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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202912

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202912

lundi 16 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL PETIT & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 novembre 2022, la société par action simplifiée BLP, représentée par Me Jacques, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le maire de Crêches-sur-Saône a refusé de lui délivrer le permis de construire demandé pour la construction de dix bâtiments abritant vingt logements ;

2°) d'enjoindre à la commune de Crêches-sur-Saône de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Crêches-sur-Saône la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le motif de refus tiré de ce que la défense incendie du projet ne serait pas assurée est entaché d'erreur de droit, les dispositions du règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie n'étant pas opposables, et d'erreur d'appréciation ;

- le motif de refus fondé sur les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme est entaché d'erreur de droit, ces dispositions n'étant pas applicables dès lors que le projet ne nécessite aucune extension ou renforcement du réseau électrique et qu'elle s'est engagée à prendre en charge ces travaux, et d'erreur d'appréciation, le délai de réalisation des travaux étant précisé dans l'avis d'Enedis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, la commune de Crêches-sur-Saône représentée par Me Pyanet, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société BLP la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- elle est fondée à demander une substitution de motifs tirée de l'absence de desserte du projet par une voie publique ou privée aménagée, en violation de l'article UE3 du règlement du plan local d'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,

- les observations de Me Frigière représentant la commune de Crêches-sur-Saône.

Considérant ce qui suit :

1. La société BLP a déposé le 28 décembre 2021 une demande de permis de construire pour la réalisation de vingt logements répartis dans dix bâtiments sur les parcelles AC 49 et AC 33, situées au clos Magnin à Crêches-sur-Saône. Cette demande a été refusée par arrêté du 17 juin 2022 du maire de Crêches-Sur-Saône. Par la présente requête, la société BLP en demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

3. En l'espèce, l'arrêté attaqué, après avoir rappelé ces dispositions, indique que le projet ne comporte qu'un seul point d'eau incendie, alors que selon le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie (RDDECI), deux points d'eau sont nécessaires compte tenu de la distance entre les bâtiments. Il n'apparait pas que la commune ait entendu donner une portée obligatoire à ce règlement. Le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entaché ce motif doit dès lors être écarté.

4. Pour autant, il ressort des pièces du dossier que le service départemental d'incendie et de secours (SDIS), consulté sur le projet, a émis un avis favorable, précisant que le poteau incendie le plus proche du terrain d'assiette du projet, implanté à 150 mètres de l'habitation la plus éloignée, pourra assurer la défense contre les incendies, " sous réserve de ses capacités hydrauliques et de sa conformité au RDDECI " et qu'il réponde aux caractéristiques techniques de la fiche n°1 de ce règlement. Selon cette fiche, en cas d'habitation individuelle non isolée de trois niveaux au plus, avec une distance inférieure à huit mètres, le nombre de points d'eau incendie maximum autorisé est de deux, dont un situé à 150 mètres au plus de l'entrée principale et le second à 200 mètres au plus, l'ensemble devant permettre un débit horaire de 60 m³/h, pendant une durée minimale de deux heures. Or, la commune de Crêches-sur-Saône a considéré qu'il fallait disposer d'au minimum deux points d'eau, et est ainsi allé au-delà des préconisations du SDIS fondées sur ce règlement. Il ne ressort pour le reste d'aucune pièce du dossier que la défense contre l'incendie ne pourrait être assurée dans des conditions adaptées au projet, ni qu'il serait impossible, dans le cas où le débit du point d'eau le plus proche serait insuffisant, de prescrire l'installation d'un point d'eau supplémentaire.

5. La société BLP est par conséquent fondée à soutenir que le maire a commis une erreur d'appréciation dans l'application de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme dès lors qu'un seul point d'eau était suffisant pour assurer la défense incendie du projet qui pouvait être accepté sous réserve du respect de prescriptions reprenant les recommandations émises dans l'avis favorable du SDIS.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme :

" Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés./Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies. () ". Et aux termes de l'article L. 322-15 du même code : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés. () L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures ".

7. Il ressort de l'avis d'Enedis, qui s'est prononcé sur les modalités de raccordement au réseau électrique, que le projet nécessite une " extension " de douze mètres en dehors du terrain d'assiette du projet, à réaliser en souterrain sous la chaussée urbaine. Ce raccordement emprunte ainsi une emprise publique sur une distance de moins de cent mètres et il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il serait destiné à desservir d'autres constructions. L'avis d'Enedis précise en outre que le délai nécessaire pour la réalisation des travaux est de quatre à six mois, et que 40% du prix du montant des travaux sera pris en charge par Enedis, le surplus d'élevant à 2 376,13 euros. La société BLP a donné son accord pour prendre en charge cette somme.

8. Dans ces conditions, dès lors que, d'une part, à supposer que les travaux de raccordement électrique puissent être regardés comme des travaux d'extension et non comme de simples travaux de raccordement, le pétitionnaire a donné son accord pour prendre en charge le montant des travaux à réaliser sur la partie publique du réseau non pris en charge par Enedis, et que d'autre part, Enedis a indiqué le délai nécessaire à la réalisation des travaux, la commune de Crêches-sur-Saône ne pouvait, ainsi que le soutient la société BLP, lui refuser le permis de construire demandé au motif que " l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés ".

9. En troisième lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

10. La commune de Crêches-sur-Saône fait valoir en défense que le refus de permis de construire est légalement justifié par le motif, autre que ceux qu'elle avait opposés à la société BLP, tiré de la méconnaissance de l'article UE 3 du règlement du plan local d'urbanisme, selon lequel : "() Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à : - dégager la visibilité vers la voie, - permettre aux véhicules d'entrer et de sortir sans gêner la circulation générale sur la voie. (). Les voies publiques et privées doivent avoir des caractéristiques adaptées à l'approche du matériel de lutte contre l'incendie. /Les dimensions, formes et caractéristiques techniques des voies publiques et privées doivent être adaptées aux usages qu'elles supportent ou aux opérations qu'elles doivent desservir ".

11. En l'espèce, la notice du projet indique que l'accès au projet se fait depuis la rue des Crêts, par une voie publique jusqu'en limite Sud de la parcelle concernée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette voie est en fait une bande de terrain enherbée, qui appartient à la commune qui soutient, sans être contredite, qu'elle n'a donné aucun accord en vue d'en permettre l'aménagement en voie de desserte. Par suite, en l'absence de voie de desserte adaptée au projet, le maire de Crêches-sur-Saône était, pour ce seul motif, fondé à refuser de délivrer le permis de construire demandé par la société BLP. Il y a lieu dès lors de procéder à la substitution de motifs demandée.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la société BLP doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Crêches-sur-Saône, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à la société BLP d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société BLP la somme que la commune de Crêches-sur-Saône demande au titre des mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société BLP est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Crêches-sur-Saône au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société BLP et la commune de Crêches-sur-Saône.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023.

La rapporteure,

M-E A

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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