mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2203386 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2022, M. E A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.
Il soutient que la décision d'assignation à résidence est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a trois enfants nés et scolarisés à Dijon, qu'il doit emmener à l'école et qu'il a été malade.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que le moyen soulevé par le requérant n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de M. A assisté de Mme D, interprète,
- et les observations de M. C, représentant le préfet de la Côte-d'Or.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant kosovar né le 8 août 1978, est entré irrégulièrement en France le 2 octobre 2006. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 16 janvier 2007, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 13 octobre 2008. Le 3 novembre 2008, M. A a sollicité le réexamen de sa demande d'asile, laquelle a été définitivement rejetée par une décision du 20 avril 2009 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 19 mars 2008, M. A a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Il a bénéficié de titres de séjour en cette qualité du 17 juillet 2008 au 16 juillet 2013. Il a ensuite fait l'objet de cinq obligations de quitter le territoire français des 15 novembre 2013, 28 juillet 2015, 8 décembre 2016, 4 mars 2019 et 7 décembre 2020, toutes devenues définitives. Par un arrêté du 19 septembre 2019, M. A a fait l'objet d'une assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 7 décembre 2020, il a fait l'objet d'une nouvelle décision d'assignation à résidence pour une durée de six mois, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Dijon. Le 30 juin 2022, il a été convoqué par les services de police de Dijon pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 7 juillet 2022, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Par un arrêté du 22 décembre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
3. Le préfet de la Côte-d'Or a assigné M. A, qui réside à Chenôve, dans l'agglomération dijonnaise, à résidence dans le département de la Côte-d'Or avec obligation de se présenter quotidiennement, entre 8 heures et 9 heures au commissariat de police de Dijon. Alors qu'il ne soutient pas être dans l'impossibilité de se rendre au commissariat de police de Dijon, M. A n'apporte aucun élément sérieux de nature à démontrer que son état de santé, au demeurant atteint d'une bronchite durant sept jours selon ses allégations, et sa vie de famille avec ses trois filles seraient incompatibles avec cette exigence. S'il produit des certificats lui prescrivant des médicaments datés du 8 septembre 2022 afin de justifier sa soustraction temporaire à une précédente obligation de pointage qui lui avait été assignée, il n'établit par aucune pièce du dossier que sa vie privée et familiale, notamment en qualité de père de trois enfants, serait incompatible avec les obligations de pointage qui lui ont été assignées. De surcroît, M. A ne soutient pas avoir sollicité un aménagement des modalités de son assignation à résidence. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.
4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de la Côte-d'Or.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,
M. Hugez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
Le président-rapporteur,
P. B
L'assesseur le plus ancien,
N. Zeudmi Sahraoui
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
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