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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202641

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202641

jeudi 17 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET ADAES AVOCATS (SARL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de Mme G, agent territorial, qui contestait la sanction d'exclusion temporaire de six mois infligée par la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud pour des faits de maltraitance envers des enfants et des collègues. Le tribunal a écarté les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure disciplinaire, estimant que la composition du conseil de discipline était régulière et que l'absence d'audition préalable de l'agent ne constituait pas un vice de procédure. Il a également jugé que les faits reprochés, établis par des témoignages concordants et non anonymes, étaient matériellement établis et ne relevaient pas de l'exercice du mandat syndical de l'intéressée. Enfin, la sanction a été considérée comme proportionnée aux fautes commises, en application des dispositions de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 octobre 2022 et 30 juin 2023, Mme F G, représentée par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mai 2022, par laquelle le président de la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de six mois, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

à titre subsidiaire :

- il appartient à la communauté d'agglomération de justifier de la régularité de la procédure disciplinaire engagée à son encontre, et notamment de la régularité de la saisine et de la composition du conseil de discipline du 18 février 2022 ;

- la communauté d'agglomération a mis en œuvre des procédés déloyaux pour constituer un dossier disciplinaire à son insu, dès lors qu'elle n'a jamais été entendue sur les faits reprochés, que l'intégralité des témoignages et courriels versés au dossier sont anonymisés, qu'elle n'a jamais pu connaître la réalité des griefs retenus, ni l'identité de ceux les ayant formulés, qu'elle n'a jamais été confrontée aux personnes se prétendant victimes de ses agissements et enfin qu'elle n'a pas eu connaissance de l'audit dont l'établissement public s'est prévalu tout au long de la procédure disciplinaire ;

- le rapport de saisine du conseil de discipline, le dossier disciplinaire et le compte rendu de l'entretien préalable font état à de nombreuses reprises de ses fonctions syndicales, de sorte que la procédure est fondée sur des considérations syndicales ;

à titre principal :

- les faits qui ont été établis par des témoignages anonymes doivent être écartés, dès lors qu'ils ont été obtenus par un procédé déloyal et que la communauté d'agglomération a refusé d'entendre les personnes dont elle a sollicité l'audition ;

- les faits reprochés sont fondés sur des accusations mensongères, qui font l'objet de plaintes pénales ; elle a produit des témoignages contraires, s'agissant des mauvais traitements infligés à des agents ou à des enfants, qui permettent d'écarter ces griefs ; elle n'a jamais fait l'objet d'aucun recadrage ni d'aucune sanction ; la circonstance que la collectivité l'ait laissée en poste pour la rentrée scolaire et lui a demandé de retarder l'exercice de sa décharge syndicale va à l'encontre de la matérialité des faits ; la direction enfance de l'établissement public connaît des dysfonctionnements depuis de nombreuses années, à l'origine de la souffrance au travail de nombreux agents ; en dénonçant ces dysfonctionnements, elle n'a jamais manqué à son devoir de réserve ni à son devoir d'obéissance hiérarchique et n'a jamais admis ces griefs, mais s'est bornée à exercer son mandat syndical ; la direction de l'enfance fait l'objet d'un turn-over élevé des animateurs, elle manque de moyens et de personnel qualifié, les conditions d'accueil des plus petits sont insuffisantes, comme l'ont révélé trois contrôles des services de la jeunesse, de l'engagement et des sports et un contrôle des services de la protection maternelle infantile, les éléments apportés par la communauté d'agglomération sont partiaux et erronés ; elle établit que l'établissement public a exercé des pressions sur les personnes ayant témoigné ; il résulte notamment de l'attestation de Mme M. que les accusations de violences concernant le jeune B sont mensongères et résultent d'une pression de la collectivité ; le témoignage de Mme M. est curieux et elle a quitté l'équipe pour des raisons étrangères aux faits qui lui sont reprochés ; Mme C. rapporte des faits mensongers, alors qu'elle n'était pas présente ou en fonction lorsque ceux-ci se seraient déroulés ; la collectivité ne produit que des éléments généraux, non circonstanciés et sortis de leur contexte ; les accusations proférées par Mme E, particulièrement graves, sont erronées ; les accusations de Mme E sont fausses et celle-ci n'était pas présente au moment des faits rapportés ; les accusations de M. D, de Mme B., de Mme C. et de Mme A sont toutes mensongères et elle a pu démontrer l'absence de matérialité des faits en conseil de discipline ;

