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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202861

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202861

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202861
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 octobre 2022, M. D A, représenté par Me Clémang, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 28 octobre 2022, par lesquels le préfet de la Côte-d'Or, d'une part, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Côte-d'Or ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or d'avoir à lui remettre un titre de séjour d'une durée d'une année en tant que parent d'enfant français, ou à tout le moins un récépissé de demande de titre de séjour dans l'attente de la décision du juge aux affaires familiales, dans le délai de 15 jours suivant notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- le défaut de base légale : l'arrêté attaqué sera annulé puisqu'il est dénué de toute référence au seul texte applicable, l'accord franco-algérien et notamment son article 6.4 ;

- le défaut de consultation de la commission du titre de séjour ;

- la consultation irrégulière du Fichier des Empreintes Digitales ;

- l'erreur de droit, l'erreur de fait et le défaut de base légale, le requérant exerce l'autorité parentale de plein droit sur son enfant depuis sa naissance, la reconnaissance ayant été exercé antérieurement à la naissance de la petite fille ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision sous assignation à résidence :

- ces décisions seront annulées par la voie de l'exception ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant du refus de délai :

- la menace à l'ordre public et le risque de fuite ne sont pas établis ;

- elle sera annulée par la voie de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant du l'interdiction de retour :

- elle sera annulée par la voie de l'exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et refus de délai ;

- l'erreur manifeste d'appréciation ; la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles et son protocole annexe ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Puglierini, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 2 novembre 2022 à 11 h 45.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Clémang, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens développés dans ses écritures, rappelle que M. A n'a jamais été condamné, qu'ayant reconnu son enfant M. A exerce l'autorité parentale, qu'il contribue au vu de faibles moyens à l'entretien de son enfant, que son ex-compagne s'est exprimée devant le juge aux affaires familiales pour une autorité parentale conjointe, qu'il ne peut y avoir une substitution de base légale entre l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 6-2 de de l'accord franco-algérien du 27 septembre 1968 et que la commission du titre de séjour devait être consultée.

- et les observations de Mme B, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant algérien, né en 1996 en Algérie, est entré irrégulièrement en France en 2018. Il a fait l'objet le 22 février 2021 de décisions, d'une part, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur ce territoire d'une durée d'un an et, d'autre part, d'une assignation à résidence. Son recours dirigé contre ces décisions a été rejeté par un jugement en date du 26 février 2021 du tribunal administratif de Dijon. L'intéressé a formé le 11 janvier 2022 auprès des services de la préfecture de la Côte-d'Or, une demande de titre de séjour en qualité de " parent d'enfant français ". Par un arrêté en date du 28 octobre 2022, dont l'intéressé demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté cette demande, l'a obligé de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Côte-d'Or a décidé d'assigner à résidence M. A sur le territoire de la commune de Dijon dans la Côte-d'Or pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". Aux termes de l'article L. 614-9 de ce code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. / Dans le cas où la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, applicable en cas d'assignation à résidence : " () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ".

4. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au magistrat désigné de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation d'un délai de départ volontaire et des conclusions accessoires dont elles sont assorties. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour ni sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties.

5. Dès lors, la formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celle-ci. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour :

6. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a visé l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non l'article 6-2 de de l'accord franco-algérien du 27 septembre 1968, alors que M. A est un ressortissant algérien. Il ne saurait être contredit, que les dispositions de ces deux textes sont différentes dès lors que l'accord franco-algérien ne pose pas la condition de contribution effective du parent à l'entretien et l'éducation de l'enfant depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, pas plus qu'il n'impose la preuve de la contribution du parent français. Par suite, la demande de substitution de base légale, sollicitée en défense, ne peut être retenue.

7. D'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () ". Le respect de la condition, posée par ses stipulations, tenant à l'exercice même partiel de l'autorité parentale n'est pas subordonné à la vérification de l'effectivité de l'exercice de cette autorité et est indépendant du respect de la condition tenant à la participation à l'entretien ou à l'éducation de l'enfant, laquelle est alternative. Toutefois, les stipulations précitées ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 () ". Ces dispositions s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien régissant, comme celles, de portée équivalente, en dépit des différences tenant au détail des conditions requises, de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " aux parents d'un enfant français mineur résidant en France. Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.

9. Il est constant que M. A est père d'une enfant française, qu'il a reconnu préalablement à sa naissance. Il n'est pas établi, qu'il ne disposerait plus de l'autorité parentale alors que son ex-compagne, Mme E, a indiqué au juge des affaires familiales lors de l'audience 13 octobre 2022, qu'elle consentait à l'exercice conjoint de l'autorité parentale et que M. A pouvait bénéficier d'un droit de visite sans hébergement à l'égard de l'enfant Amira A dans un lieu neutre. M. A remplissait ainsi les conditions prévues au 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, le préfet était tenu de saisir de son cas la commission du titre de séjour, sans que puisse y faire obstacle la circonstance que sa présence constituerait une menace à l'ordre public. En outre, si M. A a été entendu dans plusieurs affaires et que ces empreintes digitales auraient été recueillies, à ce jour il n'a jamais été condamné et ne peut dès lors être regardé comme constituant une menace à l'ordre public. Ainsi, faute d'avoir été précédée de cette consultation, le refus de titre de séjour opposé à M. A est intervenu au terme d'une procédure irrégulière et est ainsi entaché d'illégalité.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans et l'assignation à résidence :

10. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à exciper de l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il est par conséquent fondé à se prévaloir par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions refusant le délai de départ volontaire, l'interdiction de retour pendant trois ans et l'assignation à résidence.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation des décisions du 28 octobre 2022 par lesquelles le préfet de Côte d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, ainsi que de la décision du même jour par laquelle cette autorité l'a assigné à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Ainsi qu'il a été dit, il n'appartient pas au magistrat désigné de se prononcer sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour. En revanche, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, lorsqu'une obligation de quitter le territoire est annulée, l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas et il est mis fin aux mesures de surveillance prévues notamment à l'article L. 731-1 du même code. Ainsi, eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet de Côte d'Or réexamine la situation de M. A et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Enfin, l'annulation prononcée induit, nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont M. A fait l'objet à la date de l'audience, date de notification du dispositif.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par le préfet de la Côte-d'Or au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de M. A qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. En revanche, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à M. A d'une somme de 900 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision du 28 octobre 2022 par laquelle le préfet de Côte d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction afférentes, sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Dijon.

Article 2 : Les décisions du 28 octobre 2022 par lesquelles le préfet de Côte d'Or a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans sont annulées.

Article 3 : La décision du 28 octobre 2022 par laquelle le préfet de Côte d'Or a assigné M. A à résidence est annulée.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de Côte d'Or de de réexaminer la situation de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : L'Etat versera à M. A la somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Clémang.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Fait à Dijon, le 2 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. C

Le greffier,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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