mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202494 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL DU PARC CABINET D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 septembre 2022, la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) AJRS, représentée par Me Dandon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Yonne du 19 juillet 2022 prescrivant aux ayant droits de D C la réalisation dans un délai de douze mois de diverses mesures destinées à faire cesser la situation d'insalubrité de l'immeuble sis 2, rue de l'église à Vallan ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'une incompétence de sa signataire ;
- est entachée d'un vice de procédure en ce qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-10 du code de la construction et de l'habitation, la procédure contradictoire n'a pas été respectée à l'égard des ayant droits de D C ;
- est entachée d'un vice de procédure en ce qu'en méconnaissance des dispositions de l'article R. 511-4 du code de la construction et de l'habitation, l'architecte des Bâtiments de France n'a pas été saisi préalablement pour avis ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2022, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousset, rapporteur,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par jugement du tribunal judiciaire d'Auxerre du 23 février 2021, la SELARL AJRS en la personne de Me Loiseau a été désignée en qualité de mandataire successoral à l'effet d'administrer provisoirement la succession de D C, décédé le 4 novembre 2018 et comprenant notamment un immeuble sis 2 rue de l'église à Vallan. Sur le fondement du rapport technique du 22 avril 2022 des services de l'agence régionale de santé (ARS)
Bourgogne Franche-Comté, établi suite à une visite du logement sis 2 rue de l'église à Vallan réalisée le 22 février 2022, le préfet de l'Yonne a pris le 19 juillet 2022 un arrêté prescrivant aux ayant droits de D C la réalisation dans un délai de douze mois de diverses mesures destinées à faire cesser la situation d'insalubrité de ce bâtiment. Par la présente requête, la SELARL AJRS en demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, en vertu d'un arrêté du 4 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de l'Yonne a donné délégation à
Mme F A, sous-préfète, secrétaire générale de la préfecture de l'Yonne et, en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à Mme B H, sous-préfète, directrice de cabinet, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de signature de l'arrêté attaqué. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de Mme B H, signataire de la décision en litige, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation : " La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de son article L. 511-10 : " L'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité est pris à l'issue d'une procédure contradictoire avec la personne qui sera tenue d'exécuter les mesures : le propriétaire ou le titulaire de droits réels immobiliers sur l'immeuble, le local ou l'installation, tels qu'ils figurent au fichier immobilier ou, dans les départements de la Moselle, du Bas-Rhin ou du Haut-Rhin, au livre foncier, dont dépend l'immeuble. () ". Aux termes de l'article R. 511-3 du même code : " Dans le cadre de la procédure contradictoire mentionnée à l'article L. 511-10, l'autorité compétente mentionnée à l'article L. 511-4 informe les personnes désignées en application de l'article L. 511-10 des motifs qui la conduisent à envisager de mettre en œuvre la police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations et des mesures qu'elle compte prendre. / Le rapport mentionné à l'article L. 511-8 et, le cas échéant, les autres éléments sur lesquels l'autorité compétente se fonde sont mis à disposition des personnes susmentionnées qui sont invitées à présenter leurs observations dans un délai qui ne peut être inférieur à un mois, ou à quinze jours dans les cas mentionnés à l'article L. 1331-23 du code de la santé publique. / () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 813-1 du code civil : " Le juge peut désigner toute personne qualifiée, physique ou morale, en qualité de mandataire successoral, à l'effet d'administrer provisoirement la succession en raison de l'inertie, de la carence ou de la faute d'un ou de plusieurs héritiers dans cette administration, de leur mésentente, d'une opposition d'intérêts entre eux ou de la complexité de la situation successorale. () ". Aux termes de l'article 813-4 du même code : " Tant qu'aucun héritier n'a accepté la succession, le mandataire successoral ne peut accomplir que les actes mentionnés à l'article 784, à l'exception de ceux prévus à son deuxième alinéa. Le juge peut également autoriser tout autre acte que requiert l'intérêt de la succession. () " . Aux termes de son article 784 : " Les actes purement conservatoires ou de surveillance et les actes d'administration provisoire peuvent être accomplis sans emporter acceptation de la succession, si le successible n'y a pas pris le titre ou la qualité d'héritier. / Tout autre acte que requiert l'intérêt de la succession et que le successible veut accomplir sans prendre le titre ou la qualité d'héritier doit être autorisé par le juge. / () ".
5. Par jugement du 23 février 2021, le tribunal judiciaire d'Auxerre a désigné la SELARL AJRS, prise en la personne de Me Marlène Loiseau, en qualité de mandataire successoral de la succession de D C " avec mission notamment de : / () gérer et administrer tant activement que passivement l'indivision dont il s'agit, () / faire tous actes d'administration nécessaires. ". Cette désignation a eu pour conséquence de dessaisir les héritiers représentés.