- c'est au contraire elle-même et d'autres agents, qui ont subi des pratiques de harcèlement de la part de M. E, écarté du service par la collectivité ; ces pratiques, qu'elle a contribué à révéler, ont été à l'origine de l'audit, dont la communauté d'agglomération refuse de communiquer l'issue, qui a lui-même donné lieu au déplacement de M. E ; depuis la sanction en litige, elle a été affectée su service hygiène, se trouve isolée géographiquement et livrée à elle-même, elle doit réclamer du travail à réaliser et a été mise à l'écart ;

- la procédure engagée n'est pas dépourvue de tout lien avec ses fonctions syndicales et en particulier avec sa décharge totale d'activité à compter du 1er novembre 2021 ; au contraire, la communauté d'agglomération a commis un détournement de pouvoir et la décision attaquée a été prise en violation de l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique ;

- eu égard à l'absence d'alerte ou de reproche antérieurs, aux dysfonctionnements du service et à l'avis du conseil de discipline, la sanction prononcée est disproportionnée.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 mai 2023 et 19 mars 2024, la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud, représentée par la société à responsabilité limitée Adaes Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de Mme G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 20 mars 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 5 avril 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 avril 2024 par ordonnance du même jour.

Un mémoire, enregistré le 31 mars 2025, a été présenté pour Mme G, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Grenier, représentant Mme G et celles de Me Calvo, représentant la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F G, fonctionnaire territoriale, a été titularisée le 1er septembre 2002 au grade d'animateur territorial, alors qu'elle était en poste dans les services de la commune de Chagny. Elle a été transférée dans les services de la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud le 1er janvier 2010 et promue, en dernier lieu, au neuvième échelon de son grade le 21 février 2019, à effet au 6 mars 2019. Elle exerçait depuis le 1er septembre 2019 les fonctions de directrice de l'accueil multi-sites de la commune de Chagny au sein de la direction de l'enfance de la communauté d'agglomération. Le 1er décembre 2021, Mme G, assistée de deux conseils syndicaux, a fait l'objet d'un entretien préalable à l'engagement d'une procédure disciplinaire, en présence d'un élu, de deux responsables et d'un agent de l'établissement public, en raison de faits portés à la connaissance de l'autorité territoriale. Le conseil de discipline de la fonction publique territoriale de la Côte-d'Or a été saisi par le président de la communauté d'agglomération par un rapport du 4 novembre 2021. Dans sa séance du 18 février 2022, ce conseil de discipline a considéré que les griefs tirés d'agissements pouvant être regardés comme une atteinte à l'intégrité physique et morale des enfants placés sous la responsabilité de Mme G, de violences physiques et de manquements dans les relations de l'intéressée avec les parents d'élèves n'étaient pas établis, que ceux tirés d'agissements constitutifs d'atteintes à l'intégrité physique et morale de supérieurs hiérarchiques et de collaborateurs et de manquements au devoir d'obéissance hiérarchique étaient établis, que ces faits caractérisaient, eu égard à leur nature, à leur ampleur et à leur caractère répété et systématique un manquement grave aux obligations professionnelles de l'intéressée et qu'ils constituaient des fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire. Ce conseil de discipline a émis, à la majorité, un avis favorable à une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de six mois, dont trois mois avec sursis. Par une décision du 9 mai 2022, le président de la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud a infligé à Mme G une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de six mois fermes. Le silence de l'établissement public a fait naître une décision implicite de rejet du recours gracieux de l'intéressée à l'encontre de cette décision. Par sa requête, Mme G demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, le recours pour excès de pouvoir a pour objet, non de sommer le défendeur de justifier a priori de la légalité de la décision attaquée, mais de soumettre au débat des moyens sur lesquels le juge puisse statuer. À cet égard, le défendeur n'est tenu de verser des éléments au débat que si les moyens invoqués sont appuyés d'arguments ou de commencement de démonstration appelant une réfutation par la production d'éléments propres à l'espèce.

