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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202619

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202619

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBARBEROUSSE NATACHA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance du 6 octobre 2022, le vice-président du tribunal administratif de Toulouse a transmis au tribunal administratif de Dijon, en application des dispositions des articles R. 351-3 et R. 312-1 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B E.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse le 27 septembre 2022 et le 6 octobre 2022 au greffe du tribunal administratif de Dijon, M. B E, représenté par Me Barberousse, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 5 juillet 2022 par laquelle le jury de l'examen du brevet de technicien supérieur agricole option " gestion et protection de la nature " l'a ajourné lors de la session 2022, ensemble les décisions des 25 juillet et 14 septembre 2022 rejetant ses recours administratifs ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'agriculture de réunir le jury de l'examen du BTSA de la session 2022 afin qu'il délibère de nouveau sur ses résultats, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige ne permet pas d'identifier le président du jury de l'examen, ni la régularité de la composition de ce jury ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles 9 et 12 de l'arrêté du 1er octobre 1990, faute d'harmonisation des notes attribuées par les différents groupes d'examinateurs et de l'atteinte portée au principe d'égalité de traitement des candidats.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, la directrice régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de Bourgogne-Franche-Comté conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre un acte administratif non décisionnel ;

- à titre subsidiaire :

• la demande d'annulation du rejet du recours administratif du 14 septembre 2022 est irrecevable dès lors que ce second recours administratif ne pouvait prolonger à nouveau le délai de recours contentieux ;

• les moyens invoqués ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, qui a produit des observations enregistrées le 7 avril 2023.

Par une ordonnance du 17 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

15 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté du 1er octobre 1990 fixant l'organisation des examens conduisant à la délivrance des diplômes de l'enseignement technique agricole ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont seuls été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de Mme D,

les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E demande l'annulation de la délibération du 4 juillet 2022 par laquelle le jury de l'examen du brevet de technicien supérieur agricole option " gestion et protection de la nature " l'a ajourné lors de la session 2022, ensemble les décisions des 25 juillet et 14 septembre 2022 rejetant ses recours administratifs.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Il résulte de ces dispositions que, s'agissant de la délibération d'un jury d'examen, il est satisfait aux exigences découlant de cet article dès lors qu'une telle délibération porte la signature du président du jury accompagnée des mentions, en caractères lisibles, de son prénom, de son nom et de sa qualité.

3. D'autre part, aux termes de l'article D. 811-142 du code rural et de la pêche maritime dans sa version applicable au litige : " () VI.- Le jury est nommé par arrêté du ministre de l'agriculture. Chaque jury national est présidé par un membre du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux. / Le jury est composé, pour deux tiers au moins, d'enseignants d'établissements agricoles publics ou privés, justifiant sans dérogation possible des titres ou diplômes requis pour enseigner dans une section préparatoire au brevet de technicien supérieur agricole, et, pour un tiers au maximum, d'employeurs et de salariés des professions concernées et de personnalités compétentes, dont au moins un membre de l'enseignement supérieur. / En aucun cas, le jury ne peut comprendre moins de la moitié d'agents rémunérés par l'Etat. Si l'une de ces proportions n'est pas atteinte à la suite de l'absence d'un ou plusieurs de ses membres, le jury pourra néanmoins délibérer valablement. () ".

4. En l'espèce, la décision de non-admission au brevet de technicien supérieur agricole produite par le requérant est une simple ampliation de la délibération du jury de l'examen en litige. Le procès-verbal de la délibération contestée, produit en défense, est signé par " le président du jury : A C ". Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, M. A C a été nommé, par arrêté du 15 septembre 2021 du ministre de l'agriculture et de l'alimentation, président du jury de l'examen du brevet de technicien supérieur agricole option " gestion et protection de la nature " pour la session 2022 et, d'autre part, que le jury de l'examen en litige comprend deux enseignants d'établissements agricoles et un professionnel du domaine concerné, soit deux-tiers d'enseignants et un tiers de professionnels, conformément aux dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition du jury et du défaut d'identification de son président doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 9 de l'arrêté du 1er octobre 1990 fixant l'organisation des examens conduisant à la délivrance des diplômes de l'enseignement technique agricole : " Dans le cadre de leur mission d'évaluation, les membres du jury doivent respecter les principes généraux du droit, notamment d'égalité de traitement des candidats et d'impartialité. / Ces principes sont garantis notamment : / () - pour les épreuves, orales et pratiques, par l'harmonisation du choix des sujets des épreuves orales et pratiques effectuée sous la responsabilité du président de jury ; / - pour toutes les épreuves, par l'harmonisation préalable de l'évaluation ; / - pour chaque épreuve, par l'utilisation d'une grille d'évaluation définie soit au niveau national, soit au niveau régional, soit par le jury, remplie lors de l'évaluation de chacun des candidats () ". Aux termes de l'article 12 de cet arrêté : " Une note ou moyenne éliminatoire n'est opposable à un candidat qu'après avoir été confirmée par le jury lors d'une délibération. L'examen du dossier d'un candidat ne peut entraîner une diminution de note. / Pour une épreuve donnée, le président du jury, dans le souci du respect du principe d'égalité de traitement des candidats, veille à l'harmonisation des notes attribuées au sein de son jury. / Toute note n'est définitive qu'après délibération du jury. / Le jury est souverain dans ses évaluations, appréciations et délibérations dans le respect de la réglementation en vigueur. Les délibérations du jury sont secrètes ".

6. Il résulte de ces dispositions que les résultats définitifs des évaluations procèdent de la délibération souveraine du jury. S'il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de contrôler l'appréciation faite par un jury sur la valeur des candidats, il lui appartient, en revanche, de vérifier que le jury a formé cette appréciation sans méconnaître les normes qui s'imposent à lui.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que pour fixer la note attribuée au requérant à l'épreuve orale E7-1 dite " situation professionnelle vécue ", le groupe d'examinateurs aurait fondé son appréciation sur des motifs autres que ceux tirés de la qualité de sa prestation lors de cette épreuve. En outre, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort notamment du tableau d'ensemble des cent-soixante-douze notes attribuées par les dix-neuf groupes d'examinateurs ainsi que des vérifications des feuilles de notes que la note litigieuse n'a pas été attribuée en méconnaissance du principe d'égalité de traitement des candidats et qu'une harmonisation des notes a été mise en place par le jury. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 4 juillet 2022, ensemble les décisions des 25 juillet et 14 septembre 2022 rejetant ses recours administratifs. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.

Copie en sera adressée à la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de Bourgogne-Franche-Comté.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

V. D

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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