jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202297 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er septembre 2022, M. B A, représenté par Me Fiorèse, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de procéder au réexamen de sa demande de regroupement familial ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- sa requête est recevable ;
- le préfet a commis une erreur de droit en rejetant sa demande au motif que son épouse était en situation irrégulière dès lors qu'à la date de dépôt de sa demande, elle était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salariée " en cours de validité ;
- en s'abstenant de rechercher s'il existait un motif exceptionnel permettant de faire droit, à titre dérogatoire, à un regroupement familial sur place, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant le versement d'une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Le préfet soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Desseix a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Le 23 juillet 2021, M. A, ressortissant chinois né en 1990, a déposé une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse qui a été enregistrée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 27 août 2021. Par une décision du 4 juillet 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté cette demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans () ". Aux termes de l'article L. 434-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3° Un membre de la famille résidant en France ". Enfin, aux termes de l'article R. 434-6 de ce code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 434-7, le bénéfice du regroupement familial peut être accordé au conjoint et, le cas échéant, aux enfants de moins de dix-huit ans de l'étranger, qui résident en France, sans recours à la procédure d'introduction. / Pour l'application du premier alinéa est entendu comme conjoint l'étranger résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'au moins un an ou d'une carte de séjour pluriannuelle qui contracte mariage avec le demandeur résidant régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 434-1 et R. 434-2 ".
3. Il résulte des dispositions citées au point 2 que le bénéfice du regroupement familial peut être accordé sans recours à la procédure d'introduction lorsque, à la date du dépôt de la demande de regroupement familial, le conjoint de l'étranger réside régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire pluriannuelle ou d'une durée de validité d'au moins un an.
4. Il ressort des pièces du dossier que, le 27 août 2021, à la date de l'enregistrement de la demande de regroupement familial, l'épouse de M. A était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle en cours de validité. En rejetant cette demande au motif que, le 4 juillet 2022, date à laquelle il a statué sur la demande, le titre de séjour de Mme A avait expiré depuis le 31 janvier 2022 et que celle-ci se trouvait ainsi en situation irrégulière sur le territoire français, le préfet de la Côte-d'Or a entaché sa décision d'une erreur de droit.
5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée est illégale et à en demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, comme M. A le demande, que le préfet de la Côte-d'Or procède au réexamen de sa demande de regroupement familial. Il y a lieu, en conséquence, d'ordonner au préfet de procéder à ces diligences dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A au titre des frais que celui-ci a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant la somme que demande le préfet de la Côte-d'Or au même titre.
DECIDE :
Article 1er : La décision du 4 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé d'accorder à M. A le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial présentée par M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Côte-d'Or.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 21 septembre 2023.
La rapporteure,
M. DesseixLe président,
L. BoissyLa greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
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