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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2203056

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2203056

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2203056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLAGIER CHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 novembre 2022 et 9 mai 2023, l'Office national des forêts, représenté par la société par actions simplifiée Drouot Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la résolution n° 7 de l'assemblée générale du 23 avril 2022 par laquelle la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne a appelé une participation territoriale de 65 euros par hectare pour le lot n° 3, situé en forêt domaniale de Vauluisant, sur le territoire de la commune de Courgenay ;

2°) d'annuler la décision du 28 septembre 2022, par laquelle la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne a rejeté son recours gracieux ;

3°) de mettre à la charge de la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- dès lors que la décision de la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne d'augmenter la participation territoriale, sur le fondement des articles L. 421-5 et L. 426-5 du code de l'environnement, relève de sa mission de service public, la décision attaquée constitue un acte administratif ; la juridiction administrative est compétente pour en connaître ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi que le conseil d'administration aurait formulé une proposition tendant à augmenter la participation territoriale du lot n° 3, situé en forêt domaniale de Vauluisant, à 65 euros par hectare, en méconnaissance des articles L. 426-5 et R. 421-34 du code de l'environnement et de l'article 3 des statuts de la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne ;

- dès lors que la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage n'a pas fixé les barèmes d'indemnisation, lors de sa réunion du 20 avril 2022, en méconnaissance de l'article L. 426-5 du code de l'environnement, la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne n'a pu établir un montant prévisionnel rationnel des indemnisations qui pourraient lui être réclamées au cours de la saison cynégétique 2022/2023 dans son budget, qui constitue l'un des fondements de la résolution attaquée ;

- alors que la résolution attaquée en découle, le budget 2022/2023 adopté par la résolution n° 6 de la même assemblée générale ne distingue pas les contributions des participations, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 426-1 du code de l'environnement ;

- la participation territoriale réclamée à l'Office nationale des forêts est arbitraire et disproportionnée, dès lors qu'elle se monte à 65 euros par hectare, alors que la participation moyenne dans le département est de 10 euros par hectare, que les participations des lots voisins du Sénonais s'élèvent à des sommes comprises entre 2 et 35 euros et que la participation a quintuplé par rapport à l'année précédente ;

- la répartition ainsi fixée entraîne une rupture d'égalité entre l'Office national des forêts, adjudicataire du lot n° 3 et les adjudicataires des lots voisins, alors même qu'ils se trouvent dans une situation identique ; aucun motif d'intérêt général n'est en l'espèce de nature à justifier légalement une telle augmentation ;

- la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne a également méconnu le principe d'égalité en imputant la charge financière de la réparation des dégâts à l'Office national des forêts plutôt qu'en mettant en œuvre une politique répartissant sur tous ses adhérents une augmentation de nombre de sangliers à prélever, alors que des prélèvements adaptés permettent effectivement de limiter les dégâts causés aux cultures ;

- la résolution attaquée est entachée d'erreurs de fait ; l'adjudicataire du lot n° 3 a prélevé plus de sangliers que le nombre minimum qui lui avait été attribué ; la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne n'a pas mis en œuvre l'action récursoire prévue par les dispositions de l'article L. 426-4 du code de l'environnement, dans la mesure où aucune faute n'est imputable à l'Office national des forêts ; le lot n° 3 est entouré d'une clôture électrique, de sorte que les dégâts constatés ne sont pas imputables aux sangliers issus de ce territoire ; la fédération départementale des chasseurs ne saurait déduire de la seule proximité entre le lot n° 3 et les dégâts observés, que les sangliers à l'origine de ces dégâts proviendraient de ce territoire ; les causes réelles de l'augmentation des indemnisations, qui sont nombreuses, ne justifient pas d'imputer une participation supplémentaire à l'Office national des forêts ; dans la mesure où l'Office national des forêts ne bénéficie pas de l'abattement proportionnel, dont fait l'objet l'indemnisation, la participation qui lui est demandée ne repose sur aucun fondement légal ; la hausse excessive de la participation territoriale (en particulier pour le lot n°3) permet non pas de maintenir un équilibre budgétaire mais de réaliser un résultat excédentaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de l'Office national des forêts au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive, dès lors que le recours gracieux de l'Office national des forêts a été rejeté par une lettre du 10 août 2022 ;