6. D'une part, il résulte de ce qui précède que la SELARL AJRS, représentée par
Me Loiseau, désignée mandataire successoral de la succession de M. D C et en charge de gérer et administrer l'indivision, représentant les propriétaires de l'immeuble en cause, pouvait être regardée comme la personne auprès de laquelle doit être conduite la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions du code de la construction et de l'habitation précitées.
7. D'autre part, par courrier du 28 avril 2022, le préfet de l'Yonne a informé Me Loiseau, représentante de la SELARL AJRS, en qualité de mandataire successoral, qu'il envisageait de prendre un arrêté de traitement de l'insalubrité pour l'immeuble sis 2 rue de l'église à Vallan, en indiquant les motifs qui pourraient fonder sa décision et les prescriptions qu'il était susceptible de prononcer, en joignant le rapport technique établi à la suite de la visite du logement et en le mettant à disposition à la mairie de Vallan, et en invitant la destinataire à présenter ses observations dans le délai d'un mois à compter de la réception du courrier.
8. Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions citées au point 3 n'a pas été entachée d'irrégularité.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 511-4 du code de la construction et de l'habitation : " Avant d'ordonner la réparation ou la démolition d'un immeuble, d'un local ou d'une installation en application de l'article L. 511-11, l'autorité compétente sollicite l'avis de l'architecte des Bâtiments de France dans les cas où cet immeuble est : / 1° Soit inscrit au titre des monuments historiques en application de l'article L. 621-25 du code du patrimoine ; / 2° Soit situé dans les abords des monuments historiques définis à l'article L. 621-30 du même code ; / 3° Soit situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application de l'article
L. 631-1 du même code ; / 4° Soit protégé au titre des articles L. 341-1, L. 341-2 ou L. 341-7 du code de l'environnement. / L'avis est réputé émis en l'absence de réponse dans le délai de quinze jours. () ".
10. L'immeuble en cause, sis 2 rue de l'église à Vallan, n'est pas inscrit au titre des monuments historiques ni n'est situé aux abords d'un monument historique, dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé et n'est pas protégé, au sens des dispositions citées au point précédent. Dès lors, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet n'était pas tenu de recueillir l'avis de l'architecte des Bâtiments de France avant d'ordonner les mesures prescrites par l'arrêté attaqué.
En ce qui concerne la légalité interne :
11. Aux termes de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : / () 4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique ". Aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre. / () / Les décrets pris en application de l'article L. 1311-1 et, le cas échéant, les arrêtés pris en application de l'article L. 1311-2 précisent la définition des situations d'insalubrité ".
12. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport technique du 26 avril 2022 établi par les services de l'ARS Bourgogne Franche-Comté à la suite d'une visite le 22 février 2022 de l'immeuble sis 2 rue de l'église à Vallan, que ce logement présente un danger pour les personnes qui l'occupent en raison notamment de risques liés à la présence de matériaux et produits dangereux, d'électrocution, de chutes, de pathologies respiratoires et d'intoxication au monoxyde de carbone. Le préfet de l'Yonne a en conséquence prescrit par l'arrêté attaqué diverses mesures afin de faire cesser cette situation d'insalubrité. A cet égard, la requérante ne saurait invoquer utilement la circonstance, au demeurant non établie, qu'elle ne serait pas à l'origine de l'accumulation des matériaux entreposés dans le bâtiment, pour s'exonérer de l'obligation de procéder à leur enlèvement, dès lors qu'il incombe légalement au propriétaire d'exécuter les mesures prescrites pour remédier aux causes de l'insalubrité. De même, la requérante ne conteste pas sérieusement, par les pièces qu'elle produit, la non-conformité de l'installation de la cuve à fuel constatée le 22 février 2022 par les techniciens sanitaires de l'ARS et sur laquelle elle avait été déjà alertée le 25 novembre 2021 par son plombier-chauffagiste qui avait refusé d'intervenir au motif que cette cuve n'était plus " aux normes ". Enfin, le fait que la locataire du logement ait accepté d'y loger est sans incidence sur les constats opérés dans le rapport technique. Par suite, le moyen tiré de ce que les mesures prescrites par le préfet de l'Yonne seraient disproportionnées et que son arrêté serait entaché d'une erreur d'appréciation doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SELARL AJRS ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante. Les conclusions présentées en ce sens doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SELARL AJRS est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SELARL AJRS et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de l'Yonne, à Mme E, à M. G et à l'agence régionale de santé Bourgogne Franche-Comté.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
Le président-rapporteur,
O. RoussetLa conseillère première assesseure,
M.E Laurent
La conseillère première assesseure,
M.E Laurent Le président-rapporteur,
O. RoussetLa conseillère première assesseure,
M.E Laurent
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026