3. Mme G se borne à soutenir dans la présente instance qu'il " appartiendra () à la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud de justifier de la régularité de la procédure disciplinaire () et notamment de la régularité de la saisine et de la composition du conseil de discipline qui s'est tenu le 18 février 2022 () " sans mentionner ni les dispositions qui auraient été méconnues, ni la nature de la ou des irrégularités qui auraient été commises, ni indiquer les motifs qui l'amèneraient à penser qu'une telle irrégularité aurait été commise. Dès lors, les décisions attaquées ne sauraient être regardées comme entachées d'un vice de procédure au seul motif que la communauté d'agglomération défenderesse n'aurait pas produit d'éléments susceptibles d'établir l'inverse des allégations de l'intéressée relatives à la régularité de la procédure disciplinaire engagée. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.

4. En deuxième lieu, Mme G doit être regardée comme soutenant que la décision en litige est entachée d'un vice de procédure, dès lors que les témoignages et courriels versés dans son dossier étaient anonymisés, l'empêchant de connaître la réalité des griefs qui lui étaient reprochés, que l'établissement public s'est largement prévalu d'un rapport d'audit qui ne lui a jamais été communiqué et qu'il a été fait état, à de nombreuses reprises, de ses fonctions syndicales dans le rapport de saisine du conseil de discipline et dans le dossier disciplinaire.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud, après avoir été informée à plusieurs reprises de faits commis par Mme G, susceptibles de constituer des fautes disciplinaires, a engagé une enquête administrative, au cours de laquelle elle a procédé à l'audition de seize agents les 20, 21 et 22 octobre et 19 novembre 2021. L'établissement public, qui a versé les comptes rendus d'audition au dossier disciplinaire, fait valoir que ces comptes rendus ont été anonymisés par craintes des personnes auditionnées de représailles de la part de Mme G, craintes dont il ressort des pièces du dossier qu'elles doivent être regardées comme fondées. En outre, il résulte du contenu même de ces témoignages qu'ils comportent des éléments sur les fonctions des personnes auditionnées et sur leurs rapports avec Mme G permettant à celle-ci de discuter utilement de leur authenticité et de la véracité de leur contenu. La plupart contiennent d'ailleurs des éléments si précis qu'ils permettent sans difficulté d'identifier l'agent concerné, ce qu'a d'ailleurs fait Mme G, qui les cite nommément dans ses écritures. Par ailleurs, si Mme G reproche de n'avoir pas versé au dossier le rapport d'audit qui aurait été commandé par l'établissement public sur l'organisation et le fonctionnement du service de l'enfance, ce rapport ou cet audit ne sont mentionnés ni dans le rapport disciplinaire adressé au conseil de discipline, ni dans le compte rendu de l'entretien du 1er décembre 2021 ni dans la décision attaquée et il ne ressort des pièces du dossier ni que le contenu de ce rapport aurait été utilisé d'une quelconque manière, par la collectivité, au cours de la procédure disciplinaire, ni même qu'il contiendrait des éléments susceptibles de justifier ou d'atténuer la portée des faits reprochés à Mme G. S'agissant des activités syndicales de Mme G, il ressort du compte rendu de l'entretien du 1er décembre 2021 que seule Mme G a incidemment mentionné ses " permanences syndicales " au cours de cet entretien. Enfin, si cette appartenance est mentionnée à trois reprises dans le rapport disciplinaire adressé au conseil de discipline, la première mention ne pouvait être omise sans compromettre l'intelligibilité du propos, dès lors que les faits rapportés par la collectivité, qui apparaissent au surplus d'une importance très limitée au regard de la multitude de faits reprochés à l'intéressée, constituent un " chantage à l'adhésion syndicale " auprès de plusieurs agents ; la seconde mention est, au contraire, favorable à Mme G, dès lors que la communauté d'agglomération rappelle que la liberté d'expression reconnue aux représentants syndicaux est plus importante que celle communément reconnue aux agents, dans le cadre de l'appréciation du devoir de réserve ; la troisième mention enfin se borne à qualifier une communication adressée à l'ensemble des responsables de structure par Mme G. Au demeurant, il ne ressort des pièces du dossier ni que le fait rapporté lors de cette troisième occurrence, qui s'inscrit de nouveau dans une énumération de faits reprochés à l'intéressée, aurait revêtu un caractère déterminant dans le cadre de la procédure disciplinaire, ni qu'il aurait pu avoir une quelconque influence sur le déroulement de cette procédure. Pour l'ensemble des motifs qui précèdent, le vice de procédure allégué doit être écarté.

