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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202353

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202353

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation2ème chambre
Avocat requérantCAVIN-CHATELAIN EMILIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 septembre 2022 et le 23 novembre 2023, la société par actions simplifiée Vincent Girardin, représentée par Me Cavin-Chatelain, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 août 2022 par laquelle le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté a refusé de l'autoriser à dépasser la durée maximale hebdomadaire absolue de travail ainsi que la décision du 2 septembre 2022 par laquelle le recours gracieux qu'elle avait formé contre la première décision a été rejeté ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'aucun des textes visés ne sanctionne le défaut de consultation du comité social et économique par le rejet de la demande de dérogation ; l'avis du comité social et économique est seulement consultatif ;

- les décisions ne sont pas fondées juridiquement dès lors qu'elles ne visent pas le texte qui fonderait la sanction automatique qui lui est appliquée ;

- les années précédentes, elle a obtenu la dérogation sans avoir à justifier de son effectif, de l'avis du comité social et économique et du procès-verbal de carence ;

- les décisions constituent des sanctions disproportionnées qui lui préjudicient gravement ;

- sa situation relève de circonstances exceptionnelles.

En dépit d'une mise en demeure adressée le 24 octobre 2023, le ministre du travail et de l'emploi n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 24 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 décembre 2023 à 12 heures. Par une ordonnance du 24 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été reportée au 19 décembre 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pauline Hascoët,

- et les conclusions de M. Hamza Cherief, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée Vincent Girardin, qui réalise notamment des travaux de vendanges, a sollicité le 1er juillet 2022 une autorisation de dépasser la durée maximale hebdomadaire du travail du 15 août 2022 au 25 septembre 2022 pour son établissement situé à Meursault. Par un courrier du 8 juillet 2022, l'inspectrice du travail a sollicité des renseignements complémentaires, en particulier l'avis du comité social et économique ou le procès-verbal de carence attestant de l'organisation des élections des représentants du personnel au comité social et économique. Par une décision du 8 août 2022, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté a refusé d'accorder la dérogation sollicitée au motif que la société n'avait produit ni le procès-verbal de consultation du comité social et économique ni le procès-verbal de carence justifiant de l'organisation d'élections professionnelles. Par un courrier du 23 août 2022, la société a présenté un recours gracieux qui a été rejeté par une décision du 2 septembre 2022. Elle a formé un recours hiérarchique daté du 5 septembre 2022. Par sa requête, la SAS Vincent Girardin demande l'annulation des décisions du 8 août 2022 et du 2 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 8 août 2022 :

2. En premier lieu, la décision du 8 août 2022 vise notamment les dispositions des articles L. 3121-21 et R. 3121-8 à R. 3121-11 du code du travail et mentionne que, malgré la demande de l'inspectrice du travail, la société Vincent Girardin n'a produit ni procès-verbal de consultation du comité économique et social ni procès-verbal de carence justifiant l'organisation d'élections alors que cette consultation est requise par l'article L. 3121-21 du code du travail. Par suite, cette décision, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée, notamment en droit.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 3121-21 du code du travail : " En cas de circonstances exceptionnelles et pour la durée de celles-ci, le dépassement de la durée maximale définie à l'article L. 3121-20 peut être autorisé par l'autorité administrative, dans des conditions déterminées par décret en Conseil d'Etat, sans toutefois que ce dépassement puisse avoir pour effet de porter la durée du travail à plus de soixante heures par semaine. Le comité social et économique donne son avis sur les demandes d'autorisation formulées à ce titre. Cet avis est transmis à l'agent de contrôle de l'inspection du travail ". Aux termes de l'article R. 3121-10 du même code : " L'autorisation de dépassement de la durée maximale hebdomadaire absolue du travail prévue par l'article L. 3121-21 est accordée par le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi. Elle ne peut l'être qu'en cas de circonstance exceptionnelle entraînant temporairement un surcroît extraordinaire de travail. / La demande d'autorisation est adressée par l'employeur à l'inspecteur du travail. / Elle est assortie de justifications sur les circonstances exceptionnelles qui la motivent et précise la durée pour laquelle l'autorisation est sollicitée. / Elle est accompagnée de l'avis du comité social et économique, s'il existe. / Le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi prend sa décision au vu d'un rapport établi par l'inspecteur du travail et indiquant notamment si la situation de l'entreprise requérante justifie le bénéfice de l'autorisation. / La décision précise l'ampleur de l'autorisation ainsi que la durée pour laquelle elle est accordée ".