- la requête est irrecevable, dès lors que le recours gracieux de l'Office national des forêts tendait à la révision de la participation territoriale incombant au lot n° 3 de la forêt domaniale de Vauluisant par le conseil d'administration qui ne dispose pas d'un tel pouvoir et que la résolution n° 7 de l'assemblée générale n'a pas donné lieu à un recours gracieux ;

- le litige doit être regardé comme un litige relatif au recouvrement d'une participation obligatoire au titre de l'article L. 426-5 du code de l'environnement, qui relève, non de l'ordre administratif de juridiction, mais de l'ordre judiciaire ;

- les moyens soulevés par l'Office requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 10 mai 2023 que cette affaire était susceptible, à compter du 30 mai 2023, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 juin 2023 par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,

- et les observations de Me Wautier, représentant l'Office national des forêts et celles de Me Lagier représentant la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne.

Considérant ce qui suit :

1. La forêt de Vauluisant, située dans le Sénonais, au nord-ouest du département de l'Yonne, et qui s'étend sur 2 380 hectares, est une forêt domaniale, gérée à ce titre par l'Office national des forêts (ONF). Le droit de chasse sur le lot n° 3, d'une surface de 453 hectares, situé dans la partie de cette forêt située à l'est du bourg de la commune de Courgenay, et qui s'étend essentiellement sur le territoire de cette commune, a été adjugé par l'ONF à l'association Les amis de Sherwood. Par une résolution portant le numéro 7, l'assemblée générale de la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne a fixé, le 23 avril 2022, le montant des cotisations et des participations financières exigibles des bénéficiaires de plans de chasse " grand gibier ". A ce titre, s'agissant de la zone du Sénonais, à laquelle appartient la forêt domaniale de Vauluisant, cette assemblée générale a fixé cinq montants différents de participation territoriale par hectare de bois, allant de 2 à 65 euros, en vue de financer les dégâts causés par les sangliers aux cultures, indemnisés par la fédération. Si cette résolution ne mentionne pas les secteurs concernés par chacun des montants, une carte figurant dans le compte rendu de cette assemblée générale définit les secteurs concernés par chacun des cinq montants. Le lot n° 3 de la forêt domaniale de Vauluisant fait l'objet d'une participation territoriale de 65 euros par hectare de bois. Par une décision du 28 septembre 2022, le président de la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne a rejeté le recours gracieux de l'Office national des forêts, en date du 25 juillet 2022, tendant à la révision de cette participation territoriale. Par sa requête, l'Office national des forêts demande au tribunal d'annuler la résolution n° 7 du 23 avril 2022 de l'assemblée générale de la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne et la décision explicite de rejet du 28 septembre 2022 de son recours gracieux. Eu égard tant à la portée de ses écritures que de son recours gracieux, elle doit être regardée comme demandant l'annulation de ces décisions, en tant qu'elles fixent la participation territoriale due au titre du lot n° 3 de la forêt domaniale de Vauluisant à la somme de 65 euros par hectare.

Sur la compétence de l'ordre administratif de juridictions :

2. Aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'environnement : " Les associations dénommées fédérations départementales des chasseurs participent à la mise en valeur du patrimoine cynégétique départemental, à la protection et à la gestion de la faune sauvage ainsi que de ses habitats. Elles assurent la promotion et la défense de la chasse ainsi que des intérêts de leurs adhérents. / () Elles conduisent des actions de prévention des dégâts de gibier et assurent l'indemnisation des dégâts de grand gibier dans les conditions prévues par les articles L. 426-1 et L. 426-5. () ". Aux termes de l'article L. 426-5 de ce code : " La fédération départementale des chasseurs instruit les demandes d'indemnisation et propose une indemnité aux réclamants selon un barème départemental d'indemnisation. () / La fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs prend à sa charge les dépenses liées à l'indemnisation et à la prévention des dégâts de grand gibier. Elle en répartit le montant entre ses adhérents ou certaines catégories d'adhérents. Elle exige une participation des territoires de chasse ; elle peut en complément exiger notamment une participation personnelle des chasseurs de grand gibier, y compris de sanglier, une participation pour chaque dispositif de marquage ou une combinaison de ces différents types de participation. Ces participations peuvent être modulées en fonction des espèces de gibier, du sexe, des catégories d'âge, des territoires de chasse ou unités de gestion. ".

