jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2203063 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GRENIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 novembre 2022, M. D A, représenté par Me Grenier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de trois jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- la décision méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 47 du code civil dès lors que son identité est parfaitement établie;
- elle a été prise sans examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur de qualification juridique des faits ;
- à titre subsidiaire, elle est insuffisamment motivée.
En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale dès lors que la décision de refus de séjour est illégale ;
- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
-elle est illégale dès lors que la décision d'éloignement est illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 30 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 1er février 2011 relatif aux missions et à l'organisation de la direction centrale de la police aux frontières ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Grenier, représentant M. A et de M. C, représentant le préfet de la Côte-d'Or.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant guinéen, qui déclare être né le 16 février 2003, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance de la Côte-d'Or en mai 2017. Il a déposé le 27 janvier 2022 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. "
3. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que
M. A se prévaut d'une bonne scolarité et d'un rapport social positif, mais que les actes d'état civil présentés à l'appui de sa demande ont fait l'objet d'une analyse par les services de la police aux frontières, et que la véritable identité de l'intéressé ne peut être établie. Elle rappelle également la situation familiale et personnelle de M. A. Cette décision est ainsi suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, il ressort des mentions portées dans la décision attaquée qu'il a été procédé à un examen attentif et sérieux de la situation de M. A.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 811-2 du même code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". L'article 47 du code civil précise que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. "
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté à l'appui de sa demande de titre de séjour une copie littérale d'acte de naissance, datée du 16 mars 2017 mentionnant la commune de Pita comme lieu de naissance, un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance, daté du 14 septembre 2018, faisant état d'une naissance dans la commune de Kindia, un extrait de registre d'état civil, daté du 27 septembre 2018, portant transcription de ce jugement, et une carte d'identité consulaire délivrée le 16 avril 2021. Il produit également devant le tribunal une carte consulaire délivrée le 19 juillet 2022 et un passeport délivré le 4 juillet 2022, ainsi qu'une " attestation de concordance " établie par l'ambassade de Guinée.
7. Les documents présentés à l'appui de la demande de l'intéressé ont été soumis à l'analyse de la police aux frontières de Dijon, au titre de ses missions fixées par l'article 5 de l'arrêté du 1er février 2011 relatif aux missions et à l'organisation de la direction centrale de la police aux frontières. Ces services ont conclu, sur la base d'une analyse documentaire détaillée, que les trois premiers documents mentionnés au point 6., à savoir, la copie littérale d'acte de naissance, le jugement supplétif et l'extrait de registre d'état civil étaient contrefaits. Il ressort notamment de ce rapport qu'il existe des contradictions majeures entre les lieux de naissance et les lieux de déclaration de la naissance mentionnés sur les deux premiers documents. Le requérant n'apporte pour sa part aucun élément de nature à expliquer les nombreuses incohérences et anomalies relevées dans le rapport au terme d'une analyse particulièrement argumentée et ne saurait se prévaloir utilement des mentions portées sur la carte d'identité consulaire établie sur la base de ces documents dépourvus de garantie d'authenticité.
8. Enfin, dès lors que le préfet disposait de suffisamment d'éléments permettant d'établir le caractère contrefait des documents produits, il n'était pas tenu de saisir les autorités guinéennes pour en vérifier l'authenticité. Dans ces conditions, la carte consulaire du 19 juillet 2022 et le passeport du 4 juillet 2022, délivrés par les autorités guinéennes sur la base d'actes d'état civil qui, ainsi qu'il a été dit, n'ont pas une valeur probante suffisante quant à l'identité du requérant, ne sont pas de nature à démontrer que le préfet de la Côte-d'Or aurait, à tort, estimé que l'identité exacte de
M. A ne pouvait être établie, quand bien même l'intéressé n'a à ce jour, fait l'objet d'aucune poursuite judicaire.
9. Dans ces circonstances, eu égard à l'ensemble des éléments avancés par l'administration, le préfet de la Côte-d'Or doit être regardé comme ayant renversé la présomption de validité qui s'attache aux actes civils étrangers en vertu des dispositions de l'article 47 du code civil. Il s'ensuit que c'est sans commettre ni d'erreur de fait ou de qualification juridique des faits, ni d'erreur de droit, que le préfet a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au seul motif que le requérant ne justifiait pas de son identité et ne pouvait dès lors être regardé comme établissant avoir été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation dirigées contre la décision de refus de séjour doivent être écartées.
En ce qui concerne la décision d'éloignement :
11. En premier lieu, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité, qui n'est pas établie, de la décision de refus de titre de séjour.
12. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. A est présent en France depuis moins de cinq ans à la date de décision attaquée et ne dispose pas de liens personnels ou familiaux sur le territoire français. Dans ces conditions, et en dépit du déroulement satisfaisant de sa scolarité et de ses efforts d'intégration et alors qu'il n'établit pas être dans l'impossibilité de poursuivre sa formation dans son pays d'origine, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
14. Si M. A fait valoir que le délai de départ volontaire est insuffisant dès lors qu'il est en apprentissage et doit passer le baccalauréat en fin d'année scolaire, la décision de refus de séjour qui lui est opposée, dont la légalité est établie, fait en elle-même obstacle à la poursuite de son contrat d'apprentissage et donc à l'obtention de son diplôme. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en ne lui octroyant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, le préfet de la Côte-d'Or a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale en raison de l'illégalité, qui n'est pas établie, de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par
M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
17. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige
18. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme que demande le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Grenier.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
La rapporteure,
M-E B
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
N°2203063
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026