jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202598 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 4 octobre 2022, 10 octobre 2022 et 12 juillet 2024, M. E D, Mme K I épouse D, Mme G D épouse F et Mme H D épouse C, représentés par Me Carpentier, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 mai 2022 par laquelle le maire de Jouy ne s'est pas opposé, au nom de l'Etat, à la déclaration préalable déposée par l'entreprise de travaux agricoles (ETA) B A le 9 mai 2022, en vue de l'implantation d'un procédé de dégradation des effluents phytosanitaires " Phytobac " sur un terrain situé 9 lieu-dit les Brouets à Jouy, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux du 4 août 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'ETA B A, l'Etat et la commune de Jouy la somme globale de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable,
- le dossier de déclaration préalable de travaux est incomplet et comporte des informations erronées révélant une fraude du déclarant ;
- le projet devait faire l'objet d'un permis de construire en raison des dimensions de la terrasse construite concomitamment au " Phytobac " ;
- le projet méconnaît les règles de distance prévues par l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme ;
- il méconnait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme eu égard aux risques d'atteinte à la salubrité publique ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense enregistrés les 20 octobre 2022 et 24 juillet 2024, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête et demande au tribunal, à titre subsidiaire, de mettre en œuvre la procédure de régularisation de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et de surseoir à statuer sur le litige.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir des requérants ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à l'ETA B A et à la commune de Jouy, qui n'ont pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 16 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme J,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,
- les observations de Me Gourinat, substituant Me Carpentier, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Les consorts D sont propriétaires indivis d'un terrain situé sur les parcelles cadastrées D 86, 88, 89 et 516 au lieu-dit Les Brouets sur le territoire de la commune de Jouy. Leur voisin immédiat, M. B A, représentant légal de l'entreprise de travaux agricoles (ETA) B A, a déposé le 9 mai 2022 une déclaration préalable pour des travaux consistant en l'installation d'un procédé de dégradation des effluents phytosanitaires " Phytobac " d'une surface de 19,25 mètres carrés sur la parcelle cadastrée D 618. Par une décision du 19 mai 2022, le maire de Jouy, au nom de l'Etat, ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable. Le 4 juillet 2022, les consorts D ont formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, qui a été rejeté par une décision du préfet de l'Yonne le 4 août 2022. Par la présente requête, les consorts D demandent au tribunal d'annuler la décision du 19 mai 2022, ensemble la décision du 4 août 2022 rejetant leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme : " La déclaration préalable précise : / () / b) La localisation et la superficie du ou des terrains ; () / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R. 431-36 de ce code : " Le dossier joint à la déclaration comprend : () / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; () Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : / () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".
3. La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision de non-opposition à déclaration préalable que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le plan de masse fait apparaître le terrain d'assiette du projet ainsi que l'emplacement exact de l'installation sur ce terrain. Si le dossier ne comprend pas le plan coté dans les trois dimensions, les plans de coupe assortis des documents graphiques et photographiques sont suffisants pour permettre à l'autorité administrative d'apprécier la surface et la hauteur du projet, au demeurant de taille modeste, à savoir 19,25 mètres carrés pour une hauteur maximale de 65 centimètres. D'autre part, si les requérants font valoir que l'ETA B A aurait omis de déclarer la réalisation d'un regard d'évacuation des eaux, il ressort des écritures en défense, qui ne sont pas contestées, que ce regard existait antérieurement et figure sur le cadastre, ainsi que l'ont établi les requérants eux-mêmes. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier, qui manque en fait, doit être écarté en toutes ses branches.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-2 du code de l'urbanisme : " Sont dispensées de toute formalité au titre du présent code, en raison de leur nature ou de leur très faible importance, sauf lorsqu'ils sont implantés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, dans les abords des monuments historiques ou dans un site classé ou en instance de classement : () / k) Les plates-formes nécessaires à l'activité agricole () ". Aux termes de l'article R. 421-9 de ce code, sont soumis à déclaration préalable " les murs dont la hauteur au-dessus du sol est supérieure ou égale à deux mètres ". Aux termes de l'article R. 421-23 du même code : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable les travaux, installations et aménagements suivants : / () f) A moins qu'ils ne soient nécessaires à l'exécution d'un permis de construire, les affouillements et exhaussements du sol dont la hauteur, s'il s'agit d'un exhaussement, ou la profondeur dans le cas d'un affouillement, excède deux mètres et qui portent sur une superficie supérieure ou égale à cent mètres carrés ; () ". Aux termes de l'article R. 421-14 de ce code : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : a) Les travaux ayant pour effet la création d'une surface de plancher ou d'une emprise au sol supérieure à vingt mètres carrés () ".
