jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202871 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL LEGIPUBLIC AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 octobre 2022 et un mémoire enregistré le 2 août 2023, le syndicat SGEN-CFDT Bourgogne demande au tribunal d'annuler la délibération du conseil d'administration de l'université de Bourgogne du 1er septembre 2022 qui met un terme à la participation de l'université de Bourgogne à la communauté d'universités et établissements
" université Bourgogne - Franche-Comté " (COMUE " UBFC ") en tant que membre, à l'issue du contrat de site 2017-2023.
Il soutient que :
- sa requête est recevable, eu égard aux conséquences de la délibération sur les personnels;
- la délibération est entachée d'un vice de procédure tiré de l'insuffisance du délai de convocation à la réunion du 1er septembre 2022 ;
- elle est également entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence, à l'ordre du jour de la réunion du conseil d'administration, de la mise aux voix du retrait de l'université de Bourgogne de la COMUE " UBFC " ;
- elle a été prise en violation des articles L. 718-2 et L. 718-3 du code de l'éducation ;
- elle a été prise en violation du décret n° 2015-280 du 11 mars 2015 portant création de la COMUE " UBFC " et approbation de ses statuts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, l'université de Bourgogne, représentée par Me Supplisson, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge du syndicat SGEN-CFDT Bourgogne la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, le syndicat requérant ne justifiant pas de son intérêt pour agir et faute d'habilitation de son représentant pour agir en justice ;
- la délibération attaquée se borne à annoncer une position politique dépourvue d'effets juridiques directs et immédiats et ne fait pas grief ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le décret n° 2015-280 du 11 mars 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;
- les observations de Me Supplisson représentant l'université de Bourgogne.
Considérant ce qui suit :
1. Par décret du 11 mars 2015 portant création de la communauté d'universités et établissements " université Bourgogne - Franche-Comté " (COMUE " UBFC ") et approbation de ses statuts, l'université de Bourgogne et l'université de Franche-Comté, ainsi que différents établissements d'enseignement supérieur de la région, ont formé un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel constitué sous la forme d'une communauté d'universités et établissements, au sens des articles L. 711-1 et L. 711-2 du code de l'éducation. Le
1er septembre 2022, le conseil d'administration de l'université de Bourgogne a adopté une délibération ainsi rédigée : " En l'absence de validation par les tutelles étatiques de la proposition du double-siège social, au vu des difficultés stratégiques et structurelles rencontrées dans le cadre de la Comue UBFC, l'Université de Bourgogne mettra un terme à sa participation à la Comue UBFC en tant que membre, à l'issue du contrat de site en cours, et s'engage dans la construction d'une nouvelle forme d'organisation de la politique de site, dans le respect des dispositions du Code de l'éducation, et en collaboration avec l'ensemble des acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche de la région Bourgogne Franche-Comté. ". Le syndicat général de l'éducation nationale SGEN-CFDT Bourgogne demande l'annulation de cette délibération qui met un terme à la participation de l'université de Bourgogne à la COMUE " UBFC " en tant que membre, à l'issue du contrat de site 2017-2023.
Sur la recevabilité de la requête :
2. En premier lieu, les fonctionnaires et les associations ou syndicats qui défendent leurs intérêts collectifs n'ont pas qualité pour attaquer les dispositions se rapportant à l'organisation ou à l'exécution du service sauf dans la mesure où ces dispositions porteraient atteinte à leurs droits et prérogatives ou affecteraient leurs conditions d'emploi et de travail.
3. Selon ses statuts, le SGEN CFDT Bourgogne est formé des salariés et des retraités de l'éducation nationale, de jeunesse et sports, de l'EAP et de la recherche qui adhèrent et est compétent pour le territoire de l'académie de Dijon. Il a notamment pour but, " de : - défendre les adhérents dans leur vie professionnelle et de retraités, individuellement et collectivement ; () - définir des revendications spécifiques pour des situations particulières à l'Académie ou aux départements ; () ".
