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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202304

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202304

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202304
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantADALTYS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de l'association Auxerre Ecologie Solidarités, qui demandait l'annulation de la délibération n° 2022-138 du 30 juin 2022 autorisant l'acquisition de parcelles à Venoy par la communauté d'agglomération de l'Auxerrois. Le tribunal a estimé que l'association ne justifiait pas d'un intérêt à agir suffisant au regard de son objet statutaire, rendant sa requête irrecevable. Les moyens soulevés, portant notamment sur la surévaluation du prix d'achat, l'absence d'avis domanial, les risques environnementaux et la contradiction avec la loi Climat et Résilience, n'ont pas été examinés au fond. La décision s'appuie sur les dispositions du code de justice administrative relatives à l'intérêt à agir.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 1er septembre 2022, 13 février 2023 et 11 mai 2023, l'association Auxerre Ecologie Solidarités demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 2022-138 du 30 juin 2022 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois a autorisé l'acquisition de plusieurs parcelles sur la commune de Venoy ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois une somme d'1 euro symbolique en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable au regard de ses statuts ;

- le prix d'achat des terrains est manifestement surévalué, puisqu'il est treize fois supérieur à l'évaluation des Domaines ; les raisons justifiant un prix d'achat très supérieur à cette évaluation ne figurent pas dans la délibération et n'ont pas été présentées oralement ; la réactualisation du prix effectuée par le Domaine est postérieure à la saisine du tribunal et ne peut être prise en compte, dès lors qu'à la date d'intervention de la délibération en litige, c'est le prix initial du 2 août 2021 qui prévalait ; M. A, maire de Venoy, est à la fois juge et partie ;

- la délibération attaquée ne vise pas l'avis du service d'évaluation domanial de l'Etat ;

- une étude géologique de 2005 commandée par la communauté d'agglomération de l'Auxerrois ayant révélé un sous-sol fragile du plateau karstique ne pouvant supporter des activités lourdes, telles que la circulation de poids-lourds, de même que le risque hydraulique pour la nappe phréatique, n'a pas été présentée aux élus de 2020 ; la délibération attaquée et le projet d'établissement d'une zone d'activité sont étroitement liés ; une copie de cette étude a été demandée à la communauté d'agglomération le 15 novembre 2022 sans succès, et la commission d'accès aux documents administratifs a été saisie ;

- la faune et la flore du plateau seront endommagés de manière irréversible si une zone d'activité économique de quatre-vingt-dix hectares est installée sur ce plateau ;

- une partie des terres agricoles visées par le projet font l'objet d'une culture biologique et d'un cursus d'enseignement du lycée agricole de La Brosse ; la disparition de ces terres impacterait très négativement l'enseignement du lycée ; l'établissement de la zone d'activité supprimerait toute agriculture sur le plateau de Venoy ainsi que l'avantage pour la nature que procure l'agriculture biologique en termes de qualité de l'eau, de l'air, de la terre ;

- le projet de création d'une zone d'activité économique est en contradiction avec la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, et notamment la division par deux du rythme d'artificialisation des sols dans les dix ans à venir pour atteindre le " zéro artificialisation nette " en 2050 ; la lutte contre l'artificialisation des sols est intégrée dans le code de l'urbanisme ; la commission départementale de consommation des espaces agricoles a émis un avis négatif, le 26 janvier 2012, dans le cadre de la révision de l'élaboration du plan local d'urbanisme de Venoy ; la communauté d'agglomération de l'Auxerrois n'a toujours pas de plan local d'urbanisme intercommunal, ni de schéma de cohérence territorial et le projet de zone d'activité ne fait aucunement référence au schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires de la région Bourgogne Franche-Comté ce qui empêche toute réflexion globale et environnementale ;

