jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2203002 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | NOURANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2022, M. A D, représenté par Me Nourani, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, ainsi que l'arrêté du même jour l'assignant à résidence sur la commune de Dijon, pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte, d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir de régularisation dont dispose le préfet, et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme est des libertés fondamentales ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte, d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen particulier de sa situation, d'une erreur manifeste d'appréciation, elle méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, et elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte, d'un défaut de motivation, et elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte, d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen particulier de sa situation, elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la mesure d'éloignement et elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant assignation à résidence est entachée d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen particulier de sa situation, elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la mesure d'éloignement, et elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant le versement de la somme 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nicolet, magistrat désigné ;
- les observations de Me Nourani, pour le compte du requérant, qui persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens que ceux exposés dans la requête, et de M. D ;
- et les observations de Mme C, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui persiste dans ses conclusions tendant au rejet de la requête en soutenant que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant de la République du Congo né le 25 avril 1974, déclare être entré en France en 2000 et a bénéficié de cartes de séjour temporaire portant la mention " étudiant " du 8 octobre 2000 au 22 septembre 2004. Il s'est également vu délivrer une carte portant la mention " vie privée et familiale " valable du 9 novembre 2010 au 8 novembre 2011 en raison de son état de santé. Depuis cette date, il s'est vu notifier en 2016, 2018, 2020 et 2021 quatre obligations de quitter le territoire français, dont les trois dernières étaient assorties d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans. Par deux arrêtés du 18 novembre 2022, dont M. D demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a, d'une part, obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Dijon, pour une durée de 45 jours.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'accorder au requérant l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Les décisions contestées sont signées par M. Frédéric Carre, secrétaire général de la préfecture, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature régulièrement accordée par le préfet de la Côte-d'Or par arrêté du 17 octobre 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 18 octobre 2022. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.
5. Les décisions contestées mentionnent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et, particulièrement, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans prend en compte les critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions contestées doit être écarté.
6. Il ne ressort ni des termes des décisions contestées ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation du requérant avant de les adopter.
7. Le requérant a été invité, lors de son audition par les services de police du 16 novembre 2022, à présenter ses observations sur les perspectives d'une mesure d'éloignement envisagée son encontre à destination de son pays d'origine, éventuellement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français. Si le procès-verbal de cette audition ne comporte pas d'information explicite sur le refus d'accorder un délai de départ volontaire pour exécuter la mesure d'éloignement envisagée, le requérant ne démontre pas avoir été privé, de ce fait, de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, alors qu'il a pu faire valoir qu'il ne repartirait pas dans son pays d'origine en raison de l'indisponibilité de son traitement médical. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, soulevé à l'encontre de cette décision, ne peut être accueilli.
8. Le requérant soutient qu'il est présent en France depuis plus de vingt ans et que s'y trouve le centre de ses intérêts privés et familiaux, sans cependant produire aucune pièce à l'appui de ses allégations ni aucun élément de nature à démontrer les liens qu'il entretiendrait avec sa fille. L'intéressé, qui ne lève pas le secret médical sur son état de santé, ne produit aucun document d'ordre médical de nature à contredire l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 31 mars 2022 qui estime que, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement dans le pays de renvoi d'un traitement approprié. Par ailleurs, le requérant se maintient sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour, à la faveur du défaut d'exécution de quatre précédentes mesures d'éloignement, et qu'outre une condamnation le 6 avril 2012 à huit mois d'emprisonnement pour des faits de violence sur personne vulnérable et une condamnation le 24 mars 2017 à quatre mois d'emprisonnement pour usage de chèque contrefait ou falsifié et contrefaçon ou falsification de chèque, il a été mis en cause pour des faits de voyage habituel en transport en commun sans titre de transport valable commis en septembre 2003, de vol simple commis en octobre 2003, d'escroquerie commis d'octobre 2003 à mars 2004, de destruction ou détérioration importante de bien d'autrui commis en octobre 2004, d'extorsion commis en avril 2005, d'abus frauduleux de l'ignorance ou de la faiblesse d'une personne vulnérable commis de janvier à décembre 2007, de vol simple, de violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours et d'abus de confiance commis de janvier à février 2012, d'abus de confiance commis de mai 2013 à avril 2014, d'usage de chèques contrefaits ou falsifiés et de contrefaçon ou falsification de chèque commis en mars 2014 et de vol facilité par l'état d'une personne vulnérable en octobre 2019. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'encontre de la mesure d'éloignement contestée, et, en tout état de cause, de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, soulevé à l'encontre de la même décision, doivent être écartés.
9. Dès lors que l'illégalité de la mesure d'éloignement n'est pas établie, il est vainement excipé de son illégalité à l'appui des conclusions dirigées contre le refus d'accorder un délai de départ volontaire, la fixation du pays de renvoi, l'interdiction de retour sur le territoire français et la décision d'assignation à résidence.
10. Les moyens tirés de ce que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et l'assignation à résidence seraient entachées d'une erreur d'appréciation ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la durée de sa présence en France, la présence de sa fille et son état de santé, qui nécessite des soins et un suivi continu, seraient de nature à constituer des circonstances humanitaires faisant obstacle à l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés contestés doivent être rejetées, et par suite les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais de l'instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Nourani.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
P. BLa greffière,
L. Lelong
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026