jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202473 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | CH 1 JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 septembre 2022, M. B A, représenté par
Me de Caumont, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 24 août 2022, par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a retiré un point de son permis de conduire en raison d'une infraction commise le 25 septembre 2020, a invalidé ce permis pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence ;
2°) d'annuler les retraits de points antérieurs tels qu'ils sont récapitulés par le courrier " 48 SI " du 24 août 2022 ;
3°) d'ordonner la restitution des points qui lui ont ainsi été illégalement retirés dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas reçu, à l'occasion des infractions relevées contre lui, les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, alors que cette formalité est substantielle ;
- la décision de retrait de quatre points de son permis de conduire à la suite de l'infraction du 25 septembre 2020 qui mentionne une condamnation définitive prononcée le 30 novembre 2021 à son encontre par le tribunal de police de Nevers est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un courrier du 8 décembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait des points consécutives aux infractions commises les 13 décembre 2016, 26 août 2017, 3 mai 2018, 19 mars 2019, 3 novembre 2019, 13 septembre 2020 et 21 novembre 2021 dès lors que ces points ont été restitués à M. A avant même l'introduction de sa requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rousset, vice-président, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande au tribunal d'annuler la décision " 48SI " du 24 août 2022, par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a opéré le retrait de quatre points de son permis de conduire en conséquence d'une infraction commise le 25 septembre 2020, a prononcé l'invalidation de ce permis pour solde de points nul et en a ordonné la restitution. Il conclut également à l'annulation des décisions de retrait de points antérieures récapitulées par la décision " 48SI ".
Sur les conclusions dirigées contre les retraits de points consécutifs aux infractions commises les 13 décembre 2016, 26 août 2017, 3 mai 2018, 19 mars 2019, 3 novembre 2019, 13 septembre 2020 et 21 novembre 2021 :
2. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points. () Toutefois, en cas de commission d'une infraction ayant entraîné le retrait d'un point, ce point est réattribué au terme du délai de six mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa, si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à un nouveau retrait de points ".
3. Il résulte du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. A que les points retirés à la suite des infractions commises les 13 décembre 2016, 26 août 2017, 3 mai 2018, 19 mars 2019, 3 novembre 2019, 13 septembre 2020 et 21 novembre 2021 ont été restitués respectivement les 12 juin 2017, 6 mai 2018, 2 mai 2019, 27 novembre 2019, 24 juin 2020, 29 avril 2021 et 13 juillet 2022. Ces restitutions étant intervenues avant l'enregistrement de la requête, les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions sont irrecevables.
Sur les conclusions dirigées contre les retraits de points consécutifs aux infractions commises les 5 novembre 2015, 16 septembre 2016, 30 mai 2017, 3 août 2017, 27 janvier 2019, 2 juillet 2019, 16 juin 2020, 31 mai 2022 et 25 septembre 2020 :
4. En application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant un retrait de points, l'auteur de celle-ci est notamment informé qu'il encourt un tel retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.
5. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.
6. En premier lieu, les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis normalisé est revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A, que ce dernier a payé les amendes forfaitaires relatives aux infractions relevées contre lui les 5 novembre 2015, 16 septembre 2016, 30 mai 2017, 3 août 2017, 27 janvier 2019, 16 juin 2020 et 31 mai 2022. Il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention y afférent, lequel est établi à partir d'un document normalisé pourvu de l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. L'administration doit ainsi être regardée, alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire cet avis, qu'il serait inexact ou incomplet, comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable.
8. En deuxième lieu, en application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. Or, suivant les prescriptions de l'article A. 37-28, cet avis normalisé comporte un ensemble d'indications mettant le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il sera procédé au retrait de points et portant à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé de lui-même -et non par voie de recouvrement forcé- l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être tenu pour établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.
9. Il résulte de l'instruction, notamment de l'examen du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. A et de l'attestation de paiement établie par la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes, que l'intéressé s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction du 2 juillet 2019, sans qu'il soit démontré ni même clairement soutenu que ce paiement aurait résulté d'une procédure de recouvrement forcé. Ainsi, il doit être tenu pour établi, faute pour le requérant de produire l'avis d'amende forfaitaire majorée qu'il a nécessairement reçu et de l'arguer d'irrégularité, que l'administration s'est acquittée envers lui de son devoir d'information.
10. En dernier lieu, il ressort du relevé d'information intégral, qui sur ce point est suffisamment motivé pour être contesté utilement et auquel le requérant n'oppose aucun contredit sérieux et étayé, que la réalité de l'infraction du 25 septembre 2020 a été établie par un jugement du 30 novembre 2021 du tribunal de police de Nevers condamnant M. A et devenu définitif le 1er décembre 2021. En conséquence, le moyen tiré du manquement à l'obligation d'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne saurait, en tout état de cause, être utilement invoqué à l'encontre du retrait de points consécutif à cette infraction.
11. Il résulte de tout ce qui précède M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points en litige et de la décision " 48SI " du 24 août 2022.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, supporte le paiement de quelque somme que ce soit en remboursement des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
O. CLa greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026