- l'avis conforme de la mission régionale d'autorité environnementale de Bourgogne Franche-Comté, rendu le 15 mars 2023 sur la modification du plan local d'urbanisme, confirme les inquiétudes pour l'environnement du projet d'installation de la zone industrielle.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 janvier 2023 et 14 avril 2023, la communauté d'agglomération de l'Auxerrois, représentée par la société d'exercice libéral par actions simplifiées Adaltys Affaires Publiques, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association Auxerre Ecologie Solidarités une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'association requérante n'a pas intérêt à agir au regard de son statut et de son objet statutaire ;

- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 17 mai 2023 que cette affaire était susceptible, à compter du 5 juin 2023, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2023 par une ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hamza Cherief,

- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération n° 2022-138 du 30 juin 2022, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois a autorisé l'acquisition, auprès de la société d'aménagement foncier et d'établissement rural de Bourgogne Franche-Comté, de plusieurs parcelles, cadastrées ZS 6, ZS 7, ZS 8, C 837, ZB 20, ZB 22, ZB 82, ZB 83, ZB 106, ZB 110, ZB 112, ZB 114, ZB 144, ZB 146 et ZR 10, situées sur le territoire de la commune de Venoy. Par la présente requête, l'association Auxerre Ecologies Solidarités demande au tribunal l'annulation de cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1311-9 du code général des collectivités territoriales : " Les projets d'opérations immobilières mentionnés à l'article L. 1311-10 doivent être précédés, avant toute entente amiable, d'une demande d'avis de l'autorité compétente de l'Etat lorsqu'ils sont poursuivis par les collectivités territoriales, leurs groupements et leurs établissements publics. () ". Aux termes de l'article L. 1311-10 du même code : " Ces projets d'opérations immobilières comprennent : () / 2° Les acquisitions à l'amiable, par adjudication ou par exercice du droit de préemption, d'immeubles, de droits réels immobiliers, de fonds de commerce et de droits sociaux donnant vocation à l'attribution, en pleine propriété, d'immeubles ou de parties d'immeubles, d'une valeur totale égale ou supérieure à un montant fixé par l'autorité administrative compétente, ainsi que les tranches d'acquisition d'un montant inférieur, mais faisant partie d'une opération d'ensemble d'un montant égal ou supérieur ; () ". Aux termes de l'article L. 1311-11 du même code : " Les personnes mentionnées au premier alinéa de l'article L. 1311-9 délibèrent au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat. ". Enfin, aux termes du second alinéa de l'article L. 5211-37 de ce code : " Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers envisagée par un établissement public de coopération intercommunale donne lieu à délibération motivée de l'organe délibérant portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. La délibération est prise au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat. Cet avis est réputé donné à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la saisine de cette autorité. Lorsque cette opération est envisagée dans le cadre d'une convention avec une commune, copie de cette délibération est transmise à la commune concernée dans les deux mois suivant son adoption. () ".

3. Aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait à la communauté d'agglomération de l'Auxerrois de viser l'avis émis le 2 août 2021 par le pôle d'évaluation domaniale de la direction régionale des finances publiques de Bourgogne Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or sur le projet d'acquisition amiable de parcelles de terres situées sur le territoire de la commune de Venoy. Au demeurant, il est constant que cet avis était annexé à la convocation envoyée le 24 juin 2022 aux membres de l'assemblée délibérante en vue de la séance du conseil communautaire du 30 juin 2022 et, en tout état de cause, la circonstance que la délibération attaquée ne le vise pas n'est pas de nature à entacher cette dernière d'irrégularité. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération attaquée serait entachée d'illégalité dès lors qu'elle ne vise pas l'avis du service d'évaluation domanial de l'Etat doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la délibération en litige porte non sur la cession mais sur l'acquisition d'un bien immobilier. L'obligation de motivation prévue par les dispositions précitées de l'article L. 5211-37 du code général des collectivités territoriales ne trouve donc pas à s'appliquer au cas d'espèce, et aucune disposition n'imposait que soit précisément décrit le but recherché par la communauté d'agglomération de l'Auxerrois en procédant aux acquisitions en litige. En tout état de cause, la délibération attaquée contient l'ensemble des éléments essentiels de la transaction envisagée, soit la désignation précise des parcelles, l'identité du vendeur et le prix d'acquisition, et mentionne également le projet de construction d'une future zone d'activité, dénommée " Ecopôle ", dédiée à l'implantation de sociétés intervenant dans le domaine du traitement et de la valorisation des déchets. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / Si la délibération concerne un contrat de service public, le projet de contrat ou de marché accompagné de l'ensemble des pièces peut, à sa demande, être consulté à la mairie par tout conseiller municipal dans les conditions fixées par le règlement intérieur. / Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. / Le maire en rend compte dès l'ouverture de la séance au conseil municipal qui se prononce sur l'urgence et peut décider le renvoi de la discussion, pour tout ou partie, à l'ordre du jour d'une séance ultérieure. / Le présent article est également applicable aux communes de moins de 3 500 habitants lorsqu'une délibération porte sur une installation mentionnée à l'article L. 511-1 du code de l'environnement. ". Aux termes de l'article L. 2121-13 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". Aux termes de l'article L. 5211-1 du même code : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. () / Pour l'application des articles L. 2121-11 et L. 2121-12, ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que la convocation aux réunions du conseil communautaire doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le président du conseil communautaire n'ait fait parvenir aux membres du conseil communautaire, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les conseillers communautaires ont reçu, préalablement à la réunion du conseil communautaire du 30 juin 2022, une convocation comportant l'ordre du jour ainsi que le projet de la résolution en litige, laquelle expose le contexte des achats envisagés, précise l'identité du vendeur, identifie les parcelles concernées par leur référence cadastrale et indique le prix d'acquisition proposé. A cet égard, il est constant qu'était joint à la convocation l'avis rendu, le 2 août 2021, par le pôle d'évaluation domaniale de la direction régionale des finances publiques de Bourgogne Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or. L'ensemble de ces documents a ainsi permis aux conseillers communautaires de comprendre les motifs de l'opération envisagée et de mesurer les implications de leur vote. Dès lors, eu égard à ce qui précède, la convocation des conseillers communautaires à la séance du 30 juin 2022 répond aux exigences des dispositions précitées de l'article L.2121-12 du code général des collectivités territoriales. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération en litige méconnaîtrait les dispositions de cet article doit être écarté.

8. D'autre part, il est constant que la convocation et les documents annexés ont été communiqués à l'ensemble des conseillers communautaires six jours avant la tenue du conseil. Si l'association requérante fait valoir qu'une étude géologique de 2005 n'a pas été présentée aux élus, il était loisible à ces derniers de solliciter, s'ils les estimaient nécessaires, des précisions ou explications supplémentaires, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales. A cet égard, l'association requérante n'établit pas que ces documents auraient été sollicités, en vain, avant la tenue de la séance du conseil communautaire du 30 juin 2022 par des conseillers communautaires et que l'exécutif de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois aurait refusé de les porter à leur connaissance. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal de la séance du 30 juin 2022 que, après avoir pris connaissance de l'avis émis le 2 août 2021 par le pôle d'évaluation domaniale de la direction régionale des finances publiques de Bourgogne Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or, les conseillers communautaires ont demandé à la communauté d'agglomération de justifier de la différence entre le prix d'achat retenu par la délibération en litige et l'estimation retenue par le pôle d'évaluation domaniale. Un débat s'est alors engagé sur ce point, au cours duquel la fixation d'un prix plus élevé, par la délibération en litige, a été justifié par le fait que l'estimation a été demandée pour tous les terrains mais que seulement une partie sera achetée et qu'il est possible de dépasser les 15 % en fonction des résultats des négociations, qu'il est nécessaire de concilier la nécessité de disposer de terres agricoles pour l'exploitation et de développer l'économie circulaire sur le territoire, que le projet de zone d'activité nécessite l'acquisition de foncier et présente un intérêt général, que cela est un choix politique, que les parcelles concernées sont situées en zone U ou AU et qu'il est important de maîtriser le foncier afin d'éviter d'exposer la collectivité à des spéculations. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ne peut être accueilli.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1er de la loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique, dans sa version applicable au litige : " Les membres du Gouvernement, les personnes titulaires d'un mandat électif local ainsi que celles chargées d'une mission de service public exercent leurs fonctions avec dignité, probité et intégrité et veillent à prévenir ou à faire cesser immédiatement tout conflit d'intérêts. Les membres des autorités administratives indépendantes et des autorités publiques indépendantes exercent également leurs fonctions avec impartialité. ". Aux termes de l'article 2 de cette loi : " Au sens de la présente loi, constitue un conflit d'intérêts toute situation d'interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou à paraître influencer l'exercice indépendant, impartial et objectif d'une fonction. () ".

