois, les emplacements de caravane et les blocs sanitaires ne peuvent être regardés comme des constructions à usage d'habitation.
12. Selon les dispositions de l'article 4 de l'arrêté du 10 novembre 2016 définissant les destinations et sous-destinations de constructions pouvant être réglementées par le règlement national d'urbanisme et les règlements des plans locaux d'urbanisme ou les documents en tenant lieu: " () La sous-destination " autres équipements recevant du public " recouvre les équipements collectifs destinées à accueillir du public afin de satisfaire un besoin collectif ne répondant à aucune autre sous-destination définie au sein de la destination " Equipement d'intérêt collectif et services publics ". Cette sous-destination recouvre notamment les lieux de culte, les salles polyvalentes, les aires d'accueil des gens du voyage ". Le projet en litige relève dès lors de la destination " Equipements d'intérêt collectif et services publics " au sens des dispositions des articles L. 151-27 et L. 151-28 du code de l'urbanisme et il ne ressort d'aucune disposition qu'un tel équipement serait interdit par le règlement de la zone UE. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 1.2. du plan local d'urbanisme de Nevers doit par suite être écarté.
13. En dernier lieu, les requérants soutiennent que l'arrêté en litige est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, sans citer aucune disposition qui aurait été méconnue, mais en se fondant sur des considérations générales relatives à la nécessité et l'intérêt général de l'aménagement " au regard des risques pour l'environnement existant et des atteintes portées aux intérêts des riverains ".
14. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le projet en litige présenterait des risques d'atteinte à l'environnement, le comportement des futurs occupants ne pouvant à cet égard être valablement invoqué, et les considérations de pure opportunité quant au choix du lieu d'implantation de l'aire d'accueil des gens du voyage ne sont pas au nombre des motifs pouvant justifier un refus de délivrer une autorisation d'urbanisme.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de
M. et Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Nevers et de la communauté d'agglomération de Nevers, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, le versement à
M. et Mme A d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes présentées au titre des mêmes dispositions par la communauté d'agglomération de Nevers, qui ne justifie d'ailleurs pas de la réalité de ses frais dans la présente instance, et par la commune de Nevers.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Nevers et de la communauté d'agglomération de Nevers présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, désigné représentant unique en application de l'article R. 411-5 du code de justice administrative, à la commune de Nevers et à la communauté d'agglomération de Nevers.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024 .
La rapporteure,
M-E C
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026