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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202978

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202978

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202978
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET COTESSAT-BUISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance du 15 novembre 2022, le président du tribunal administratif de Lyon a renvoyé au tribunal administratif de Dijon la requête, enregistrée le 31 octobre 2022, complétée par un mémoire enregistré le 5 janvier 2023, par laquelle M. A C, représenté par la Selarl Cotessat - Buisson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2021 par lequel la préfète de l'Ain lui a retiré le titre de séjour qui lui avait été délivré en qualité de conjoint de français, a rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié " et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois suivant le jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, l'arrêté ne lui ayant été notifié qu'en octobre 2022 ;

- la décision retirant son titre de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, et qu'il est parfaitement inséré dans la société française.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est tardive et par suite irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain modifié du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

A seulement été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 10 août 1989, est entré en France le 8 décembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Son titre de séjour en cette qualité a été renouvelé jusqu'au 8 décembre 2022. Le couple s'est séparé le 11 février 2021, et M. C a déménagé pour s'installer à Mâcon. Par lettre du 21 juin 2021, le préfet l'a informé qu'il envisageait de lui retirer son titre de séjour à la suite de sa séparation avec son épouse ; à la suite de ce courrier, M. C a sollicité la délivrance d'un titre séjour en qualité de salarié. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2021 par lequel la préfète de l'Ain lui a retiré le titre de séjour qui lui avait été délivré en qualité de conjoint de français, a rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié " et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. N'est pas regardé comme ayant cessé de remplir la condition d'activité prévue aux articles L. 421-1, L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-21 l'étranger involontairement privé d'emploi au sens de ces mêmes articles. ". D'autre part, aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : "Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié"'".

3. D'une part, il est constant que le requérant ne remplit plus les conditions pour séjourner en France en qualité de conjoint de français, à la suite de la rupture de la vie commune avec son épouse, et que son titre de séjour en qualité de conjoint de français pouvait par conséquent lui être retiré. D'autre part, en l'absence de contrat de travail visé par les autorités compétentes et alors même qu'il justifie d'une expérience professionnelle, il ne pouvait pas prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié au titre des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain. Enfin, M. C ne peut se prévaloir utilement des dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui font obstacle au retrait du titre de séjour salarié délivré à un étranger involontairement privé d'emploi, dès lors qu'il n'a jamais été titulaire d'un tel titre de séjour.

4. Dans ces conditions, la préfète de l'Ain n'a méconnu ni les dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain modifié du 9 octobre 1987. Le requérant, qui résidait en France depuis moins de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué, qui est célibataire et sans enfant, qui n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans et dont l'expérience est insuffisante pour considérer qu'il serait inséré professionnellement à la société française, n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur sa situation personnelle.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à M. C de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Ain.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

M-E B

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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