10. En se bornant à faire valoir que M. A, maire de Venoy, est " juge est partie " dès lors qu'il est le conseiller communautaire en charge du dossier de l'achat des parcelles en litige au conseil d'agglomération et doit, à la fois, défendre les intérêts de la communauté d'agglomération et les intérêts des administrés de sa commune, l'association requérante n'assortit le moyen ainsi soulevé d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, il est constant que les parcelles concernées ne sont pas acquises directement auprès des habitants de la commune de Venoy mais de la société d'aménagement foncier et d'établissement rural de Bourgogne Franche-Comté qui les a acquises elles-mêmes. A cet égard, la circonstance que le maire de Venoy soit le rapporteur en charge du dossier, en sa qualité de conseiller communautaire, ne saurait, à elle seule, et en l'absence d'éléments précis et circonstanciés avancés par l'association requérante, être de nature à caractériser un conflit d'intérêts, au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

11. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'achat des parcelles en litige a été approuvée par le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois à un prix de 649 744 euros, soit un prix très largement supérieur au montant de 272 255,72 euros estimé par le service des domaines, avec une marge d'appréciation de 15 %, dans son avis du 2 août 2021. Toutefois, d'une part, la communauté d'agglomération de l'Auxerrois fait valoir que l'achat des parcelles en litige est justifié par plusieurs considérations d'intérêt général tenant au développement économique de son territoire, de l'économie circulaire et à la transition écologique en valorisant les déchets du territoire plutôt que le tri. D'autre part, à l'occasion des débats, la communauté d'agglomération de l'Auxerrois a fait valoir, sans être contredite sur ce point, qu'il était important de maîtriser le foncier, en premier lieu, afin d'éviter d'exposer la collectivité à des spéculations, que le prix élevé se justifiait, en partie, par la circonstance que plusieurs parcelles étaient classées en zone U et AU et que l'évaluation demandée au pôle d'évaluation domaniale de la direction régionale des finances publiques de Bourgogne Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or portait sur l'ensemble des terrains dont seule une partie doit être achetée. Par ailleurs, sollicité par la communauté d'agglomération de l'Auxerrois postérieurement à l'adoption de la délibération en litige, le pôle d'évaluation domaniale a proposé une nouvelle estimation de la valeur vénale des parcelles en litige pour un montant de 591 882,76 euros, par un avis du 25 novembre 2022 portant spécifiquement sur les parcelles dont l'acquisition a été autorisée par la délibération en litige, et qui bénéficient, selon les termes de cet avis, " d'une situation privilégiée, à l'est d'Auxerre le long de l'A6, et entourant l'aire de repos Venoy - Grosse Pierre ". Cet avis, bien que postérieur à la décision attaquée, est de nature à établir que la délibération en litige n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation au regard du prix d'acquisition des parcelles concernées. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les parcelles dont l'acquisition est autorisée par la délibération litigieuse seraient au nombre de celles concernées par un projet de culture biologique et impliquées dans une action éducative agricole mise en place par le lycée agricole de La Brosse, soutenue et subventionnée par la région de Bourgogne Franche-Comté. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que l'établissement de la zone d'activité supprimerait toute agriculture sur le plateau de Venoy et l'avantage pour la nature que procure l'agriculture biologique en termes de qualité de l'eau, de l'air et de la terre doit être écarté.

