mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2203194 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BOREL / DEL PRETE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 décembre 2022 et le 9 octobre 2023, le syndicat CGT Mines Energies de Saône-et-Loire, venant aux droits de la Chambre syndicale des ouvriers mineurs et similaires, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision, annoncée dans la presse le 1er novembre 2022, et confirmée dans un courrier du 15 novembre 2022, par laquelle la maire de Montceau-les-Mines a décidé de ne pas chauffer les locaux syndicaux de l'immeuble situé 43 rue Jean Jaurès sur le territoire de cette commune ;
2°) d'enjoindre à la commune de Montceau-les-Mines de chauffer les locaux syndicaux de l'immeuble situé 43 rue Jean Jaurès, chaque année, du 1er novembre au 31 mars de l'année suivante, tant que l'autorité judiciaire ne l'aura pas autorisée à mettre fin à cette charge, par application des dispositions des articles 900-2 à 900-8 du code civil.
Il soutient que :
- l'obligation de chauffage des locaux s'impose à la commune, en application de l'acte authentique portant donation de l'immeuble du 8 juin 1995, tel que modifié par l'avenant n° 3 du 17 avril 2002, la commune n'ayant engagé aucune procédure de révision des conditions et charges grevant la donation, selon la procédure définie par les articles 900-2 à 900-8 du code civil, alors que l'estimation de la facture de chauffage par la commune est erronée, la modification unilatérale des conditions et charges de la convention caractérisant un abus de droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, la commune de Montceau-les-Mines, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Borel et Del Prete, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du syndicat CGT Mines Energies de Saône-et-Loire en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions dirigées contre le courrier du 15 novembre 2022 sont irrecevables, dès lors que ce courrier n'est qu'une correspondance destinée au syndicat et ne constitue qu'une mesure préparatoire insusceptible de recours ;
- les conclusions dirigées contre l'article de presse du 1er novembre 2022 ne relèvent pas de l'office du juge de l'excès de pouvoir en ce qu'il n'émane pas d'une autorité administrative, et que, de surcroît, il ne fait pas grief ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Par un courrier du 30 octobre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de la maire de Montceau-les-Mines, annoncée dans la presse le 1er novembre 2022, et confirmée dans un courrier du 15 novembre 2022, de ne pas chauffer les locaux syndicaux de l'immeuble situé 43 rue Jean Jaurès à Montceau-les-Mines, dès lors que cette décision constitue un acte de gestion du domaine privé de la commune, relevant de la seule compétence de la juridiction judiciaire.
La commune de Montceau-les-Mines a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public par un mémoire enregistré le 31 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code civil ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hamza Cherief,
- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,
- et les observations de Me Guillemin substituant Me Del Prete représentant la commune de Montceau-les-Mines.
Considérant ce qui suit :
1. La Chambre syndicale des ouvriers mineurs et similaires a fait don à la commune de Montceau-les Mines d'un bâtiment, dénommé " Syndicat des mineurs ", situé 43 rue Jean Jaurès sur le territoire de cette commune, par une convention du 8 juin 1995, stipulant notamment que les locaux syndicaux de cet immeuble sont mis à disposition, pendant une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans, de la Chambre syndicale des ouvriers mineurs et similaires, de deux autres unions syndicales CGT, et de tous syndicats similaires venant à leurs droits durant cette période. Le syndicat CGT Mines Energies de Saône-et-Loire, venant aux droits de la Chambre syndicale des ouvriers mineurs et similaires, demande au tribunal d'annuler la décision, révélée par un article de presse du 1er novembre 2022, et confirmée par un courrier du 15 novembre 2022, par laquelle la maire de Montceau-les-Mines, a décidé, en raison de la crise énergétique, de ne pas chauffer les locaux syndicaux du bâtiment dénommé " Syndicat des mineurs " durant l'hiver 2022-2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 1311-17 du code général des collectivités territoriales : " La révision des conditions et charges grevant les donations ou legs consentis au profit des collectivités territoriales, de leurs groupements et de leurs établissements publics est régie par les articles 900-2 à 900-8 du code civil ". Aux termes de l'article 900-2 du code civil : " Tout gratifié peut demander que soient révisées en justice les conditions et charges grevant les donations ou legs qu'il a reçus, lorsque, par suite d'un changement de circonstances, l'exécution en est devenue pour lui soit extrêmement difficile, soit sérieusement dommageable ". Aux termes de l'article 900-4 du même code : " Le juge saisi de la demande en révision peut, selon les cas et même d'office, soit réduire en quantité ou périodicité les prestations grevant la libéralité, soit en modifier l'objet en s'inspirant de l'intention du disposant, soit même les regrouper, avec des prestations analogues résultant d'autres libéralités. / Il peut autoriser l'aliénation de tout ou partie des biens faisant l'objet de la libéralité en ordonnant que le prix en sera employé à des fins en rapport avec la volonté du disposant. / Il prescrit les mesures propres à maintenir, autant qu'il est possible, l'appellation que le disposant avait entendu donner à sa libéralité ".