6. En troisième lieu, Mme G fait grief à la communauté d'agglomération de ne pas avoir accepté d'auditionner, lors de l'enquête administrative, les témoins qu'elle aurait identifiés lors de l'entretien du 1er décembre 2021. Toutefois, d'une part, aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obstacle à ce que l'administration mène une enquête interne, préalablement à l'ouverture d'une procédure disciplinaire et ne lui impose de formalité particulière quant au déroulement d'une telle enquête. Par suite, et alors que Mme G ne soutient pas avoir été privée de la possibilité de citer tous les témoins qu'elle souhaitait lors du conseil de discipline et qu'elle a en outre pu présenter, dans la présente instance, tous les témoignages qu'elle souhaitait, le moyen soulevé doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. ". En outre, aux termes de l'article L. 533-1 du même code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / 1° Premier groupe : () / 2° Deuxième groupe : / a) La radiation du tableau d'avancement ; / b) L'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par le fonctionnaire ; / c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / d) Le déplacement d'office dans la fonction publique de l'Etat./ 3° Troisième groupe : / a) La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par le fonctionnaire ; / b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. / 4° Quatrième groupe : / a) La mise à la retraite d'office ; / b) La révocation. ".

8. Il appartient au juge administratif, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

9. La sanction infligée à Mme G le 9 mai 2022 par le président de la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud est motivée par de nombreux faits. En premier lieu, il est reproché l'atteinte portée par l'intéressée à l'intégrité physique et morale des agents placés sous sa responsabilité, en particulier les menaces physiques commises le 27 septembre 2019 sur un agent, une conversation téléphonique critique, agressive et menaçante du 11 octobre 2021 ayant visé un autre agent, un comportement abusif à l'égard d'un troisième agent tout au long de l'exécution de son contrat, et plus généralement un climat de peur et des conditions de travail délétères imposées aux agents sous sa responsabilité. En deuxième lieu, la sanction est également motivée par les atteintes portées à l'intégrité physique et morale de ses supérieurs, en particulier les sollicitations abusives, dénigrements et contestations permanentes dont ont souffert les responsables de secteur, les coordinateurs et les membres de la direction de l'enfance, les sollicitations téléphoniques effectuées en numéro masqué ou en utilisant des numéros de téléphone variés, détachées des attributions de l'intéressée ou dénigrant l'organisation du service et les sollicitations par écrit assorties de propos dénigrants, véhéments et/ou menaçants. En troisième lieu, il est reproché à Mme G des manquements au devoir d'obéissance hiérarchique, notamment la contestation récurrente des consignes et ordres donnés et de l'organisation du service, son absence de respect des délais impartis pour certaines tâches, la transmission de données confidentielles sans autorisation de sa hiérarchie et le fait de s'adresser directement aux usagers ou aux élus sans en référer au préalable aux responsables du service. En quatrième lieu, des manquements au devoir de réserve sont également reprochés à la requérante, eu égard aux termes virulents et agressifs utilisés, pour dénigrer les agents, l'organisation ou l'encadrement du service.

S'agissant du caractère probant des témoignages produits et de l'enquête administrative :

10. En l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen.

11. Toutefois, tout employeur public est tenu, vis-à-vis de ses agents, à une obligation de loyauté. Il ne saurait, par suite, fonder une sanction disciplinaire à l'encontre de l'un de ses agents sur des pièces ou documents qu'il a obtenus en méconnaissance de cette obligation, sauf si un intérêt public majeur le justifie. Il appartient au juge administratif, saisi d'une sanction disciplinaire prononcée à l'encontre d'un agent public, d'en apprécier la légalité au regard des seuls pièces ou documents que l'autorité investie du pouvoir disciplinaire pouvait ainsi retenir.

