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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202724

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202724

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLUKEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Lukec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé sa remise auprès des autorités italiennes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision " portant obligation de quitter le territoire " est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision de refus de séjour ;

- la décision " portant obligation de quitter le territoire français " est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision " portant obligation de quitter le territoire français " est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision " portant obligation de quitter le territoire français " est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il dispose d'un titre de séjour européen de longue durée ;

- la décision " portant obligation de quitter le territoire français " méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B le versement d'une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, est entré en France pour la première fois, selon ses déclarations, en 2013. Il a ensuite bénéficié d'un titre de séjour de longue durée en Italie le 10 mai 2019 avant d'entrer sur le territoire français pour la deuxième fois le 5 septembre 2020. L'intéressé a ensuite présenté, le 28 janvier 2021, une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 juin 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé sa remise auprès des autorités italiennes.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 11 mars 2022, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. Carre, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions de relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision de refus de séjour manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision de refus de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle n'a dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Le requérant fait valoir qu'il est marié depuis 2014 avec une ressortissante marocaine résidant en France et qu'il a créé un commerce avec un associé en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, tout d'abord, qu'après être entré sur le territoire français en 2013, M. B n'établit pas être resté sans lien avec son pays d'origine dès lors qu'il a fait de nombreux trajets au Maroc où résident son père et ses cinq frères et sœurs. Par ailleurs, l'intéressé a vécu au moins cinq années sur le territoire italien avant de se voir remettre un titre de séjour de longue durée par les autorités italiennes, le 10 mai 2019, et n'a vécu finalement que deux ans sur le territoire français entre 2013 et 2022. De plus, si M. B est marié avec une ressortissante marocaine depuis le 27 septembre 2014 et que cette dernière est titulaire d'une carte de résident jusqu'au 3 mai 2030, il n'établit pas, par la seule production d'un avis d'imposition, qu'il maintient avec son épouse une communauté de vie particulière alors que, comme il vient d'être indiqué, il a été très peu présent sur le territoire français. Enfin, l'intéressé ne produit aucun document tendant à démontrer qu'il exerce une activité professionnelle régulière sur le territoire français. M. B n'établit donc pas avoir noué des liens significatifs sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas davantage entaché la décision de refus de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant remise auprès des autorités italiennes :

6. Aucune décision portant obligation de quitter le territoire français n'ayant été prise par le préfet de la Côte-d'Or, les moyens dirigés contre cette décision inexistante doivent en réalité être regardés comme étant dirigés contre la décision portant remise auprès des autorités italiennes.

7. En premier lieu, la décision de refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant remise auprès des autorités italiennes, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

8. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision de remise auprès des autorités italiennes doit être écarté.

9. En troisième lieu, la décision portant remise auprès des autorités italiennes comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle n'a dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne () l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1 () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui ne dispose pas d'un droit au séjour sur le territoire français, dispose d'un titre de séjour italien et pouvait dès lors faire l'objet d'une décision de remise auprès des autorités italiennes, laquelle est différente de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit par suite être écarté.

12. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision portant remise auprès des autorités italiennes sur la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2022. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme que demande le préfet de la Côte-d'Or au titre des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Lukec.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

C. BoisLe président,

L. BoissyLa greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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