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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202949

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202949

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202949
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation3ème chambre
Avocat requérantGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2022, Mme B A née C, représentée par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer une carte de résident en qualité de conjoint de français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de résident en qualité de conjoint de français dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que :

- en refusant de lui délivrer une carte de résident en qualité de conjoint de français au motif que la communauté de vie avait cessé, alors que les dispositions de l'article L. 423-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que la rupture du lien conjugal n'est pas opposable lorsqu'elle résulte du décès du conjoint, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de qualification juridique des faits et d'une violation de la loi ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Un mémoire en défense a été présenté pour le préfet de la Côte-d'Or le 11 septembre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Par décision du 30 janvier 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Desseix,

- les observations de Me Grenier, représentant Mme A, et de Me Ioannidou, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante gabonaise entrée régulièrement en France le 14 décembre 2017, a épousé M. A, de nationalité française, le 7 avril 2018 et a bénéficié, en cette qualité de conjoint de français, d'une carte de séjour temporaire d'un an puis d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 30 avril 2020 au 29 avril 2022. Le 10 février 2022, elle a demandé la délivrance d'une carte de résident en cette même qualité de conjoint de français. Par une décision en date du 2 septembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer cette carte de résident. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, en vertu de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger marié avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an à la condition, notamment, que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage. Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". L'article L. 423-4 de ce code dispose que : " La rupture du lien conjugal n'est pas opposable lorsqu'elle résulte du décès du conjoint. Il en va de même de la rupture de la vie commune ". Enfin, aux termes de l'article L. 423-6 de ce code : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. () Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage. / Toutefois, lorsque la communauté de vie a été rompue par le décès de l'un des conjoints ou en raison de violences familiales ou conjugales, l'autorité administrative ne peut pas procéder au retrait pour ce motif () ".

3. D'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que si la rupture de la communauté de vie résultant du décès du conjoint fait obstacle au retrait d'une carte de résident délivrée en qualité de conjoint de français, cette circonstance ne fait en revanche pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la première délivrance d'une carte de résident sollicitée sur le même fondement. D'autre part, les dispositions de l'article L. 423-4 selon lesquelles la rupture du lien conjugal n'est pas opposable lorsqu'elle résulte du décès du conjoint concernent uniquement l'hypothèse, visée à l'article L. 423-3 du même code, du renouvellement d'une carte de séjour temporaire délivrée en qualité de conjoint de français et ne sont donc pas applicables à une première demande de carte de résident présentée sur le fondement de l'article L. 423-6.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a épousé un ressortissant français le 7 avril 2018 et a bénéficié de cartes de séjour en qualité de conjoint de français, dont la dernière, délivrée le 30 avril 2020, expirait le 29 avril 2022. L'intéressée a sollicité le 10 février 2022 une carte de résident en qualité de conjoint de français. Le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer une carte de résident au motif que la communauté de vie a cessé en raison du décès de son époux survenu le 3 septembre 2020. La circonstance que la rupture de la communauté de vie résulte du décès de M. A ne faisait pas obstacle, ainsi qu'il vient d'être dit au point 3, à ce que le préfet oppose, pour refuser de lui délivrer une carte de résident en qualité de conjoint de français, l'absence de communauté de vie. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or aurait inexactement qualifié les faits ou méconnu les dispositions de l'article L. 423-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée sur le territoire le 4 décembre 2017, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en qualité de conjoint de français valable un an puis d'une carte de séjour pluriannuelle, valable du 30 avril 2020 au 29 avril 2022, et travaille en qualité d'agent d'entretien dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel depuis le 30 novembre 2020. Toutefois, la requérante n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 57 ans, et ne se prévaut d'aucun lien de nature privée ou familiale particulier sur le territoire français. Par ailleurs, compte tenu de la quotité horaire et des revenus qu'elle tire de cet emploi, l'intéressée ne peut pas être regardée comme justifiant d'une insertion professionnelle significative. La décision attaquée n'a dès lors pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction de la requérante doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A née C, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Grenier.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

M. DesseixLe président,

L. BoissyLa greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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