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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300003

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300003

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 2, 16 et 29 janvier 2023, Mme C A, représentée par Me Gauthier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Yonne a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elles ont été prises en méconnaissance de son droit à être entendu, tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle vise les articles L. 311-1 et L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant fixation du pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2023, le préfet de l'Yonne, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 15 mars 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations.

Des pièces ont été enregistrées pour Mme A le 20 mars 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Gauthier, représentant la requérante,

- et les observations de Me Reis, représentant le préfet de l'Yonne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante béninoise née le 23 décembre 1956, est entrée régulièrement sur le territoire français le 29 octobre 2016. Depuis 2018, elle a bénéficié de trois cartes de séjour temporaire en raison de son état de santé, la dernière étant valable jusqu'au 18 mars 2022. Le 6 janvier 2022, la requérante a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 14 décembre 2022, dont il est demandé l'annulation, le préfet de l'Yonne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, lorsqu'il demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui vise à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, ne saurait ignorer qu'en cas de refus il sera en revanche susceptible de faire l'objet d'une telle décision. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Une atteinte au droit d'être entendu, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.

3. En l'espèce, Mme A, qui ne saurait utilement invoquer le droit d'être entendu, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un titre de séjour, qui n'entre pas dans le champ du droit de l'Union européenne, a pu présenter les observations sur sa situation qu'elle estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Alors même que de telles démarches s'effectuent en ligne et ne nécessitent pas de rendez-vous avec les services de préfecture, la requérante n'allègue pas avoir sollicité un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêchée de présenter des observations avant que ne soient prises les décisions d'éloignement et de fixation du pays de destination contestées. Par suite, Mme A n'a pas été privée du droit d'être entendu avant l'édiction des décisions en litige.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de l'Yonne se serait abstenu de procéder à un examen particulier de sa situation avant de prendre l'arrêté en litige.

5. En troisième lieu, les décisions contestées, signées par la secrétaire générale de la préfecture de l'Yonne, qui disposait d'une délégation à cet effet du préfet de l'Yonne, régulièrement publiée, mentionnent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fondent et sont ainsi suffisamment motivées.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

6. En premier lieu, la seule circonstance que la décision attaquée vise les articles L. 311-1 et L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France, alors qu'elle mentionne qu'elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en reprenant notamment les termes de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, n'est pas de nature à établir qu'elle serait entachée d'erreur de droit.

7. En deuxième lieu, si Mme A soutient que le préfet de l'Yonne aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée perçoit une pension de retraite versée par les autorités béninoises dont il n'est pas établi que le montant serait insuffisant dans son pays d'origine, ainsi que des prestations versées par la caisse d'allocations familiales. Dès lors que la requérante n'établit pas qu'elle aurait la qualité de parent à charge de son fils ressortissant français, qui lui procure régulièrement une aide financière, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". Par ailleurs, l'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

9. En l'espèce, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans son avis du 19 juillet 2022, que l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort en effet des pièces du dossier que Mme A est en rémission depuis plus de cinq ans du cancer du sein localisé qui a été diagnostiqué en septembre 2016 au Bénin, ce que confirme un compte-rendu de consultation du 30 août 2022 attestant de la rémission complète de son cancer et prescrivant la poursuite d'une surveillance de son état de santé. Si la requérante produit également un compte-rendu d'examen réalisé le 10 août 2022, selon lequel la requérante présenterait des nodules thyroïdiens bilatéraux, un certificat médical du 28 décembre 2022, postérieur à la date de la décision attaquée, attestant d'une pathologie d'hypertension artérielle nécessitant un suivi médical accru eu égard à l'âge de la requérante, et allègue souffrir d'une arthrose sévère des genoux et que des souches du virus HPV ont été découvertes susceptibles de présenter un risque de cancer du col de l'utérus, sans aucunement l'établir, elle n'établit ainsi pas, par les pièces produites, que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

11. Mme A, qui séjourne sur le territoire français depuis un peu moins de six ans à la date de la décision attaquée, se prévaut de la présence en France de son fils, de nationalité française, et de son intégration. Cependant, si la requérante soutient que son fils, qui réside dans une autre ville, s'occupe d'elle, lui rend régulièrement visite et a deux enfants mineurs dont la requérante s'occupe régulièrement, l'intéressée ne justifie pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie, jusqu'à l'âge de cinquante-neuf ans. En outre, si Mme A justifie avoir adhéré au centre communal d'action sociale de Tonnerre de manière continue depuis 2018, à diverses associations tonnerroises lui permettant de participer à des activités bénévoles, participé à des cours de gymnastique à Tonnerre et produit trois attestations de personnes se présentant pour la plupart comme des amis, ces circonstances sont insuffisantes pour établir que la décision litigieuse porterait au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Si Mme A soutient que la décision litigieuse méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Par ailleurs, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par le préfet de l'Yonne au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de l'Yonne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de l'Yonne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

Le président-rapporteur,

P. B

L'assesseur le plus ancien,

N. Zeudmi Sahraoui

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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