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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300014

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300014

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2023, M. B, représenté par la SCP Clémang, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

M. A soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, d'une erreur de droit relative à la prise en compte des précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet, d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la Selarl Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le préfet soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blacher,

- les observations de Me Clémang, représentant M. A,

- et les observations de Me Baller, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité macédonienne né le 26 juin 1979, est entré régulièrement sur le territoire français le 27 juin 2016, accompagné de son épouse et des deux enfants mineurs du couple. Sa demande d'asile, déposée le 12 octobre 2016, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 avril 2017, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 15 novembre 2017. Par un arrêté du 30 janvier 2018, le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisé à résider en France au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 10 février 2020, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du 23 septembre 2020, le préfet de la Côte-d'Or a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le 19 août 2021, M. A a demandé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 décembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les textes internationaux et nationaux pertinents, rappelle les conditions d'entrée et de séjour en France de M. A et expose les éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale en considération desquels le préfet a estimé qu'il ne remplissait pas les conditions pour obtenir la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, alors que le préfet n'était pas tenu d'exposer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, la circonstance que la décision ne mentionne pas la naissance de son troisième enfant le 19 août 2022, à supposer même que cet élément ait été porté à la connaissance du préfet, ne peut caractériser à elle-seule un défaut de motivation alors que la décision relève par ailleurs la présence en France de l'épouse et des deux premiers enfants mineurs du couple. De même, le requérant ne peut utilement faire valoir l'absence de mention de contrats à durée indéterminée conclus par le couple au mois de décembre 2022 dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que ces contrats sont postérieurs à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré d'un défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, motivée ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet se serait abstenu, préalablement à l'édiction de sa décision, de procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. En application de ces dispositions et dans le cadre de son appréciation de la nature et de l'intensité des liens privés et familiaux de M. A en France, le préfet pouvait prendre en compte les conditions de séjour en France de l'intéressé et notamment la circonstance qu'il a déjà fait l'objet d'un refus de titre de séjour et de mesures d'éloignement assorties d'une interdiction de retour sur le territoire français, qu'il n'a jamais exécutées. La circonstance, à la supposer avérée, que le requérant n'a pas été éloigné du territoire du fait de l'intervention du juge judiciaire, n'empêchait pas le préfet de prendre en considération l'absence d'exécution, notamment volontaire, des mesures d'éloignement par l'intéressé. Dans ces conditions, l'erreur de droit alléguée doit être écartée.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer sa vie privée et familiale.

7. M. A fait valoir qu'il vit sur le territoire français, avec son épouse et les deux premiers enfants mineurs du couple, depuis plus de six ans à la date de la décision attaquée, que les deux enfants sont scolarisés tandis qu'un troisième enfant est né en France le 19 août 2022, qu'il n'a jamais fait l'objet d'aucune condamnation pénale, que sa famille est bien intégrée dans la vie de sa commune de résidence où les enfants sont inscrits dans des associations sportives, qu'il justifie, tout comme son épouse, d'une insertion professionnelle procurant à la famille une autonomie financière et enfin que sa sœur et son frère résident en France et sont titulaires de cartes de résident.

8. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A, ainsi qu'il a été dit, a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement assorties d'une interdiction de retour sur le territoire français, initialement d'une année puis prolongée à deux ans, qu'il n'a jamais exécutées, et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français pendant plusieurs années. En outre, son épouse se trouve dans la même situation administrative dès lors qu'elle fait également l'objet d'un refus de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Ainsi, le requérant ne fait état d'aucune circonstance particulière faisant obstacle à ce que la cellule familiale, comprenant également son épouse et leurs trois enfants mineurs, tous de nationalité macédonienne, se reconstitue dans leur pays d'origine où les enfants pourront poursuivre leur scolarité. A cet égard, l'intéressé n'établit pas qu'il serait isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans et où résident ses parents, la présence régulière en France d'un frère et d'une sœur ne lui conférant, par elle-même, aucun droit au séjour. Enfin, alors que le récépissé délivré à M. A ne l'autorisait pas à travailler et que les éléments relatifs à la conclusion d'un contrat à durée indéterminée sont postérieurs à la date de la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier que les revenus tirés des contrats à durée déterminée effectués par M. et Mme A ne leur procurent pas, contrairement à ce que soutient l'intéressé, des ressources suffisantes pour un couple avec trois enfants. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision de refus de séjour sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. En l'espèce, alors que la décision portant refus de séjour n'a, par elle-même, ni pour objet, ni pour effet, de séparer les enfants de leurs parents, le requérant ne fait état d'aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à ce que ses enfants poursuivent leur scolarité en Macédoine, pays dont ils ont la nationalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas que la décision portant refus de séjour serait illégale. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 décembre 2022, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du préfet de la Côte-d'Or présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de la Côte-d'Or.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- M. Blacher, premier conseiller,

- Mme Desseix, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur,

S. BlacherLe président,

L. Boissy

La greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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