mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202388 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | KATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 12 et 27 septembre 2022 et 19 novembre 2022, M. A, représenté par Me Kati, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2022 par lequel le préfet de l'Yonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer une carte de séjour assortie d'une autorisation de travail dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard :
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il a été pris en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sur le refus de titre de séjour :
- l'avis médical du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne mentionne pas le nom du médecin instructeur ;
- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de communication de l'avis du collège des médecins et du rapport du médecin instructeur, en raison de la composition du collège des médecins ;
- il appartient au préfet de produire l'entier dossier détenu par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- il conviendra de s'assurer que les trois médecins signataires de l'avis ont été régulièrement nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour examiner son dossier et ont régulièrement délibéré ;
- il conviendra de s'assurer que le médecin ayant établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège qui a rendu l'avis ;
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement adapté en Afghanistan ;
- la décision attaquée ne prend pas en considération les conséquences d'un éventuel retour en Afghanistan ;
- le fait d'exécuter une mesure d'éloignement l'empêchera d'aller au terme de sa procédure d'asile actuellement en cours, en violation du principe de non refoulement garanti par la Convention de Genève ;
- la décision attaquée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, le préfet de l'Yonne, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision de refus de séjour ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 6 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 janvier 2023.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté un mémoire en observation le 17 janvier 2023.
Par une décision du 10 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique,
- le rapport de Mme Zeudmi Sahraoui, rapporteure,
- et les observations de Me Reis représentant le préfet de l'Yonne.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan, est entré en France selon ses déclarations, le 1er août 2016. Il a déposé, le 26 août 2016, une demande d'admission au statut de réfugié qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 septembre 2017, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 10 août 2021. Le 7 mai 2021, M. A a saisi le préfet de l'Yonne d'une demande de titre de séjour. Par un arrêté du 5 mai 2022, le préfet de l'Yonne a rejeté cette demande, a obligé M. A à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. M. A ayant été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire a perdu son objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.
Sur les moyens soulevés à l'encontre de l'ensemble des décisions :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé. Il est ainsi suffisamment motivé.
5. En deuxième lieu, M. A soutient dans sa requête introductive d'instance que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'assortit toutefois ce moyen d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision portant refus de titre de séjour a été prise au vu d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 31 mars 2022 qui a été produit par le préfet de l'Yonne. Il résulte des mentions de cet avis que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège des médecins. Si le requérant soutient par ailleurs que le rapport du médecin ne lui a pas été communiqué, il ressort cependant des pièces du dossier que le requérant a lui-même produit ce rapport à l'instance. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.
7. En deuxième lieu, par une décision du 14 mars 2022, aisément consultable en ligne, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a désigné, notamment, les Drs Mbomeyo, Horrach et Quilliot en qualité de médecins chargés d'émettre l'avis prévu aux articles R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'absence de nomination des médecins composant le collège des médecins de l'OFII doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. "
9. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et s'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie à laquelle l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger, et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
10. Il ressort des pièces du dossier que, par un avis du 31 mars 2022, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que celui-ci pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine.
11. M. A, qui se borne à soutenir qu'il ne pourrait pas bénéficier de manière continue et régulière d'un traitement adapté à son état de santé et n'allègue pas que le défaut de prise en charge pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ne conteste pas utilement l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII dont les motifs ont été repris à son compte par le préfet de l'Yonne. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
12. En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que la décision de refus de titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste quant aux conséquences d'un retour de M. A dans son pays d'origine sont inopérants à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour dès lors que cette décision n'a ni pour objet ni pour effet de contraindre le requérant à rejoindre le pays dont il a la nationalité.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut, compte tenu de ce qui précède, qu'être écarté.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".
15. M. A se borne à soutenir qu'il ne pourra bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé alors qu'il résulte de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que le défaut de prise en charge médicale du requérant ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article précité doit être écarté.
16. En troisième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne fixe pas le pays à destination duquel le requérant pourra être reconduit d'office. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et doit être écarté.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
17. Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
18. M. A évoque un ensemble d'éléments portant sur la situation sécuritaire et politique en Afghanistan et les risques de persécutions auxquels il serait exposé en cas de retour dans ce pays, au regard de son profil présenté comme " occidentalisé ". Toutefois, il ne fait état d'aucun élément propre à son parcours ou à sa situation personnelle susceptible d'établir la réalité des risques actuels auxquels il serait personnellement exposé, lesquels ne sauraient résulter de la seule évolution de la situation géopolitique et sécuritaire du pays. Par ailleurs, il ne soumet au tribunal aucune circonstance de nature à remettre en cause l'appréciation portée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur sa demande de réexamen, laquelle a donné lieu à une décision de rejet en date du 6 octobre 2021. Dès lors, M. A n'établit pas la réalité des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 août 2022 du préfet de l'Yonne
Sur les conclusions à fin d'injonction :
20. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par le préfet de l'Yonne au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de l'Yonne au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Yonne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,
M. Hugez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
La rapporteure,
N. ZEUDMI SAHRAOUI
Le président,
Ph. NICOLET La greffière,
L. CUROT
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
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