mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300018 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | HUNAULT |
| Avocat requérant | BOUTHORS CLÉLIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 24 janvier 2023, Mme A C, représentée par Me Bouthors, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le pays à destination duquel elle pourra être éloignée, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a signalée aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'intérêt supérieur de l'enfant ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les articles L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 28 février 2023 à 14 heures.
A été entendue au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Solignat, greffière, Mme Hunault, magistrate désignée, qui, après avoir présenté son rapport, a indiqué, en application des articles R. 611-7 et R. 776-25 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions aux fins d'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire et de suspension de la mesure d'éloignement ont perdu leur objet en cours d'instance et qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante serbe née le 9 mars 1990, est entrée régulièrement en France le 27 avril 2022 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 19 août 2022, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 17 janvier 2023. Par l'arrêté attaqué du 15 décembre 2022, le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par décision du 27 février 2023, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.
Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :
En ce qui concerne le moyen commun à plusieurs décisions :
3. L'arrêté du 15 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et procède à une analyse circonstanciée de la situation personnelle et familiale de Mme C. Il vise notamment les articles L. 611-1, 4°, L. 612-8, L. 612-10 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique, en outre, que l'intéressée ne disposait plus d'un droit au maintien sur le territoire français et mentionne avec une précision suffisante sa situation au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, il précise, contrairement à ce qui est soutenu, son entrée récente sur le territoire français, l'absence de précédentes mesures d'éloignement et de menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :
4. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. D'autre part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
6. La seule circonstance que Mme C, qui déclare en définitive ne pas être enceinte, s'investit, d'une part, " auprès du CADA " qui l'héberge et, d'autre part, dans l'apprentissage de la langue française, ne saurait lui conférer un droit au séjour. Elle ne justifie par aucune des pièces du dossier de liens suffisamment anciens, stables et intenses sur le territoire national, ni d'une intégration professionnelle ou encore sociale significative. Il n'est pas davantage démontré, par ses seules allégations, qu'elle serait isolée dans son pays d'origine où elle a vécu l'essentiel de sa vie, alors qu'à la date de la décision attaquée, elle totalisait une durée de présence en France inférieure à 8 mois. Ainsi, il n'apparaît pas que la décision attaquée ait porté au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ne peuvent qu'être écarté.
En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
7. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable depuis le 1er mai 2021 et reprenant l'ancien article L. 513-2 de ce code : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
8. Si Mme C se prévaut d'un certificat médical, postérieur à la décision attaquée, faisant état d'un syndrome " anxio-dépressif sévère ", elle ne démontre par aucun élément du dossier l'inexistence en Serbie de tout traitement médical, lequel n'a pas à être équivalent à ceux offerts en France, approprié à son état de santé ou encore l'impossibilité d'y avoir effectivement accès. Elle ne justifie pas davantage, ainsi qu'il a été dit, de l'isolement allégué dans son pays d'origine, pas plus qu'elle ne démontre, alors que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA, l'incapacité des autorités serbes à assurer, le cas échéant, sa protection au regard de la " situation de vulnérabilité " qu'elle invoque. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.
En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
10. En premier lieu, le moyen tiré de " l'erreur de droit " au regard de " l'article L. 612-6 " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est inopérant dès lors que la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement de ses dispositions, mais sur celles citées au point 9.
11. En second lieu et en tout état de cause, ainsi qu'il a été dit aux points 1 et 6, Mme C n'est entrée en France que fin avril 2022, elle ne justifie de l'existence, sur le territoire français, d'aucune attache, a fortiori ancienne, stable et intense, de sorte que le préfet de Saône-et-Loire n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 612-8 précité, ni entaché sa décision d'erreur de droit. Par ailleurs, l'interdiction de retour sur le territoire français est limitée à une durée d'un an alors que les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent de l'étendre à une durée de deux ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'erreur d'appréciation, ni porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale en lui interdisant de revenir sur le territoire français et en fixant la durée de cette interdiction à un an.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2022 présentées par Mme C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.
Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :
13. Il ressort des pièces du dossier que le recours formé par Mme C contre la décision de l'OFPRA du 19 août 2022 a été rejeté par une ordonnance de la CNDA du 17 janvier 2023, notifiée le 1er février suivant. Par suite, les conclusions présentées par la requérante tendant à obtenir la suspension de l'obligation de quitter le territoire français du 15 décembre 2022 jusqu'à ce que la Cour statue sur son recours formé contre la décision de l'OFPRA sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme C.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a obligé Mme C à quitter le territoire français.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Bouthors. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2022.
La magistrate désignée,
K. B
La greffière,
M. SolignatLa République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026