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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2203186

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2203186

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2203186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantKOMBE DAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2022, Mme F A, représentée par Me Kombe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Yonne a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de renouveler sa carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de titre de séjour le temps de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B A soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle justifie que son admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels qu'elle fait valoir, pouvant aboutir à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mars 2023, le préfet de l'Yonne, représenté par le cabinet Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour Mme B A a été enregistré le 4 avril 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blacher,

- et les observations de Me Baller, représentant le préfet de l'Yonne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante de nationalité congolaise (République démocratique du Congo) née le 1er décembre 1955, est entrée régulièrement en France le 8 octobre 2017, munie d'un passeport congolais pourvu d'un visa d'une durée de 60 jours valable dans l'espace Schengen du 27 septembre au 11 décembre 2017. Elle s'est vue délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 16 mars 2020 au 5 août 2020, en raison de l'état de santé de son époux, titulaire d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade et décédé le 10 mai 2020. Le 3 janvier 2021, elle a déposé une demande de " renouvellement " de sa carte de séjour temporaire. Par un arrêté du 7 novembre 2022, le préfet de l'Yonne a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet se serait abstenu, préalablement à l'édiction de sa décision, de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B A.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Mme D fait valoir qu'elle est entrée en France au mois d'octobre 2017, qu'elle a bénéficié d'une carte de séjour temporaire au titre de sa vie privée et familiale afin de rester auprès de son mari, autorisé à séjourner en France en raison de son état de santé, qui est décédé le 10 mai 2020 et qui a été inhumé en France au cimetière de Villeneuve Saint-Georges, que l'un de ses fils et ses deux petites-filles, de nationalité française, résident en France et qu'elle est copropriétaire avec son défunt mari d'un immeuble situé à Joigny. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante s'est maintenue irrégulièrement en France entre la fin de l'expiration de son visa le 11 décembre 2017 et l'obtention d'une carte de séjour temporaire valable du 16 au 5 août 2020, laquelle ne lui a été accordée qu'en qualité d'accompagnant d'un étranger malade. En outre, alors que son mari est décédé au mois de mai 2020, elle n'a demandé un nouveau titre de séjour que le 3 janvier 2021, se maintenant ainsi irrégulièrement en France à l'expiration de son premier titre de séjour. En outre, Mme B A ne fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à ce qu'elle revienne régulièrement se recueillir sur la tombe de son mari. Par ailleurs, alors que la présence en France d'un fils majeur et de deux petits-enfants ne lui confèrent, par elle-même, aucun droit au séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée serait isolée dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 61 ans et où résident ses sept autres enfants. De même, la circonstance que Mme D a acquis un bien immobilier en France avec son mari ne lui confère pas, à elle-seule, un droit au séjour ni ne peut suffire à caractériser un ancrage de ses intérêts privés et familiaux. Ainsi, eu égard aux conditions de séjour en France de la requérante, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard du but en vue duquel il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté sur la situation personnelle de l'intéressée doit également être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Lorsqu'elle est saisie d'une demande présentée sur un fondement déterminé, l'autorité compétente n'est pas tenue de rechercher si la demande de titre de séjour aurait pu être satisfaite sur le fondement d'autres dispositions. Toutefois, lorsque le préfet recherche d'office si l'étranger peut bénéficier d'un titre de séjour sur un ou plusieurs autres fondements possibles, l'intéressé peut alors se prévaloir à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour de la méconnaissance des dispositions au regard desquelles le préfet a également fait porter son examen. Si Mme B A a déposé une demande de carte de séjour temporaire au titre de sa vie privée et familiale, le préfet de l'Yonne a indiqué, d'une part, que l'intéressée " n'entre dans aucun cas d'attribution d'un titre de séjour en application du CESEDA ", d'autre part, que " sa situation ne présente aucune circonstance exceptionnelle ou humanitaire permettant d'y déroger ". Il suit de là que la requérante peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En l'espèce, Mme B A, outre les motifs personnels et familiaux mentionnés au point 4 ci-dessus, fait valoir, sans apporter un quelconque commencement de preuve, qu'elle est suivie pour une pathologie de longue durée dont le traitement est inaccessible dans son pays d'origine en raison du coût prohibitif et du manque d'infrastructures. Dans ces conditions, elle ne peut être regardée comme faisant état de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels susceptibles de justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

9. Mme D soutient que le préfet n'a pas tenu compte de l'intérêt supérieur de ses deux petites-filles, alors que l'arrêté attaqué a pour effet de les priver de la présence de leur grand-mère. Toutefois, cette seule circonstance ne suffit pas à démontrer que le préfet aurait méconnu l'intérêt supérieur des petites-filles de la requérante, qui vivent en France avec leurs parents ni, par suite, les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du préfet de l'Yonne du 7 novembre 2022. Ses conclusions à fin d'annulation doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 7 novembre 2022, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A et au préfet de l'Yonne.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Zupan, président,

- M. Blacher, premier conseiller,

- Mme Hunault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

Le rapporteur,

S. BlacherLe président,

D. Zupan

La greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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