3. Il résulte de l'article L. 421-5 du code de l'environnement que les fédérations départementales des chasseurs sont chargées de participer à la gestion de la faune sauvage, de coordonner l'action des associations communales et intercommunales de chasse agréées, de conduire des actions de prévention des dégâts de gibier et d'élaborer un schéma départemental de gestion cynégétique, dans lequel figurent notamment les plans de chasse et les plans de gestion. Ainsi, la prise en charge par ces fédérations de l'indemnisation des dégâts causés par le grand gibier est directement liée aux missions de service public qui leur sont confiées.

4. Dès lors, constituent des actes administratifs susceptibles d'être déférés à la juridiction administrative, les décisions prises par elles dans le cadre de leur mission de service public qui manifestent l'exercice d'une prérogative de puissance publique. Il en va notamment ainsi, en raison du caractère obligatoire de l'adhésion à une fédération départementale de chasse et du paiement des participations destinées à financer l'indemnisation et la prévention des dégâts de grand gibier prévues à l'article L. 426-5 du code de l'environnement, des délibérations que les fédérations prennent pour fixer le montant de ces participations.

5. Contrairement à ce que soutient la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne, le litige soumis au tribunal est un recours en excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une résolution prise par l'assemblée générale de cette fédération, fixant notamment le montant des participations territoriales demandées aux bénéficiaires de plans de chasse et destinées à financer l'indemnisation et la prévention des dégâts du grand gibier prévues à l'article L. 426-5 du code de l'environnement et non un litige distinct relatif au recouvrement de ces participations territoriales. Par suite, la juridiction administrative est compétente pour connaître du présent litige et l'exception d'incompétence matérielle soulevée par la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-34 du code de l'environnement : " Les participations prévues au quatrième alinéa de l'article L. 426-5 sont fixées par l'assemblée générale sur proposition du conseil d'administration. ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le conseil d'administration de la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne a proposé, lors de sa réunion du 10 mars 2022, les montants des participations territoriales " exigées de tout demandeur de plan de chasse grand gibier " au titre des " dégâts de sangliers " pour la campagne cynégétique 2022/2023, qu'il entendait soumettre à la prochaine assemblée générale. Par suite, le moyen soulevé tiré du vice de procédure allégué, qui manque en fait, doit, pour ce motif, être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 426-5 du code de l'environnement : " La fédération départementale des chasseurs instruit les demandes d'indemnisation et propose une indemnité aux réclamants selon un barème départemental d'indemnisation. Ce barème est fixé par la commission départementale compétente en matière de chasse et de faune sauvage qui fixe également le montant de l'indemnité en cas de désaccord entre le réclamant et la fédération départementale des chasseurs. Une Commission nationale d'indemnisation des dégâts de gibier fixe chaque année, pour les principales denrées, les valeurs minimale et maximale des prix à prendre en compte pour l'établissement des barèmes départementaux. Elle fixe également, chaque année, aux mêmes fins, les valeurs minimale et maximale des frais de remise en état. Lorsque le barème adopté par une commission départementale ne respecte pas les valeurs ainsi fixées, la Commission nationale d'indemnisation en est saisie et statue en dernier ressort. Elle peut être saisie en appel des décisions des commissions départementales. ". Aux termes de l'article R. 426-6 du même code : " La commission départementale de la chasse et de la faune sauvage dans sa formation spécialisée " indemnisation des dégâts de gibier aux cultures et aux récoltes agricoles " constitue la commission départementale prévue par l'article L. 426-5. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 426-8 de ce code : " Dans un délai maximal d'un mois après qu'elle a eu connaissance des fourchettes de prix retenues par la Commission nationale d'indemnisation des dégâts de gibier, la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage dans sa formation spécialisée pour l'indemnisation des dégâts de gibier aux cultures et aux récoltes agricoles fixe le barème annuel de perte de récolte et de remise en état des cultures, en fonction duquel sont calculées les indemnités versées par la fédération départementale des chasseurs. ".

9. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 426-1 du code de l'environnement : " Les opérations relatives à la prévention et à l'indemnisation des dégâts causés aux cultures et aux récoltes agricoles par le grand gibier, menées par les fédérations départementales ou interdépartementales des chasseurs, font l'objet d'une section dédiée en comptabilité qui retrace notamment : / 1° En produits : / a) Le produit des contributions mentionnées à l'article L. 426-5 ; / b) Le produit des participations mentionnées à l'article L. 426-5 ; () ".

10. Les circonstances selon lesquelles la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage n'aurait pas fixé les barèmes d'indemnisation avant l'examen et le vote du budget de la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne au titre de la saison cynégétique 2022/2023, empêchant cette dernière d'établir un montant prévisionnel rationnel des indemnisations pour cet exercice, et le budget 2022/2023 de cette fédération ne distinguerait pas les contributions des participations en méconnaissance des dispositions de l'article R. 426-1 du code de l'environnement sont sans incidence sur la légalité de la délibération attaquée. Par suite, les moyens ainsi soulevés ne peuvent qu'être écartés.

11. En troisième lieu, si le requérant se prévaut de ce que la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne, s'agissant des dégâts causés aux cultures sur les parcelles à proximité du lot n° 3 de la forêt domaniale de Vauluisant, n'aurait pas exercé l'action récursoire prévue par les dispositions de l'article L. 426-4 du code de l'environnement, il ne ressort nullement des pièces du dossier et n'est pas même allégué qu'un responsable distinct des dommages aurait été identifié. Si l'Office se prévaut encore de l'abattement proportionnel prévu à l'article L. 426-3 du code de l'environnement, cet argument est sans incidence sur l'issue du litige, dès lors que cet abattement est propre à l'indemnisation des dégâts et non à leur financement. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

12. En quatrième lieu, si l'Office soutient qu'il n'est pas établi que les dégâts constatés sur la commune de Courgenay seraient inhérents à des sangliers issus du lot n° 3 de la forêt domaniale de Vauluisant, la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne produit une analyse géographique des parcelles concernées montrant qu'elles se situent toutes en limite ou à proximité immédiate de la partie de la forêt de Vauluisant en litige, située à l'est du bourg de la commune de Courgenay. Si l'Office soutient encore que le territoire de chasse litigieux serait entouré de clôtures électriques, faisant obstacle à ce que des sangliers issus de ce territoire causent des dégâts agricoles, il ne l'établit pas dans la présente instance, alors au contraire que le défendeur produit un courriel de l'Office mentionnant une orientation de sa politique de gestion des populations d'ongulés sauvages, consistant à ne pas favoriser l'implantation d'obstacles à la libre circulation du gibier. Par ailleurs, il n'est pas davantage fondé à se prévaloir de l'excédent budgétaire que réaliserait la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne, dès lors qu'il ressort au contraire du budget de la section " prévention et indemnisation des dégâts de gibier 2022/2023 " de cette fédération que cette section présente un résultat, non pas excédentaire, mais déficitaire de 206 000 euros, financé par un excédent de la section générale. Il résulte de l'ensemble de ces constats que la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne n'a commis aucune des erreurs de fait qui lui sont reprochées.

13. En cinquième lieu, aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 426-5 du code de l'environnement : " La fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs prend à sa charge les dépenses liées à l'indemnisation et à la prévention des dégâts de grand gibier. Elle en répartit le montant entre ses adhérents ou certaines catégories d'adhérents. Elle exige une participation des territoires de chasse ; elle peut en complément exiger notamment une participation personnelle des chasseurs de grand gibier, y compris de sanglier, une participation pour chaque dispositif de marquage ou une combinaison de ces différents types de participation. Ces participations peuvent être modulées en fonction des espèces de gibier, du sexe, des catégories d'âge, des territoires de chasse ou unités de gestion. ". Aux termes de l'article R. 421-34 du même code : " Les participations prévues au quatrième alinéa de l'article L. 426-5 sont fixées par l'assemblée générale sur proposition du conseil d'administration. / La participation des territoires de chasse est modulée en fonction de la part prise par les différents territoires, types de territoires ou unités de gestion au regard du niveau et de l'évolution des dégâts indemnisés. / Les participations peuvent être réparties entre tous les adhérents ou exigées des seuls adhérents chasseurs de grand gibier ainsi que, le cas échéant, des détenteurs de droits de chasse portant sur des territoires où est chassé le grand gibier. Ces participations prennent la forme d'une participation personnelle ou d'une participation pour chaque dispositif de marquage de grand gibier et de sanglier ou d'une combinaison de ces deux types de participation. Elles sont modulables en fonction des espèces, du sexe, des catégories d'âge du gibier et du territoire de chasse. ".

14. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le territoire du département de l'Yonne est réparti en zones de gestion du grand gibier, au nombre desquelles la zone de gestion du Sénonais, qu'au titre de l'année en litige, la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne a fixé un montant de participation par dispositif de marquage des sangliers, en distinguant un montant de droit commun et un montant correspondant à un bracelet utilisé entre le 1er juin et la date de l'ouverture générale de la chasse, et dont le remplacement est demandé, que, pour chaque zone de gestion, le montant restant à financer par les participations territoriales a été déterminé en retranchant au montant des dégâts indemnisés au titre de l'année précédente dans cette zone, le montant des dispositifs de marquage distribués dans cette même zone. Il ressort encore des pièces du dossier que ce montant par zone est réparti entre les demandeurs de plans de chasse par le groupement d'intérêt cynégétique et que cette répartition est proposée au conseil d'administration de la fédération. En l'espèce, s'agissant du Sénonais, il ressort des pièces du dossier que les territoires des communes composant cette zone de gestion ont été répartis en cinq secteurs et qu'un montant de participation territoriale par hectare de surface boisée, allant de 2 à 65 euros, a été fixé pour chacun de ces cinq secteurs, permettant le financement d'une somme globale de 230 000 euros. La commune de Courgenay constitue, à elle seule, l'un de ces secteurs, pour lequel le montant de la participation territoriale est fixé à 65 euros.

15. Pour justifier ce montant de participation territoriale, la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne fait valoir que le montant des dégâts indemnisés dans la zone de gestion du Sénonais s'est élevé au titre de l'année 2021 à la somme de 267 771 euros, que ce montant s'établit à la somme de 98 840 euros pour la seule commune de Courgenay, qu'au titre des quatre dernières campagnes cynégétiques, le montant des dégâts indemnisés sur le territoire de cette commune représente entre 32 et 39 % du montant des dégâts indemnisés sur la zone de gestion du Sénonais, qui elle-même représente environ 10 % du montant des dégâts aux cultures indemnisés pour l'ensemble du département de l'Yonne. Elle fait encore valoir que la participation territoriale demandée à l'Office nationale des forêts pour le territoire constitué du lot n° 3 de la forêt domaniale de Vauluisant est également demandé aux cinq autres territoires de chasse situés majoritairement sur le territoire de la commune de Courgenay, que l'Office national des forêts fait l'objet de participations de montants différents, comme tous les titulaires de plans de chasse, selon la commune et la zone de gestion dans laquelle sont situés ses territoires de chasse. Elle fait encore valoir que le territoire de chasse litigieux n'est pas entouré, contrairement à ce que soutient l'Office, d'une clôture électrique et que les dégâts indemnisés concernent des parcelles agricoles limitrophes ou situées à proximité immédiate du lot n° 3 de la forêt domaniale de Vauluisant.