4. Il ressort de ces dispositions que l'employeur doit consulter le comité social et économique préalablement à une demande d'autorisation de dépassement de la durée maximale hebdomadaire de travail. Si le comité social et économique n'existe pas, cet employeur doit pouvoir justifier de l'existence d'un procès-verbal de carence si la mise en place du comité social et économique est obligatoire dans son entreprise en application de l'article L. 2311-2 du code du travail.

5. Il n'est pas contesté par la SAS Vincent Girardin qu'elle comptait plus de onze salariés depuis plus de douze mois à la date de la décision du 8 août 2022 de sorte qu'elle était tenue d'organiser des élections des représentants du personnel au comité économique et social en application des articles L. 2311-2 et L. 2314-4 du code du travail. Il est constant que la SAS Vincent Girardin n'a pas consulté le comité économique et social préalablement à sa demande d'autorisation de dépassement de la durée maximale hebdomadaire absolue de travail présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 3121-21 du code du travail dès lors qu'elle ne disposait d'aucun comité économique et social. Il est également constant qu'elle n'a pas justifié auprès de l'administration, par un procès-verbal de carence, avoir organisé des élections n'ayant pas permis la mise en place d'un comité social et économique. Par suite, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté était tenu de rejeter la demande d'autorisation qui lui était présentée en méconnaissance de l'obligation de consultation du comité économique et social, dont la mise en place était obligatoire dans cette société. La société requérante n'est pas fondée à soutenir que ce motif est entaché d'une erreur de droit.

6. En troisième lieu, la société requérante ne peut utilement soutenir que sa situation relevait de circonstances exceptionnelles au sens des dispositions de l'article L. 3121-21 du code du travail dès lors que l'administration était tenue de rejeter sa demande en raison du non-respect de l'obligation de consultation du comité économique et social.

7. En quatrième lieu, la décision refusant d'autoriser le dépassement de la durée maximale hebdomadaire de travail ne constitue pas une sanction. Par suite, la société requérante ne peut utilement faire valoir que la décision serait disproportionnée.

8. En cinquième lieu, la société requérante ne peut utilement faire valoir que des dérogations lui avaient été accordées les années précédentes alors qu'elle n'avait pas consulté le comité économique et social. Le moyen tiré de ce qu'une dérogation lui a été accordée pour une autre période en 2023, postérieurement aux décisions attaquées, est également inopérant.

En ce qui concerne la décision du 2 septembre 2022 :

9. En premier lieu, la décision qui vise les dispositions des articles L. 3121-21 et R. 3121-8 à R. 3121-11 du code du travail et mentionne, d'une part, que l'absence de consultation du comité économique et social lorsqu'elle est requise par les textes doit motiver un refus d'autorisation et, d'autre part, que la SAS Vincent Girardin, qui emploie plus de onze salariés au cours des douze derniers mois, n'a pas justifié de l'organisation des élections au comité économique et social, et que la circonstance qu'elle a affiché une note au personnel datée du 23 août 2022 indiquant que le premier tour des élections aurait lieu le 17 novembre 2022 n'est pas de nature à remettre en cause le sens de la décision initiale, est suffisamment motivée.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 3 à 5 du jugement, la décision n'est pas entachée d'une erreur de droit alors même que la société avait entendu par une note du 22 août 2022, affichée le lendemain, informer son personnel de l'organisation d'élections relatives à la mise en place du comité social et économique, dès lors qu'à la date de la décision, le 2 septembre 2022, la société ne peut justifier ni de la consultation du comité économique et social ni de l'existence d'un procès-verbal de carence.

11. En troisième lieu, les autres moyens doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 à 8 du présent jugement.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Vincent Girardin est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Vincent Girardin et à la ministre du travail et de l'emploi.

Copie sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Nicolet, président,

M. Irénée Hugez, premier conseiller,

Mme Pauline Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La rapporteure,

P. Hascoët

Le président,

P. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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