12. L'autorité investie du pouvoir disciplinaire peut légalement infliger à un agent une sanction sur le fondement de témoignages qu'elle a anonymisés à la demande des témoins, lorsque la communication de leur identité serait de nature à leur porter préjudice. Il lui appartient cependant, dans le cadre de l'instance contentieuse engagée par l'agent contre cette sanction et si ce dernier conteste l'authenticité des témoignages ou la véracité de leur contenu, de produire tous éléments permettant de démontrer que la qualité des témoins correspond à celle qu'elle allègue et tous éléments de nature à corroborer les faits relatés dans les témoignages. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud, après avoir été informée à plusieurs reprises de faits commis par Mme G, susceptibles de constituer des fautes disciplinaires, a engagé une enquête administrative, au cours de laquelle elle a procédé à l'audition de seize agents les 20, 21 et 22 octobre et 19 novembre 2021. L'établissement public, qui a versé les comptes rendus d'audition au dossier disciplinaire, fait valoir que ces comptes rendus ont été anonymisés par craintes des personnes auditionnées de représailles de la part de Mme G. La communauté d'agglomération produit néanmoins à l'instance deux de ces comptes rendus, ceux résultant de l'audition de l'ancien et de l'actuel directeur de l'enfance de la collectivité, après avoir levé l'anonymat des agents, avec leur accord. D'autre part, et comme il a été dit précédemment, il résulte du contenu même de ces témoignages qu'ils comportent des éléments sur les fonctions des personnes auditionnées et sur leurs rapports avec Mme G permettant à celle-ci de discuter utilement de leur authenticité et de la véracité de leur contenu. La plupart contiennent d'ailleurs des éléments si précis qu'ils permettent sans difficulté d'identifier l'agent concerné, ce qu'a d'ailleurs fait Mme G, qui les cite nommément dans ses écritures. En outre, ces témoignages sont suffisamment précis et concordants sans être nullement stéréotypés de sorte qu'il n'y a ni lieu de les écarter par principe, comme le demande la requérante, ni lieu d'accueillir le moyen soulevé, tiré de la méconnaissance de l'obligation de loyauté.

S'agissant de la matérialité des faits :

14. En premier lieu, Mme G reproche aux témoignages produits par l'établissement public d'être contraires ou mensongers s'agissant des mauvais traitements infligés à des enfants, sous forme d'une énumération de faits qu'elle conteste un à un, sans au demeurant apporter d'éléments précis venant au soutien de cette contestation. Elle se prévaut des deux plaintes qu'elle a déposées en rapport avec ces faits. Ces éléments sont néanmoins dépourvus de toute incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que la communauté d'agglomération n'a pas retenu ces faits au nombre de ceux ayant fondé la sanction en litige.

15. En deuxième lieu, il ressort de l'ensemble des pièces du dossier et notamment des nombreuses attestations produites par l'établissement public que Mme G, qui exerçait en dernier lieu la fonction de directrice de l'accueil multi-sites de la commune de Chagny avait, dans le cadre de ces fonctions, un comportement particulièrement autoritaire, volontairement intimidant, cherchant à prendre l'ascendant psychologique sur les agents du service, y compris ceux n'étant pas sous son autorité hiérarchique. Il ressort également de l'ensemble de ces éléments que, lors de situations de conflit, Mme G recherchait l'affrontement direct avec les agents, utilisant au besoin divers procédés d'intimidation ou d'humiliation verbaux ou psychologiques et une expression souvent grossière, brutale ou dévalorisante. Ce comportement a généré, au sein du service, des situations de stress ou d'angoisse, notamment des agents les plus faibles, et un climat de peur et de tension. Si Mme G le conteste ou tente d'expliquer les divers incidents rapportés par les dysfonctionnements des services de la communauté d'agglomération, d'une part, il n'est pas établi que ces derniers auraient dépassé le cadre normal des difficultés d'organisation ou de fonctionnement inhérentes à tout service d'accueil d'enfants et d'autre part, il appartenait à l'intéressée, en sa qualité de directrice, non d'ajouter à ceux-ci le climat délétère qu'elle a ainsi contribué à faire régner, mais au contraire de faciliter le fonctionnement du service par ses qualités managériales. Pour contester l'ensemble des griefs qui précèdent, Mme G se borne à une contestation systématique, dépourvue le plus souvent d'éléments précis et circonstanciés venant à leur soutien, reprochant les " accusations mensongères " ou " fausses " ou encore les éléments " partiaux et erronés ". Si Mme G se prévaut des nombreux témoignages en sens contraire, les témoignages qu'elle produit, certes nombreux, sont pour l'essentiel des témoignages de parents d'élèves qui ne sauraient avoir été témoins des faits qui viennent d'être mentionnés, d'anciens collègues ou d'anciens partenaires ou collaborateurs occasionnels du service qui n'ont pas travaillé avec l'intéressée au cours de la période en litige ou des témoignages de collègues non circonstanciés et ne mentionnant pas même la période à laquelle ils ont connu l'intéressé. A supposer même non établis les quelques propos et comportements isolés, que conteste Mme G, tenus à l'encontre notamment de Mme B (menace de " coup de boule ") ou de M. D (" main aux fesses "), et qui sont susceptibles d'avoir effectivement donné lieu, tels qu'ils sont rapportés, à une mauvaise interprétation des intéressés, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause la matérialité des griefs qui viennent d'être décrits. Enfin, contrairement à ce que soutient l'intéressée, il n'est pas établi que l'établissement public aurait exercé des pressions sur les personnes ayant témoigné. Par suite, les faits reprochés, suffisamment établis par les pièces du dossier, sont constitutifs d'une atteinte à l'intégrité physique et morale des agents placés sous la responsabilité de Mme G.