4. Le syndicat requérant se prévaut des conséquences directes de la délibération en litige sur la situation des personnels de recherche, en s'appuyant sur un courrier du 27 octobre 2022 de la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, qui prend acte de la délibération attaquée et annonce, en conséquence, la suspension à effet immédiat des versements liés aux projets de recherche auxquels participait la COMUE. En outre, il ressort des statuts approuvés par le décret du 11 mars 2015 que les établissements membres ont transféré à la COMUE différentes compétences, la délibération attaquée ayant dès lors nécessairement des conséquences sur l'organisation et le fonctionnement des services affectant les conditions d'emploi des agents concernés. Le syndicat requérant justifie dès lors de son intérêt pour agir contre la délibération attaquée.
5. En deuxième lieu, le mémoire complémentaire enregistré le 2 août 2023 a été signé par le secrétaire général du syndicat, qui en vertu des statuts, a qualité pour représenter le syndicat en justice.
6. En dernier lieu, si la délibération attaquée ne constitue qu'une déclaration d'intention en ce qu'elle annonce que l'université de Bourgogne s'engage dans la construction d'une nouvelle forme d'organisation de la politique de site, elle a en revanche pour objet et pour effet de mettre un terme à la participation de l'université à la COMUE à l'issue du contrat de site en cours, soit au
1er janvier 2024. Elle a ainsi une portée décisoire, quand bien même la date d'effet de cette décision est différée, et il n'est fait état d'aucune décision ultérieure qui aurait été nécessaire pour mettre fin à la participation de l'université de Bourgogne à la COMUE " UBFC ".
7. Il résulte de ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées en défense doivent être écartées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
8. Alors même qu'aucune disposition législative ou réglementaire ne fixe les modalités des délibérations des conseils d'administration des universités, lesdits conseils ne peuvent valablement délibérer que si leurs membres reçoivent en temps utile l'ordre de jour de la réunion accompagné le cas échéant des documents nécessaires, afin qu'ils puissent exercer utilement leur mandat. L'information adéquate de l'ensemble des membres de ces conseils constitue, en principe, une garantie pour les intéressés.
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les membres du conseil d'administration de l'université de Bourgogne ont reçu une première convocation à la réunion du 1er septembre 2022 le 19 août 2022, cette convocation mentionnant un ordre du jour portant sur des informations du président et un débat relatif aux orientations budgétaires et à la campagne d'emploi 2023. Le
29 août 2022, une nouvelle convocation leur était adressée avec un ordre du jour complété d'un point sur " la politique de site ". Le projet de délibération en litige leur a été communiqué au cours de la séance, qui a été interrompue quinze minutes afin qu'ils puissent en prendre connaissance. S'il ressort du compte-rendu du conseil d'administration que de nombreuses discussions avaient eu lieu lors des précédentes séances au sujet des difficultés rencontrées dans le fonctionnement de la COMUE en raison notamment de l'implantation de son siège à Besançon, aucune des mentions de ce compte-rendu ni aucun des éléments produits ne permet de considérer que la décision de l'université de Bourgogne de quitter la COMUE avait été déjà clairement débattue. Dès lors, la mention " politique de site ", qui, au demeurant a été ajoutée à l'ordre du jour seulement trois jours avant la tenue du conseil, ne peut être regardée comme suffisamment précise pour permettre aux membres du conseil d'administration, d'exercer leur mandat lors de la séance du 1er septembre 2022 en toute connaissance de cause.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que le syndicat SGEN-CFDT Bourgogne est fondé à soutenir que la délibération attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière et à en demander pour ce motif l'annulation.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du syndicat SGEN CFDT Bourgogne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'université de Bourgogne de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La délibération du conseil d'administration de l'Université de Bourgogne du
1er septembre 2022 qui met un terme à la participation de l'université de Bourgogne à la communauté d'universités et établissements " université Bourgogne - Franche-Comté ", à l'issue du contrat de site 2017-2023 est annulée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'université de Bourgogne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat SGEN-CFDT Bourgogne et à l'université de Bourgogne.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
La rapporteure,
M-E A
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026