13. En troisième lieu, l'association requérante n'établit pas que la délibération en litige, qui se borne à autoriser l'acquisition, auprès de la société d'aménagement foncier et d'établissement rural de Bourgogne Franche-Comté, de plusieurs parcelles situées sur le territoire de la commune de Venoy, ni même que la réalisation d'une zone d'activité sur ces parcelles, auraient pour conséquence immédiate d'endommager de manière irréversible la faune et la flore. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que la délibération attaquée serait illégale dès lors que la faune et la flore du plateau seront endommagées de manière irréversible si une zone d'activité économique de quatre-vingt-dix hectares est installée sur ce plateau doit être écarté.

14. En quatrième lieu, en se bornant à faire valoir que la délibération attaquée méconnait la loi climat et résilience du 22 août 2021 en ce qu'elle entend lutter contre l'artificialisation des sols, l'association Auxerre Ecologie Solidarités n'assortit le moyen ainsi soulevé d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au surplus, et ainsi que le reconnaît l'association requérante, la loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets, en particulier son article 191, prévoit que l'objectif national d'absence de toute artificialisation nette des sols doit être atteinte en 2050 et que, à cette fin, " le rythme de l'artificialisation des sols dans les dix années suivant la promulgation de la présente loi doit être tel que, sur cette période, la consommation totale d'espace observée à l'échelle nationale soit inférieure à la moitié de celle observée sur les dix années précédant cette date. ", de tels objectifs devant être appliqués de manière différenciée et territorialisée, dans les conditions fixées par la loi. Par suite, ce moyen doit être écarté.

15. En cinquième lieu, la circonstance alléguée que l'absence de plan local d'urbanisme intercommunal, de schéma de cohérence territorial et de référence au schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires de la région Bourgogne Franche-Comté dans le projet de zone d'activité empêche toute réflexion globale et environnementale est sans influence sur la légalité de la délibération attaquée. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

16. En sixième lieu, l'association requérante ne peut utilement se prévaloir des conclusions de l'avis émis par la commission départementale de consommation des espaces agricoles le 26 janvier 2012 dans le cadre de la révision de l'élaboration du plan local d'urbanisme de Venoy, approuvé le 29 mai 2013, lequel avait uniquement pour objet de formuler des " recommandations ", sans vote, adressées au maire de Venoy et au préfet de l'Yonne, concernant un projet de plan local d'urbanisme et de parc d'activités de 130 hectares, dont il n'est au demeurant pas établi qu'il présenterait les mêmes caractéristiques que celui en vue duquel l'acquisition de parcelles en litige a été autorisé par la délibération n° 2022-138 du 30 juin 2022. Elle ne peut davantage se prévaloir de l'avis conforme de la mission régionale d'autorité environnementale de Bourgogne Franche-Comté, rendu le 15 mars 2023, sur la modification du plan local d'urbanisme, lequel est postérieur à la délibération attaquée et se borne à conclure à la nécessité de soumettre à une évaluation environnementale le projet de modification simplifiée n° 2 du plan local d'urbanisme de la commune de Venoy. Par suite, les moyens tirés de ce que la commission départementale de consommation des espaces agricoles a émis un avis négatif le 26 janvier 2012 et de ce que l'avis conforme de la mission régionale d'autorité environnementale de Bourgogne Franche-Comté rendu le 15 mars 2023 sur la modification du plan local d'urbanisme confirme les inquiétudes pour l'environnement du projet d'installation de la zone industrielle doivent, en tout état de cause, être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par l'association Auxerre Ecologie Solidarités doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

18. Il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de mettre à la charge de l'association Auxerre Ecologie Solidarités la somme de 1 500 euros à verser à la communauté d'agglomération de l'Auxerrois en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Auxerre Ecologie Solidarités est rejetée.

Article 2 : L'association Auxerre Ecologie Solidarités versera à la communauté d'agglomération de l'Auxerrois une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Auxerre Ecologie Solidarités et à la communauté d'agglomération de l'Auxerrois.

Copie en sera adressée au préfet de l'Yonne.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 10 décembre 2024.

Le rapporteur,

H. Cherief

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

No 2202304

lc

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