16. En troisième lieu, il ressort également des pièces du dossier, et là encore des témoignages concordants, nombreux et étayés, produits par la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud que Mme G sollicitait de manière continuelle, incessante et intempestive, par téléphone ou par courriel, ses supérieurs hiérarchiques directs, responsables de secteurs, ou, à défaut de pouvoir les joindre immédiatement, leurs propres encadrants, membres de la coordination de l'enfance ou membres de la direction de l'enfance, au besoin sur un ton critique et menaçant, particulièrement inapproprié compte tenu de sa propre fonction d'encadrante, et au besoin en changeant de téléphone pour éviter d'être filtrée par ces encadrants. Les propos qui sont rapportés sont, une nouvelle fois, agressifs, dévalorisants ou méprisants. Il ressort également des éléments produits que les responsables de secteur et les coordinateurs se sentaient, à leur tour, épuisés et harcelés par l'attitude à la fois insistante, vindicative et conflictuelle de la requérante. Ces faits, également suffisamment établis par les pièces du dossier, sont constitutifs d'une atteinte à l'intégrité physique et morale de ses supérieurs par Mme G.

17. En quatrième lieu, il ressort encore des pièces du dossier que Mme G, qui n'acceptait pas l'autorité de ses supérieurs hiérarchiques, organisait son service comme bon lui semblait, sans nécessairement tenir compte des consignes qui lui étaient données, lorsque celles-ci ne lui convenaient pas. Les divers reportings qui lui étaient demandés n'étaient pas envoyés dans les délais demandés lorsque ceux-ci lui paraissaient inappropriés et elle contestait au besoin l'identité ou la légitimité de l'auteur de ces demandes. Il ressort des divers témoignages produits à l'instance qu'elle critiquait continuellement l'organisation du service, et plus généralement de la collectivité, la légitimité de ses encadrants, au besoin par des termes vulgaires, et qu'elle ne respectait pas les procédures mises en place, lorsque celles-ci ne lui convenaient pas. Si Mme G conteste une nouvelle fois ces griefs, soutient qu'elle disposait de bonnes évaluations et qu'à aucun moment ces reproches ne lui ont été signifiés, il ressort au contraire et notamment des pièces du dossier qu'un entretien a été organisé le 25 février 2020 pour lui expliquer qu'il était attendu d'elle " une meilleure compréhension de l'organisation ", au cours duquel elle a renouvelé ses critiques de l'organisation et du fonctionnement du service, remettant en cause la pertinence et la légitimité des décisions prises. Ces faits, matériellement établis, caractérisent des manquements par l'intéressé à son devoir d'obéissance hiérarchique.

