jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202301 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET CLEMANG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 19 septembre 2022, Mme C A, représentée par Me Clémang, demande au Tribunal :
1°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, d'autre part, la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- le refus implicite de délivrance d'un titre de séjour n'était pas définitif à la date d'introduction de sa requête ;
S'agissant de la décision implicite portant refus de titre de séjour :
- cette décision est entachée d'un vice de procédure sauf à ce que le préfet justifie de sa " régularité formelle " ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une " erreur droit " ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- cette décision sera annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- cette décision sera annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision sera annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par décision du 4 novembre 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la décision implicite portant refus de titre de séjour et l'avis du collège de médecins de l'OFII sont définitifs ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Clémang, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante russe née le 2 septembre 1985, est entrée irrégulièrement en France le 1er décembre 2012. Suite au rejet de sa demande d'asile, le 20 avril 2015, elle a fait l'objet d'un premier arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours qu'elle ne justifie pas avoir exécuté. Le 20 octobre 2015, Mme A, qui a sollicité un titre de séjour pour motif de santé, s'est vue délivrer une carte de séjour temporaire valable du 30 septembre 2016 au 29 mars 2017, puis des autorisations provisoires de séjour du 23 mai 2017 au 6 mars 2018, suivies d'un refus de titre de séjour du 23 mars 2018 dont le recours en annulation a été rejeté tant par le tribunal que par la cour administrative d'appel de Lyon. Le 23 octobre 2020, l'intéressée a sollicité de nouveau un titre de séjour pour raison de santé et a été munie d'une autorisation provisoire de séjour renouvelée jusqu'au 18 mai 2021. Enfin, le 3 mai 2021, elle a saisi le préfet de Saône-et-Loire d'une demande de renouvellement de son autorisation de séjour. Par l'arrêté attaqué du 17 juin 2022, le préfet de Saône-et-Loire l'a notamment obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, le recours pour excès de pouvoir a pour objet, non de sommer le défendeur de justifier a priori de la légalité de la décision en litige, mais de soumettre au débat des moyens sur lesquels le juge puisse statuer. Le défendeur n'est, en conséquence, tenu de verser des éléments de procédure au débat que si les moyens invoqués sont appuyés d'arguments ou de commencements de démonstration appelant une réfutation par la production d'éléments propres à l'espèce. Or, Mme A dont, au demeurant, la gravité des pathologies n'est déniée ni par les avis successifs du collège de médecins de l'OFII ni par le préfet, ne fait état d'aucun élément sérieux de nature à démontrer ou, à tout le moins laisser penser, que les médecins de l'Office n'auraient pas régulièrement apprécié sa situation, se borne à affirmer devant le tribunal qu'il appartiendrait au préfet de Saône-et-Loire de démontrer la régularité de la consultation du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et n'a tiré aucune conséquence sur son argumentation des productions faites en défense. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme dépourvu de commencement de démonstration.
3. En deuxième lieu, le moyen tiré de " l'erreur de droit " est dépourvu des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".
5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner, pour lui, des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
6. En outre, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 précité, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressée, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.
7. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet a estimé, à l'instar de l'avis de l'OFII du 16 septembre 2021, que si l'état de santé de Mme A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ainsi qu'y voyager sans risque. Si ce dernier a estimé, dans un avis antérieur du 1er février 2021, que la requérante ne pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, les soins nécessités par son état de santé ne devaient alors qu'être poursuivis pendant une durée de " 3 mois ". A cet égard, il ressort des certificats médicaux établis en mars et juin 2021, soit postérieurement à l'avis du collège des médecins de l'OFII de février 2021, qu'en 2013, Mme A a bénéficié en France d'une chimiothérapie et d'une exérèse d'une tumeur fémorale avec mise en place d'une prothèse dont les suites se traduisent par une surveillance médicale, de la rééducation et un traitement antidouleur à base de dérivés opioïdes. En 2015, elle a subi une conisation et un traitement laser dont les suites sont, aux termes d'un certificat établi en mai 2021 par un gynécologue, " un suivi régulier par frottis et coloscopie ". Mme A présente, en outre, des " troubles sévères de l'humeur " pour lesquels elle est suivie depuis 2017 et dispose d'une prescription de psychotropes. Ni le certificat médical du 25 mars 2021 se bornant à mentionner qu'en Tchétchénie le suivi médical n'est pas " optimal " alors que les soins dans le pays d'origine n'ont pas à être équivalents à ceux offerts en France, ni celui du 25 juillet 2022, établi à la demande de l'intéressée postérieurement à la décision attaquée et mentionnant que son état psychiatrique nécessite des soins spécialisés et constants qui ne pourraient " être délivrés ", sans autre précision ni justification, en Tchétchénie, ne suffisent à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII quant à l'existence d'un traitement approprié et sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès en Russie, et plus particulièrement en Tchétchénie. Si la requérante se prévaut d'un lien de causalité entre sa pathologie psychiatrique et des événements traumatisants qu'elle dit avoir subis en Tchétchénie, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile faute d'éléments convaincants à cet égard, elle n'apporte pas le moindre document ou justificatif susceptible de corroborer ses dires. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de fait de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense ni d'ordonner, en l'espèce, la production du rapport médical, que les conclusions à fin d'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ayant été écartés, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
