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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300007

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300007

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300007
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision de refus de séjour, qui retire une décision individuelle créatrice de droits, méconnait les dispositions de l'article L. 122-1 et de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision de refus de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de séjour méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision de refus de séjour méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision de refus de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2023, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B le versement d'une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bois,

- les observations de Me Grenier, représentant M. B, et de Me Rannou, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant comorien né en 1993, entré en France, selon ses déclarations, le 17 décembre 2016, a présenté une première demande de titre de séjour le 19 août 2019 en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'ancien article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 mai 2020, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande et a prononcé à son encontre une mesure d'éloignement. Par un jugement du 29 septembre 2020, confirmé par un arrêt du 27 septembre 2021 de la cour administrative d'appel de Bordeaux, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. B dirigé contre l'arrêté du 7 mai 2020. L'intéressé, qui n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, a ensuite présenté, le 28 juillet 2021, une seconde demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 novembre 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision de refus de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle n'a dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ". L'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été destinataire, le 29 novembre 2022, d'un courriel automatique non signé faisant état de la fabrication de son titre de séjour et le conviant à prendre un rendez-vous avec les services de la préfecture pour la remise de ce titre et apporter le jour du rendez-vous son récépissé, son passeport ainsi qu'un timbre fiscal. L'intéressé a reçu ensuite un courrier du service régional d'immigration et d'intégration du 30 novembre 2022 lui confirmant un rendez-vous le 12 décembre 2022. Aucune pièce au dossier ne permet d'établir que M. B se serait rendu au rendez-vous fixé muni des justificatifs requis. Les deux documents dont se prévaut le requérant ne sont que des documents préparatoires, au demeurant non signés par le préfet, préalables à la délivrance éventuelle d'un titre de séjour et ne peuvent dès lors pas constituer des décisions créatrices de droits retirées par la décision de refus de séjour attaquée. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 242-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur ".

6. M. B est le père de la jeune C, ressortissante française née le 16 février 2019 à Poitiers et est séparé de la mère de sa fille depuis le mois de juin 2019. Il établit avoir effectué le voyage entre Beaune, sa ville de résidence, et Poitiers à neuf reprises et avoir effectué des mandats de paiement à la mère de sa fille depuis la naissance. Toutefois, tout d'abord, M. B n'a effectué à un rythme irrégulier que quatorze mandats de paiement à la mère de sa fille en trois ans entre 2019 et 2022 pour une somme modique variant entre 70 et 199 euros alors que l'intéressé percevait un revenu mensuel supérieur à 1 300 euros net au cours des trois dernières années et ne justifie en outre de virements mensuels d'un montant de 120 euros à destination de la caisse d'allocations familiales que depuis le mois d'octobre 2022 au titre de la pension alimentaire due à la mère de la jeune C. Par ailleurs, il ne produit que trois factures datées de la seule année 2022 justifiant l'achat de chaussures, de vêtements et de jouets pour sa fille. Ensuite, les attestations produites, peu circonstanciées, et des clichés photographiques montrant une jeune enfant sont insuffisants pour établir la réalité d'un lien particulier entre M. B et sa fille. Enfin, l'intéressé, qui n'établit pas avoir effectivement rendu visite à sa fille régulièrement depuis sa naissance, ne justifie pas davantage avoir été dans l'incapacité de le faire jusqu'au droit de visite mensuel ordonné par la cour d'appel de Poitiers par un arrêt du 10 novembre 2021, l'intéressé ne justifiant que d'une démarche active de sa part le 22 décembre 2021 pour bénéficier de son droit de visite auprès de sa fille. Dans ces conditions, M. B ne peut pas être regardé comme contribuant effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis au moins deux ans. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Tout d'abord, comme il a été dit au point 1, M. B, entré irrégulièrement sur le territoire français en 2016 selon ses déclarations, n'a pas exécuté une première mesure d'éloignement prononcée le 7 mai 2020 et ne conteste pas avoir utilisé de faux titres de séjour valables du 19 août 2019 au 18 février 2020 et du 18 février 2021 au 17 février 2023. Ensuite, M. B, célibataire, ne peut justifier d'aucune charge de famille, comme il a été dit au point 6 et n'établit pas avoir noué des liens significatifs sur le territoire français. Enfin, M. B n'établit pas être dépourvu de tout lien avec sa famille dans son pays d'origine où réside sa mère et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. Dans ces circonstances, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas davantage entaché la décision de refus de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, la séparation de M. B de sa fille ne portera pas une atteinte à l'intérêt supérieur de la jeune C. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, la décision de refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

12. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.

13. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

14. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

16. Il résulte de tout de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2022 attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. B au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme que demande le préfet de la Côte-d'Or au titre de ces mêmes frais.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Côte-d'Or.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

C. BoisLe président,

L. BoissyLa greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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