mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2203047 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET CLEMANG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 24 novembre 2022, 27 février 2023 et 4 mai 2023, M. A B, représenté par Me Clémang, demande au tribunal :
1°) d'ordonner à l'administration de produire l'intégralité du dossier médical au vu duquel le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis sur son état de santé ;
2°) d'annuler la décision du 6 octobre 2022 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros TTC au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il lève le secret médical pour que le tribunal ordonne à l'administration de produire l'intégralité de son dossier médical, y compris le rapport médical, en application de la jurisprudence du Conseil d'Etat du 28 juillet 2022 n° 441481 ;
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute de consultation " conforme " du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'inexactitudes matérielles et d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il ne pourra pas bénéficier, de manière effective, d'un traitement approprié à son état de santé et qu'il a fixé le centre de ses intérêts en France ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision est entachée d'un détournement de procédure.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
La procédure a été communiquée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a pas produit d'observations.
Par une décision du 30 janvier 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Viotti, conseillère, a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentées ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant serbe né le 17 octobre 1976 à Tibudze, est entré irrégulièrement en France le 20 août 2012 afin d'y solliciter l'asile. Il a ensuite bénéficié de titres de séjour pour raisons de santé régulièrement renouvelés jusqu'au 7 décembre 2017. Par arrêté du 10 avril 2019, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de renouveler ce titre et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement n° 1901300 du 27 août 2019, le tribunal administratif de Dijon a annulé cet arrêté " dans la mesure où il rend possible l'éloignement du requérant à destination d'un pays différent de celui de son épouse ". Le 19 octobre 2020, le préfet de Saône-et-Loire a délivré à M. B un titre de séjour pour motif médical, pour des soins d'une durée de neuf mois. Toutefois, le préfet a ensuite refusé de renouveler ce titre par une décision du 6 octobre 2022 dont M. B demande l'annulation.
Sur les conclusions tendant à la production du dossier médical :
2. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant produit le dossier médical de M. B, dont le rapport médical confidentiel destiné au collège des médecins de l'Office, les conclusions présentées à ce titre sont devenues sans objet.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
4. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement l'article R. 313-22, le préfet délivre le titre de séjour " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".
5. En l'espèce, la décision en litige a été prise au vu d'un avis rendu le 1er février 2022 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de procédure doit être écarté.
6. En deuxième lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner, pour lui, des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. Si la légalité d'une décision s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise, il appartient au juge de tenir compte des justifications apportées devant lui, dès lors qu'elles attestent de faits antérieurs à la décision critiquée, même si ces éléments n'ont pas été portés à la connaissance de l'administration avant qu'elle se prononce.
7. En outre, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.
8. Il ressort de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 1er février 2022 que, si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut effectivement bénéficier d'une prise en charge appropriée dans son pays d'origine, vers lequel il peut voyager sans risque. Il ressort des pièces médicales versées aux débats, et notamment du rapport médical confidentiel, que M. B souffre de diabète, de tuberculose pulmonaire, d'embolie pulmonaire, d'obésité morbide, d'hypertension artérielle, d'hépatite C, d'une bronchopneumopathie chronique obstructive, ou BPCO, de troubles de l'adaptation et de troubles schizo-affectifs. Par ailleurs, le requérant soutient qu'il souffre de stress post-traumatique résultant des évènements qu'il a vécu en Serbie. Toutefois, les certificats médicaux des 27 mai 2019 et 28 octobre 2022, rédigé en des termes identiques, se bornent à relever, outre la nécessité d'un traitement médicamenteux et d'un suivi spécialisé, que M. B présente " des troubles graves de l'humeur et du cours de la pensée pour lesquels une participation post traumatique (évènements survenus dans son pays d'origine) est indiscutable ". Ces seuls certificats, par leur caractère général et peu circonstanciés, de même que les ordonnances médicales produites, ne suffisent pas à démontrer l'impossibilité pour le requérant de poursuivre ses consultations psychiatriques et de bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Serbie, ni d'établir qu'un retour dans son pays d'origine entraînerait nécessairement une aggravation de ses souffrances psychologiques, cela nonobstant la circonstance que l'intéressé a pu bénéficier, par le passé, de titres de séjour pour raisons de santé. Il en va de même du certificat médical du 25 août 2021 et du rapport médical du 23 janvier 2022, rédigé par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel ne se prononce pas, contrairement à ce qui est soutenu, sur la disponibilité des soins dans le pays d'origine. Enfin, la circonstance que M. B réside au sein d'une structure d'accueil adaptée à son état de santé et bénéficie de l'allocation aux adultes handicapés est sans incidence à cet égard. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté. Il en va de même de celui tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet en refusant de délivrer à M. B le titre de séjour sollicité.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
10. Si M. B réside en France depuis plus de dix ans, il ressort des pièces du dossier que sa compagne, Mme C B, avec qui il s'est marié en janvier 2018, est dans la même situation administrative que lui. Bien qu'il fasse état de la présence de ses deux sœurs sur le territoire français, dont l'une est de nationalité française, il n'apporte aucun élément sur l'intensité des liens qui les uniraient. Par ailleurs, l'intéressé ne se prévaut d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 8, il n'est pas établi que M. B ne pourra pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Serbie. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et en dépit du suivi médical dont le requérant bénéficie en France, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En dernier lieu, la seule circonstance que le tribunal ait, par un jugement du 27 août 2019, annulé les arrêtés par lesquels le préfet de Saône-et-Loire avait obligé M. B et son épouse, de nationalité macédonienne, à quitter le territoire français au motif que ces arrêtés rendaient possible l'éloignement du requérant à destination d'un pays différent de celui de son épouse et que le préfet n'ait pas assorti la décision attaquée, qui se borne à refuser à M. B un titre de séjour pour raison de santé, d'une mesure d'éloignement, ne saurait suffire à caractériser un détournement de procédure. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 6 octobre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la production de l'entier dossier médical au vu duquel le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis sur l'état de santé de M. B.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Clémang.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. David Zupan, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
La rapporteure,
O. VIOTTILe président,
D. ZUPAN
La greffière,
C. CHAPIRON
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2203047
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026