11. Ni les dispositions précitées qu'invoque la requérante, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire ne prévoient, à peine de caducité de l'avis émis par le médecin désigné à cet effet, de délai maximal entre l'émission de cet avis et l'intervention de la décision de refus de titre de séjour prise par l'autorité administrative. Si Mme A soutient que l'ancienneté de l'avis du collège de médecins du 16 septembre 2021 imposait au préfet, lorsqu'il a pris sa décision, de s'assurer que son état de santé ne s'était pas aggravé entretemps, alors que ses troubles psychiatriques connus sont suivis depuis 2017 et qu'elle se trouve en rémission depuis 2015, elle ne démontre, en tout état de cause, ni que son état de santé a évolué défavorablement entre la date de cet avis et celle de la décision attaquée, ni, faute de nouveaux éléments particuliers et circonstanciés ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, qu'elle ne pourrait bénéficier effectivement d'un suivi médical et d'un traitement dans le pays dont elle a la nationalité.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
13. Mme A se prévaut d'une attestation d'avril 2021 d'un taux d'incapacité " compris entre 50 et 80 % ". Toutefois, sa pathologie n'est pas contestée. Il s'ensuit et pour les mêmes motifs qu'au point 7 ci-dessus et alors du reste, que la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet d'imposer à l'intéressée un retour spécifique dans le village où elle dit avoir subi des " mauvais traitements ", le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
15. Mme A, célibataire, fait valoir qu'elle serait isolée dans son pays d'origine qu'elle a quitté depuis près de dix ans. Toutefois, d'une part, il est constant qu'elle y a deux enfants mineurs et, d'autre part, elle ne démontre pas, par ses seules assertions et l'attestation d'un voisin, établie postérieurement à la décision attaquée pour les besoins de la cause, y être dépourvue de toutes autres attaches privées ou familiales indépendamment de son ex-conjoint, alors qu'elle y a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, son apprentissage de la langue française ne saurait, à lui seul, révéler une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Il en va ainsi également, pour les mêmes raisons, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences du refus de titre de séjour contesté sur la situation personnelle de Mme A.
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent également être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
17. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour ayant été écartés, Mme A n'est, en tout état de cause, pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.
18. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 de ce code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
19. Pour refuser à Mme A l'octroi d'un délai de départ volontaire en application des dispositions précitées, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il existe un risque qu'elle se soustraie à l'obligation de quitter le territoire dont elle fait l'objet. Il ressort des pièces du dossier que la requérante n'a pas déféré à l'obligation de quitter le territoire français dont elle avait fait l'objet à la suite du rejet de sa demande d'asile et, à l'issue du délai de départ volontaire de trente jours qui lui avait été imparti, s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire français durant plusieurs mois avant de solliciter un titre de séjour. L'intéressée, qui était tenue d'exécuter cette mesure de police administrative, ne peut utilement soutenir que la circonstance que l'administration n'aurait pas procédé à son éloignement d'office doit la faire regarder comme ne s'étant jamais soustraite à une mesure d'éloignement du territoire. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 précitées doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
20. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour ayant été écartés, Mme A n'est, en tout état de cause, pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
21. En deuxième lieu, pour les motifs mentionnés au point 15, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
22. Enfin, pour les motifs mentionnés aux points 7 et 15 et alors que la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet d'imposer à l'intéressée un retour spécifique dans le village où elle dit avoir subi des violences dont, du reste, ni la réalité, ni l'actualité ne sont établies au dossier, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
23. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour ayant été écartés, la requérante n'est, en tout état de cause, pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
24. En second lieu, en se bornant à soutenir que si elle " s'est maintenue illégalement sur le territoire français, force est de constater que l'administration a elle-même décidé d'accepter de lui délivrer un titre de séjour à plusieurs reprises ", la requérante ne conteste pas utilement le motif de la décision attaquée. Si l'intéressée se prévaut en outre de la gravité de sa pathologie qui n'est, du reste, pas contestée, elle ne démontre pas, ainsi qu'il a été dit, l'impossibilité de bénéficier effectivement d'un suivi médical et d'un traitement dans le pays dont elle a la nationalité. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ne peut qu'être écarté.
25. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
26. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit au conseil de Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Clémang. Copie en sera délivrée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Nicolas Delespierre, président,
- Mme Mélody Desseix, première conseillère,
- Mme Karima Hunault, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
La rapporteure,
K. B
Le président,
N. Delespierre La greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026