6. Il ressort des pièces du dossier et des écritures en défense, qui ne sont pas contredites par les requérants, que la plate-forme d'environ 70 mètres carrés constitue une station de lavage d'engins agricoles. Cette plate-forme, dès lors qu'elle constitue un élément matériel de l'activité de l'entreprise de travaux agricoles, doit ainsi être regardée comme une " plate-forme nécessaire à l'activité agricole " au sens de l'article R. 421-2 du code de l'urbanisme. Par ailleurs, cette plate-forme, qui n'est ni close, ni couverte, ne crée pas de surface de plancher supplémentaire au sens de l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme qui définit la surface de plancher comme " la somme des surfaces de plancher de chaque niveau clos et couverts ". Enfin, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les affouillements et exhaussements du sol excèdent les hauteur, profondeur et superficie prescrites par l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que la plate-forme en litige ne nécessitait ni permis de construire, ni déclaration préalable compte tenu de ses caractéristiques et dimensions.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme : " A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres ".
8. Il ressort de ces dispositions que les règles d'implantation en limites séparatives ne visent que les bâtiments. En l'espèce, le " Phytobac " est constitué d'un bac de 3,5 mètres de largeur par 5,5 mètres de longueur, auquel s'ajoutent des tôles ondulées et disposées au moins à 30 centimètres au-dessus du bord supérieur du bac pour l'aération, de sorte que par rapport au terrain naturel, la hauteur du " Phytobac " est comprise entre 55 et 65 centimètres. Si cet équipement est une construction, il ne constitue pas un bâtiment au sens de l'article R. 111-17 précité du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que la construction en litige ne relève pas du champ d'application de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme est inopérant.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
10. Les requérants font valoir que le déclarant aurait prévu d'évacuer les effluents phytosanitaires vers le réseau public du fait de l'existence d'un regard d'évacuation d'eau, ce qui pourrait porter atteinte à la salubrité publique. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 4, ce regard existait antérieurement et, en tout état de cause, il ressort des écritures en défense, qui ne sont pas sérieusement contestées, que ce regard sert d'exutoire aux drains présents sur la limite séparative. Par ailleurs, si les requérants se prévalent d'un risque de débordement de l'ouvrage en cause en raison de fortes pluies ou encore des dimensions insuffisantes du " Phytobac ", ces allégations ne sont corroborées par aucun commencement de preuve. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 doit être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des () ouvrages à édifier (), sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
12. Les requérants soutiennent que le " Phytobac disgracieux " leur créerait des nuisances visuelles et olfactives depuis leur propriété. Compte tenu de la hauteur du " Phytobac " litigieux énoncée au point 4, à savoir 65 centimètres, et des photographies versées à l'instance, c'est sans le moindre commencement de preuve pertinente que les requérants prétendent subir des nuisances visuelles et olfactives. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de tout de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l'Yonne, que les consorts D ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 19 mai 2022 de non-opposition à déclaration préalable, ensemble la décision du 4 août 2022 rejetant leur recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, la commune de Jouy et l'ETA B A qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, le versement aux requérants de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D et autres est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, désigné représentant unique en application de l'article R. 411-5 du code de justice administrative, à l'ETA B A et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Copie en sera adressée au préfet de l'Yonne et à la commune de Jouy.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La rapporteure,
V. JLe président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2202598
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026