16. Le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.

17. Il ressort des pièces du dossier que les dégâts causés par le gibier aux cultures, dans la zone de gestion du Sénonais, se sont élevés, pour l'année 2021, à 98 840 euros s'agissant des parcelles situées sur la commune de Courgenay, à respectivement 30 518, 39 539, 25 820 et 24 998 euros s'agissant des communes de Lailly, Perceneige, Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes et Thorigny-sur-Oreuse, à respectivement 8 250, 10 398 et 9 653 euros s'agissant des communes de La Chapelle-sur-Oreuse, La Postolle et Voisines, à 19 009 euros s'agissant de la commune de Bagneaux, et à 746 euros s'agissant de la commune de Michery. Il ressort également des pièces du dossier que la zone de gestion du Sénonais est l'une des quatre zones de gestion du département, avec celles du Chablisien, du Serein et de la Puisaye dans lesquelles sont constatés les dégâts aux cultures les plus importants. Alors que les dispositions précitées des articles L. 426-5 et R. 421-34 du code de l'environnement permettaient à la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne de moduler la participation territoriale réclamée à tout demandeur de plan de chasse " grand gibier " en fonction de la part prise par les différents territoires, au regard du niveau et de l'évolution des dégâts indemnisés, cette fédération n'a ni méconnu le principe d'égalité ni entaché sa résolution d'une disproportion manifeste en fixant ladite contribution territoriale à 65 euros par hectare boisé pour les territoires situés majoritairement sur le territoire de la commune de Courgenay, à 35 euros par hectare boisé pour les territoires situés majoritairement sur les communes de Lailly, Perceneige, Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes et Thorigny-sur-Oreuse, à 20 euros par hectare boisé pour les territoires situés majoritairement sur la commune de Bagneaux, à 10 euros par hectare boisé pour les territoire situés majoritairement sur les communes de La Chapelle-sur-Oreuse, La Postolle et Voisines et à 2 euros par hectare boisé pour le territoires situés majoritairement sur le territoire des autres communes de la zone de gestion du Sénonais. L'Office requérant n'est pas davantage fondé à se prévaloir d'une rupture d'égalité avec les adjudicataires des lots voisins, dès lors, d'une part, que les territoire de chasse situés sur le territoire de la commune de Courgenay, qui sont dans une situation géographique comparable, font l'objet d'une participation d'un montant identique et d'autre part, que le montant des dégâts aux cultures donnant lieu à indemnisation sur les communes voisines est très significativement différent de celui donnant lieu à indemnisation sur le territoire de la commune de Courgenay. Il n'est pas davantage fondé à se prévaloir de la participation moyenne par hectare boisé demandée dans le département de l'Yonne, dès lors que, comme cela a été dit, les dégâts constatés dans le Sénonais sont très significativement différents de la moyenne départementale. Enfin, si l'office requérant soutient que des demandeurs de plans de chasse distincts bénéficieraient de montants de participation distincts au sein même de la forêt domaniale de Vauluisant, la partie de cette forêt comprenant le lot n° 3 en litige, située à l'est du bourg de la commune de Courgenay, est totalement disjointe de sa partie occidentale, située, elle, sur le territoire des communes de Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes pour l'essentiel, mais également de La Postolle et de Lailly, de sorte que la fédération était fondée à fixer un montant de participation territoriale différent pour chacune de ses deux composantes.

18. Si l'Office national des forêts se prévaut également d'une rupture d'égalité entre territoires de chasse, dans la mesure où la fédération départementale des chasseurs privilégie l'indemnisation des dégâts par la mise en œuvre d'une participation territoriale plutôt que par une hausse des attributions de sangliers à prélever, il ne ressort des pièces du dossier ni que l'Office national des forêts se serait vu attribuer un nombre de sangliers à prélever inférieur à sa demande, ni qu'il aurait lui-même demandé l'attribution d'un nombre de sangliers supérieur, de sorte qu'il n'est pas davantage fondé à se prévaloir d'une rupture d'égalité sur ce point.

19. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 13 à 18 du présent jugement que l'Office national des forêts, qui ne démontre pas que le découpage du secteur auquel appartient le lot n° 3 de la forêt domaniale de Vauluisant, ne présenterait pas une cohérence en termes de la gestion agro-cynégétique, laquelle est d'intérêt général, ni qu'il créerait des différences de traitement manifestement disproportionnées pour parvenir à l'équilibre de gestion recherché, n'est fondé à se prévaloir ni du principe d'égalité ni des moyens tirés du caractère discriminatoire ou disproportionné de la participation territoriale qui lui est demandée.

20. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense par la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne, que l'Office national des forêts n'est fondé à demander l'annulation ni de la résolution n° 7 du 23 avril 2022 de l'assemblée générale de la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne, en tant que celle-ci fixe la participation territoriale due au titre du lot n° 3 de la forêt domaniale de Vauluisant à la somme de 65 euros par hectare boisé, ni de la décision explicite de rejet du 28 septembre 2022 de son recours gracieux.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par l'Office national des forêts au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office national des forêts la somme demandée par la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'Office national des forêts est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'Office national des forêts et à la fédération départementale des chasseurs de l'Yonne.

Copie en sera adressée au préfet de l'Yonne.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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