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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202859

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202859

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202859
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP AUDARD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2022, M. D B A, représenté par Me Audard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B A soutient que :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée et méconnait les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par une décision du 19 septembre 2022, M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Audard, représentant M. B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 26 juin 1973, est entré irrégulièrement en France une première fois le 5 février 2019. Les 14 juillet 2019 et 6 février 2020, il s'est vu refuser la délivrance d'un visa par les autorités françaises à Oran. Le 12 mars 2021, il a conclu avec une ressortissante française un pacte civil de solidarité et a sollicité le 21 juin suivant la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ". Par l'arrêté attaqué du 14 juin 2022, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le moyen commun à plusieurs décisions :

2. L'arrêté attaqué vise notamment les 2° et 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne en outre la situation administrative, personnelle, matrimoniale et familiale de M. B A. Dans ces conditions, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, qui ne sont pas stéréotypées, énoncent avec une précision suffisante les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre la décision de refus de séjour :

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

4. En l'espèce, M. B A se prévaut d'être " en couple depuis fin 2019 " avec une ressortissante française en produisant une attestation de souscription d'un contrat d'électricité à compter de janvier 2020, de l'acquisition par cette dernière, en mars 2022, d'un bien en indivision et allègue, sans nullement le démontrer, être isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à plus de 45 ans. En outre, le couple est sans enfant et M. B A ne justifie pas de la moindre insertion sociale ou professionnelle. Enfin, la circonstance qu'il est très récemment devenu propriétaire indivis d'un bien immobilier sur le territoire français ne lui confère aucun droit à un titre de séjour. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment de la durée de séjour ainsi que des conditions d'entrée et de résidence du requérant et alors que rien ne fait obstacle à ce que sa partenaire le rejoigne ni qu'il revienne en France muni d'un visa, le refus opposé à la demande de certificat de résidence ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il ne méconnaît dès lors pas les stipulations citées au point 3.

En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision lui refusant la délivrance d'une carte de résidence ayant été écartés, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Pour les mêmes motifs qu'au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 6 ne peut être accueilli.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :

8. Les moyens invoqués à l'encontre des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. B A n'est pas fondé à exciper de leur illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2022. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil du requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Audard.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- M. Blacher, premier conseiller,

- Mme Hunault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

La rapporteure,

K. CLe président,

L. BoissyLa greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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