18. En cinquième lieu, il ressort enfin des pièces du dossier que Mme G ne limitait pas sa critique de l'organisation et du fonctionnement du service à ses échanges avec ses supérieurs directs, mais qu'elle en faisait état, tant auprès de ses propres collaborateurs, qu'auprès de ses homologues, d'encadrants de la collectivité ou de partenaires extérieurs. Tant le contenu de cette expression que les multiples termes injurieux et dégradants présents au dossier, dont certains sont corroborés, et le ton agressif ou haineux de l'expression de Mme G à l'égard de ses encadrants caractérise des manquements au devoir de réserve attendu, a fortiori d'un agent faisant lui-même partie de l'encadrement.

19. Il ressort de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits reprochés doit être écarté.

S'agissant des fautes, de la disproportion et des autres moyens soulevés :

20. En premier lieu, les faits qui viennent d'être analysés aux points 15 à 18 du présent jugement sont, comme il a été dit, constitutifs d'une atteinte par Mme G à l'intégrité physique et morale de ses collaborateurs d'une part, et de ses supérieurs hiérarchiques d'autre part, de manquements au devoir d'obéissance hiérarchique et de manquements au devoir de réserve. Pour remettre en cause le caractère fautif de ces faits, Mme G fait valoir qu'ils s'inscrivent dans un contexte de dysfonctionnements des services de la collectivité, ayant une incidence quotidienne sur les situations difficiles auxquelles elle a dû faire face. Toutefois, comme il a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que les dysfonctionnements allégués de la collectivité et du service dépasseraient ceux, notamment de recrutement et d'organisation, susceptibles d'être rencontrés dans un tel service de l'enfance. En tout état de cause, à les supposer avérés, ils ne sont de nature à justifier ni le refus d'obéissance hiérarchique, ni les manquements au devoir de réserve, ni le comportement de l'intéressée, ni la forme des propos tenus par la requérante à l'encontre de ses subordonnés et de ses encadrants. Dans ces conditions, les faits précédemment rapportés, constitutifs d'une atteinte par Mme G à l'intégrité physique et morale de ses collaborateurs d'une part, et de ses supérieurs hiérarchiques d'autre part, de manquements au devoir d'obéissance hiérarchique et de manquements au devoir de réserve, sont constitutifs de fautes. Eu égard au nombre de faits reprochés, à la période de temps pendant laquelle ils se sont étalés, à leur récurrence, à leur gravité et à l'incidence qu'ils ont pu avoir sur le service, ils étaient de nature à justifier, sans erreur d'appréciation, la sanction du troisième groupe d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de six mois.

21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les agents publics en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race, sous réserve des dispositions des articles L. 131-5, L. 131-6 et L. 131-7. ". Aux termes de l'article L. 133-2 du même code : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

22. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime de discrimination ou d'agissements constitutifs de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à toute discrimination et à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la discrimination ou les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

23. En l'espèce, Mme G soutient, tout d'abord, qu'elle aurait été, elle-même, la victime d'un harcèlement de la part de M. E, directeur de l'enfance de la collectivité et qu'un audit aurait été effectué, entraînant le déplacement de l'intéressé en septembre 2021. Toutefois, la requérante, qui se borne à alléguer un tel harcèlement, sans décrire en quoi il aurait consisté ou la forme qu'il aurait prise, n'apporte aucun élément constituant un commencement de preuve de la réalité de celui-ci. Si elle soutient également qu'elle serait victime de discrimination syndicale et d'un détournement de pouvoir, ayant bénéficié à compter du 1er novembre 2021 d'une décharge syndicale à temps plein, d'une part, ni la discrimination alléguée ni le détournement de pouvoir ne sont établis par les pièces du dossier et d'autre part, il ressort au contraire des pièces du dossier que la plupart des faits reprochés à Mme G pré-existaient à la rencontre organisée le 25 février 2020 avec l'intéressée, qui est elle-même antérieure de plus d'une année à la demande de décharge syndicale à temps plein sollicitée pour la requérante. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

24. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G n'est fondée à demander l'annulation ni de la décision du 9 mai 2022, par laquelle le président de la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud a infligé à Mme G une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de six mois, ni de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme G demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme G une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Mme G versera à la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F G et à la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2025.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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