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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300010

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300010

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationHUNAULT
Avocat requérantBEN HADJ YOUNES SANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 janvier 2023, Mme B D, représentée par Me Ben Hadj Younès, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que la mention des voies et délais de recours comportait une indication erronée ;

- l'arrêté attaqué a été édicté en méconnaissance de son droit d'être entendue ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a procédé à l'abrogation et non pas au retrait de son attestation de demande d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination sera annulée en raison de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de celle portant obligation de quitter le territoire français, en tout état de cause, elle est entachée d'une " erreur d'appréciation " et porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée normale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que, d'une part, la requête est tardive et, d'autre part, les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 28 février 2023 à 14 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Solignat, greffière :

- le rapport de Mme Hunault, magistrate désignée,

- et les observations de Me Djermoune, représentant Mme D, qui a repris les moyens et conclusions de la requête en insistant sur la méconnaissance, par le préfet, du droit de sa cliente d'être entendue tel que " consacré par l'arrêt " n° 21LY03446 " de la cour administrative d'appel de Lyon du 3 mars 2022 ", en précisant expressément qu'il n'a pas entendu - et n'entend pas - soulever le moyen tiré " de la protection contre l'éloignement " prévue à " l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Il a, en revanche, soulevé, le moyen nouveau tiré du " défaut d'examen de la situation personnelle " de sa cliente qui " justifie d'un certificat médical du 18 octobre 2022 ".

Le préfet de Saône-et-Loire n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante congolaise née le 14 juillet 1985, est entrée irrégulièrement en France le 15 mars 2020. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 16 juin 2021, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 9 décembre suivant.

2. Le 7 septembre 2022, Mme D a saisi le préfet de Saône-et-Loire d'une demande de titre de séjour en se prévalant de son état de santé. Le préfet a par décision du 28 septembre 2022 refusé de procéder à l'enregistrement de sa demande au motif que son dossier était, d'une part, incomplet et, d'autre part, présenté hors délai.

3. Mme D a alors sollicité le réexamen de sa demande d'asile, rejetée par l'OFPRA le 10 novembre 2022 comme irrecevable. Par un arrêté du 1er décembre 2022, le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. L'intéressée demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle :

4. Par décision du 20 février 2023, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

5. En premier lieu, le droit d'être entendu n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une violation de ce droit, n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent.

6. Mme D, dont du reste la première demande d'asile a été déposée postérieurement à l'entrée en vigueur des dispositions de l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile issues de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 et reprises à l'article L. 431-2, soutient que le respect de son droit d'être entendue ne saurait être regardé comme satisfait par le seul accomplissement de la démarche tendant à l'octroi du statut de réfugié.

7. Toutefois, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Or, il est constant que Mme D dont, ainsi qu'il a été dit au point 1, la première demande d'asile avait été rejetée près d'un an auparavant, a sollicité, antérieurement à sa demande de réexamen enregistrée le 27 octobre 2022, la délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé, de sorte qu'elle ne pouvait ignorer que le refus opposé à cette dernière demande destinée à son maintien régulier en France, est susceptible d'être suivi d'une mesure d'éloignement.

8. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que le traitement médical dont bénéficie Mme D en France ne serait pas disponible dans son pays d'origine et qu'en cas d'audition de l'intéressée, le préfet aurait été conduit à prendre une décision aboutissant à un résultat différent faute de démonstration de l'indisponibilité de traitements médicaux appropriés à son état de santé en République démocratique du Congo. Au surplus, l'unique certificat médical produit, qui fait état de ce que la requérante " nécessite un suivi régulier ainsi qu'un traitement dans le cadre d'un diabète de type 2 ", ne permet pas d'établir que l'intéressée ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un suivi ou d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

9. En second lieu, la circonstance que le préfet de Saône-et-Loire, qui par ailleurs n'avait pas l'obligation de faire état de l'ensemble des éléments propres à la situation de Mme D, n'ait pas procédé à son audition préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué n'est pas, à elle seule, de nature à révéler un défaut d'examen de sa situation, alors au demeurant que celui-ci mentionne son état de santé, ainsi qu'un certificat médical faisant apparaître l'existence connue " de soins pour une pathologie qui n'était pas nouvelle ". A cet égard, si l'intéressée se prévaut, dans le cadre de la présente instance, d'un certificat médical du 18 octobre 2022 cité au point qui précède, d'une part, elle ne justifie aucunement l'avoir adressé en temps utile au préfet dans le cadre de l'examen de sa situation suite à la fin de non-recevoir opposée à sa demande de titre de séjour et compte tenu de la possibilité d'un rejet par l'OFPRA de sa demande de réexamen et, d'autre part et en tout état de cause, il n'est ni démontré ni même allégué que ce certificat médical ferait état d'une nouvelle pathologie. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L.542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5 () ". Aux termes de l'article L. 542-3 du même code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. Les conditions de refus, de renouvellement et de retrait de l'attestation de demande d'asile sont fixées par décret en Conseil d'Etat ".

11. Il est constant que la demande de réexamen de la demande d'asile de Mme D a été rejetée par l'OFPRA pour irrecevabilité le 10 novembre 2022, de sorte qu'à la date de la décision contestée, elle ne bénéficiait plus d'un droit de se maintenir sur le territoire français. Or, contrairement à ce que soutient cette dernière, les dispositions précitées de l'article L. 542-3, qui prévoient que " l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé " lorsque le droit au maintien a pris fin, ne font pas obstacle à ce que cette attestation soit simplement abrogée et non retirée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut être accueilli.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, l'annulation par voie de conséquence des décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français, ne peut être prononcée.

En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

14. En l'espèce, Mme D se borne à soutenir, sans le démontrer, qu'elle est veuve et isolée dans son pays d'origine. Toutefois, il est constant que ses quatre enfants, mineurs à la date de la décision attaquée, se trouvent dans son pays d'origine où rien n'indique qu'elle serait réellement isolée et où, en tout état de cause, elle a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans. Au contraire, son entrée sur le territoire français est relativement récente. Enfin, elle ne justifie d'aucune attache en France, ni d'aucune insertion sociale ou professionnelle. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet, être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme D.

Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Ben Hadj Younès.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.

La magistrate désignée,

K. A

La greffière,

M. CLa République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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