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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202305

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202305

mercredi 7 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2022, M. E C, représenté par la SELARL du Parc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un vice d'incompétence et a méconnu le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'interdiction de retour méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'assignation à résidence est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne présente pas de risque de fuite et qu'il ne peut pas se déplacer.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 7 septembre 2022 à 10h00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Dandon, représentant le requérant,

- et les observations de Mme D représentant le préfet.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant albanais né en 1971, qui déclare être entré en France le 19 mars 2019 accompagné de son épouse et d'un enfant mineur du couple, a présenté une demande de protection internationale qui a été successivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 15 avril et 14 décembre 2020. Par arrêté du 25 novembre 2020, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par des jugements no 2003409 rendus les 14 avril 2021 et 9 juillet 2021, devenus définitifs, les magistrates désignées par le président du tribunal administratif de Dijon ont successivement rejeté les conclusions présentées par l'intéressé tendant à l'annulation des différentes décisions contenues dans cet arrêté du 25 novembre 2020. Parallèlement, l'OFPRA puis la CNDA ont rejeté, respectivement les 28 mai 2021 et 30 août 2021, la demande de réexamen de la demande d'asile de M. C. Par un arrêté du 5 novembre 2021, le préfet de la Côte-d'Or a ensuite prononcé à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un jugement n° 2103009 du 18 février 2022, devenu définitif, le magistrat désigné du tribunal administratif de Dijon a rejeté la requête de l'intéressé dirigée contre cet arrêté du 5 novembre 2021.

2. Par un arrêté du 31 août 2022, le préfet la Côte-d'Or a obligé M. C à quitter le territoire sans délai en fixant le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Côte-d'Or a par ailleurs assigné l'intéressé à résidence dans le département pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés du 31 août 2022.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

4. La présente requête présente les caractéristiques de l'urgence prévue par les dispositions citées au point 3. Il y a donc lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. En premier lieu, par un arrêté n° 21-2022-03-09-00008 du 9 mars 2022, publié le 11 mars 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a délégué sa signature à M. Carre, secrétaire général de la préfecture, pour toutes matières relevant des compétences du préfet à l'exception des déclinatoires de compétence et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A n'était pas compétent pour signer la décision d'éloignement en litige manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, en vertu du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger résidant habituellement en France ne peut pas faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

7. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour ainsi que la possibilité, ou non, de prendre une mesure d'éloignement. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie, ou non, la délivrance d'un titre de séjour et la possibilité, ou pas, d'édicter une obligation de quitter le territoire, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII en date du 30 aout 2022 mentionnant que, si l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut toutefois bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays et que son état de santé lui permet de voyager sans risque. L'administration doit ainsi être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier, en l'espèce, la possibilité de prendre une mesure d'éloignement à l'égard de M. C.

9. Il ne ressort pas des seuls documents médicaux produits par le requérant, datés des 4 janvier 2021, 6 janvier 2021, 13 avril 2021, 16 novembre 2021, 3 mai 2022, 19 juillet 2022 et 16 août 2022, que M. C ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et que son état de santé lui interdirait de voyager vers l'Albanie. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or a méconnu le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. C fait valoir qu'il réside en France depuis mars 2019 avec sa femme et l'un de leurs enfants, mineur, que leurs trois autres enfants, dont un mineur, les ont rejoints au mois de mai 2021 et ont déposé une demande d'asile et que leurs enfants mineurs sont scolarisés. Toutefois, il ressort tout d'abord des pièces du dossier, notamment des fiches Telemofpra produites, que les demandes de protection internationale présentées par tous les membres de la famille ayant été rejetées à la fois par l'OFPRA et la CNDA, ce dernier ne dispose plus du droit de se maintenir en France. Ensuite, alors que Mme C se trouve dans la même situation administrative que son mari, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, ni à ce que les enfants mineurs puissent poursuivre leur scolarité en Albanie, pays dans lequel ils ont vécu la majeure partie de leur vie. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 48 ans et où résident ses parents et beaux-parents. Dans ces circonstances, eu égard aux conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé et compte tenu également de ce qui a été dit aux points 1, 8 et 9, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi :

12. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. M. C, dont la demande de protection internationale puis la demande de réexamen de cette demande d'asile ont été successivement rejetées par l'OFPRA et la CNDA, ainsi qu'il a été dit au point 1, se borne à faire état, dans ses écritures, de l'existence de risques en cas de retour dans son pays d'origine, sans établir ni la réalité ni l'actualité de ces risques. Dès lors, et compte tenu, en outre, de ce qui a été dit aux points 8 et 9, le moyen tiré de la violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision d'interdiction de retour :

14. Pour les mêmes motifs que ceux qui ont été énoncés aux points 8, 9 et 11, et en tout état de cause, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour a en l'espèce méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté d'assignation à résidence :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

16. M. C, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai du 31 août 2022, ne conteste pas que son éloignement demeure une perspective raisonnable. L'intéressé, qui pouvait donc être assigné à résidence en application du 1° de l'article L. 731-1, ne peut dès lors pas utilement se prévaloir de la circonstance qu'il ne présenterait pas de risque de fuite.

17. En second lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

18. Si M. C, assigné à résidence dans le département de la Côte-d'Or, doit se rendre au commissariat de police situé 2 place Suquet à Dijon tous les mercredis entre 8 heures à 9 heures, il ne produit aucun élément sérieux de nature à établir qu'il serait dans l'impossibilité de se rendre à ce commissariat situé à environ un kilomètre de son lieu de résidence. Les modalités d'application de la mesure d'assignation ne sont dès lors pas disproportionnées.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de la Côte-d'Or.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

L. BLa greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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