mardi 15 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202261 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 août 2022, M. B A, représenté par Me Grenier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel le préfet de la Nièvre a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sur le refus de titre de séjour :
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation dès lors qu'il n'a pas examiné les critères fixés par l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas mentionné son insertion, le sérieux de sa formation professionnelle et l'avis de la structure d'accueil ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit ;
- il appartient au préfet de justifier de l'absence d'authenticité des documents d'état civil qu'il a produit ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- à titre subsidiaire, cette décision est insuffisamment motivée ;
- sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- sur la décision lui accordant un délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.
Il soutient que
- les dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables au requérant ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique,
- le rapport de Mme Zeudmi Sahraoui, rapporteure,
- et les observations de Me Grenier, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, est entré en France selon ses déclarations en 2018 et a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance. Par un arrêté du 26 juillet 2022, le préfet de la Nièvre a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Elle est ainsi suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, M. A soutient que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation dès lors qu'il n'a pas examiné les critères fixés par l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il n'a pas fait mention de son insertion, de sa formation professionnelle et de l'avis de la structure d'accueil. Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant se soit prévalu, dans le cadre de sa demande de titre de séjour, des dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui concernent les étrangers conjoints de Français, d'autre part, le préfet de la Nièvre a rejeté la demande de titre de séjour de M. A présentée au titre de l'article L. 435-3 du même code au motif que les documents produits par l'intéressé ne permettent pas de démontrer son identité et d'établir qu'il était âgé de moins de dix-huit ans à la date à laquelle il a été placé auprès l'aide sociale à l'enfance, de sorte que le préfet ne peut être regardé comme n'ayant pas procédé à un examen sérieux de la demande du requérant en ne mentionnant pas l'avis de la structure d'accueil ou sa formation professionnelle.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". En outre, l'article L. 811-2 du même code prévoit que : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Enfin, en application de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
5. En l'espèce, pour considérer que les documents produits par M. A à l'appui de sa demande de titre de séjour ne permettaient pas d'établir l'identité et l'âge de l'intéressé, le préfet de la Nièvre s'est fondé sur le rapport d'examen technique documentaire réalisé le 28 juin 2022 par les services de la police aux frontières. Ce rapport relève que le jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance rendu par le Tribunal de première instance de Conakry II le 24 juillet 2018 est établi sur un papier non sécurisé par impression Toner accessible au grand public, qu'il manque des lettres au terme " tribunal " mentionné sur le cachet humide du chef du greffe, qu'il ne comporte aucun espacement entre les paragraphes et que la mention de l'article 555 du code civil guinéen est manquante. Ce rapport constate également que l'extrait du registre d'état civil établi au nom de M. A par transcription du jugement supplétif est établi sur papier non sécurisé par impression Jet Toner accessible au grand public, et qu'il ne correspond pas au volet 1 de l'extrait d'acte de naissance référencé dans la base de données de la police aux frontières. Ce rapport indique également que la carte d'identité consulaire de M. A n'est pas signée au dos. Au vu des irrégularités constatées, qui ne sont pas contestées par le requérant, le préfet a pu considérer que les documents produits ne permettaient pas d'établir l'identité et l'âge de l'intéressé. Ces irrégularités privent par ailleurs de toute valeur probante le passeport dont M. A se prévaut dès lors que celui-ci n'établit ni même n'allègue que ce passeport n'aurait pas été établi sur la base des documents d'identité dont l'authenticité a été remise en cause. La circonstance que le requérant n'ait pas fait l'objet de poursuites pénales est sans incidence sur les résultats de l'expertise réalisée par les services de la police aux frontières. Dès lors, le préfet a pu considérer que les documents d'identité produits par M. A à l'appui de sa demande de titre de séjour ne présentaient pas de garantie d'authenticité et que son identité et son âge ne pouvaient être regardés comme établis et rejeter pour ce motif sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. A soutient qu'il a été placé au titre de l'aide sociale à l'enfance après l'âge de seize ans, qu'il a suivi une formation qualifiante et qu'ayant obtenu un certificat d'aptitude professionnel, il poursuit sa scolarité en classe de terminale au titre de l'année scolaire 2022-2023. Toutefois le requérant, célibataire et sans enfant, n'établit ni même n'allègue qu'il aurait noué des liens personnels ou familiaux sur le territoire français. Il n'est pas isolé dans son pays d'origine, où réside encore sa mère. Dès lors, il n'est pas établi que le centre des intérêts privés et familiaux du requérant se situerait désormais en France. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention précitée et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.
Sur la légalité de la décision accordant à M. A un délai de départ volontaire :
9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2022 du préfet de la Nièvre.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
13. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Nièvre.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,
M. Hugez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.
La rapporteure,
N. ZEUDMI SAHRAOUI
Le président,
Ph. NICOLET La greffière,
L. CUROT
La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
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