3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la modification des charges et conditions grevant un bien légué ou l'aliénation de ce bien ne peut avoir lieu que par décision de justice, dans les conditions et selon la procédure définies par les articles 900-2 à 900-8 du code civil.
4. Par ailleurs, indépendamment de la qualification donnée par les parties à une convention par laquelle une personne publique confère à une personne privée le droit d'occuper un bien dont elle est propriétaire, l'appartenance au domaine public d'un tel bien était, avant la date d'entrée en vigueur du code général de la propriété des personnes publiques, sauf si ce bien était directement affecté à l'usage du public, subordonnée à la double condition que le bien ait été affecté au service public et spécialement aménagé en vue du service public auquel il était destiné.
5. Il est constant que, par une convention du 8 juin 1995, la Chambre syndicale des ouvriers mineurs a fait don à la commune de Montceau-les Mines d'un bâtiment dénommé " Syndicat des mineurs ", situé 43 rue Jean Jaurès sur le territoire de cette commune, par une convention stipulant notamment que les locaux syndicaux de cet immeuble sont mis à disposition, pendant une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans, de la Chambre syndicale, de deux autres unions syndicales CGT, et de tous syndicats similaires venant à leurs droits durant cette période. Cette convention a fait l'objet d'un avenant n° 3 du 17 avril 2002 précisant que le coût total des fluides, et notamment du gaz, serait, à compter de cette date, pris en charge par la commune, laquelle était, par ailleurs, tenue par les stipulations de la convention du 8 juin 1995 de faire son affaire du mode de chauffage et de son fonctionnement.
6. Il ressort des pièces du dossier que l'immeuble en litige, constitué d'un ensemble immobilier comprenant divers bâtiments cadastrés B0 n° 131 et B0 n° 29, hébergeait, avant d'être cédé à titre gracieux à la commune de Montceau-les-Mines, plusieurs locaux syndicaux. Les syndicats professionnels ont, en vertu de l'article L. 2131-1 du code du travail, exclusivement pour objet l'étude et la défense des droits ainsi que des intérêts matériels et moraux, tant collectifs qu'individuels, des personnes mentionnées dans leurs statuts. Eu égard à la mission ainsi confiée à ces organismes privés, un immeuble occupé par plusieurs syndicats professionnels ne peut être regardé comme affecté, par principe, à un service public ou à l'usage direct du public. A cet égard, la convention du 8 juin 1995 stipule que les locaux à usage de bureaux, de salles de réunions et de rangement, y compris ceux situés en façade et partiellement en sous-sol de la grande salle, seront occupés par les organisations syndicales tandis que les salles de spectacles et de réunions restantes, qualifiées par cette convention " d'intérêt général ", seront gérées selon les règles propres au patrimoine communal. La seule mise à disposition des salles de spectacle et de réunion ne suffit pas, en l'absence de précisions sur les conditions de cette mise à disposition, à faire regarder ces salles comme affectées à l'usage direct du public ni, en l'absence de tout aménagement spécial, à caractériser leur affectation à un service public. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les locaux syndicaux disposent, pour certains, d'une entrée séparée de l'entrée principale du bâtiment, et que la convention ne contient pas de stipulations imposant aux organisations syndicales de sujétions particulières liées à l'utilisation des salles de spectacle ou de réunions, pour lesquelles elles disposent, au contraire, d'un droit d'utilisation reconnu d'office et prioritaire concernant certaines manifestations, congrès et réunions statutaires. Si les locaux syndicaux sont situés dans le même immeuble que les salles gérées par la commune, et disposent, pour certains, d'un accès commun, cette seule circonstance ne permet pas de les regarder comme étant affectés au service public communal ou comme un accessoire du domaine public communal.
7. Dès lors, si la décision attaquée, par laquelle la commune de Montceau-les-Mines a refusé de chauffer les locaux syndicaux pour la période de l'hiver 2022-2023, est susceptible de caractériser une méconnaissance des conditions et charges grevant la donation matérialisée par la convention du 8 juin 1995, cet acte de gestion du domaine privé de la commune relève de la seule compétence de la juridiction judiciaire.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le syndicat CGT Mines Energies de Saône-et-Loire doivent être rejetées comme étant portées devant une juridiction incompétente pour en connaître, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du syndicat CGT Mines Energies de Saône-et-Loire, à verser à la commune de Montceau-les-Mines, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du syndicat CGT Mines Energies de Saône-et-Loire est rejetée.
Article 2 : Le syndicat CGT Mines Energies de Saône-et-Loire versera à la commune de Montceau-les-Mines la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat CGT Mines Energies de Saône-et-Loire et à la commune de Montceau-les-Mines.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
Mme Hascoët, première conseillère,
M. Cherief, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
Le rapporteur,
H. Cherief
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026