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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300019

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300019

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantBOUTHORS CLÉLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 janvier 2023, et un mémoire en production de pièces enregistré le 24 janvier 2023, Mme C, représentée par Me Bouthors, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre la décision d'éloignement en application des articles L. 752-5 et L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une insuffisance de motivation et méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est entachée d'une insuffisance de motivation, d'une erreur de droit, d'une erreur d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- elle justifie d'éléments sérieux de nature à faire douter du bien-fondé de la décision de rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et à justifier son maintien sur le territoire français le temps de l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA).

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par décision du 27 février 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Blacher, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes prévues par les dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Blacher, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant, ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de nationalité arménienne née le 26 juillet 1998, déclare être entrée irrégulièrement en France le 19 septembre 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 21 juin 2022. Par un arrêté du 16 décembre 2022, le préfet de Saône-et-Loire a obligé Mme B à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. La requérante demande, à titre principal, l'annulation de ces décisions, à titre subsidiaire, la suspension de la mesure d'éloignement le temps de l'examen de son recours contre la décision de l'OFPRA devant la CNDA.

Sur les conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 février 2023, ses conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Aux termes de l'article L. 531-24 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ". L'article L. 531-25 précise que : " Pour l'application du 1° de l'article L. 531-24, un pays est considéré comme un pays d'origine sûr lorsque, sur la base de la situation légale, de l'application du droit dans le cadre d'un régime démocratique et des circonstances politiques générales, il peut être démontré que, d'une manière générale et uniformément pour les hommes comme pour les femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle, il n'y est jamais recouru à la persécution, ni à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants et qu'il n'y a pas de menace en raison d'une violence qui peut s'étendre à des personnes sans considération de leur situation personnelle dans des situations de conflit armé international ou interne. / Le conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides fixe la liste des pays considérés comme des pays d'origine sûrs () ". La République d'Arménie figure dans la liste des pays d'origine sûrs établie par le conseil d'administration de l'OFPRA.

5. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les textes internationaux et nationaux pertinents, notamment les articles L. 531-24 et L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne les conditions d'entrée en France de la requérante, ainsi que le rejet de sa demande d'asile, examinée en procédure accélérée compte tenu du pays d'origine de l'intéressée, qui met ainsi fin à son droit au maintien sur le territoire français en application des dispositions combinées citées au point 4 ci-dessus. Dans ces conditions, contrairement à ce qu'elle fait valoir, Mme B était en mesure de comprendre les considérations de fait et de droit de la décision d'éloignement prononcée à son encontre. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Mme B fait valoir que la décision portant obligation de quitter le territoire français pourrait mettre en péril son mariage, dès lors que la circonstance que son mari soit lui aussi visé par une mesure d'éloignement n'est pas suffisante pour être certain que la vie de couple pourra prospérer une fois les mesures d'éloignement exécutées. Toutefois, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée dispose de liens intenses et stables en France, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée, non contredite sur ce point, que le mari de la requérante, également de nationalité arménienne, fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine du couple. Ainsi, eu égard à l'entrée récente et aux conditions de séjour en France de l'intéressée, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination mentionne que, si la décision de l'OFPRA, produite à l'instance, ne lie pas le préfet, elle comporte toutefois des éléments suffisamment circonstanciés pour considérer que l'intéressée ne démontre pas qu'elle serait exposée à des peines ou traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Arménie. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

10. En second lieu, Mme B fait valoir qu'elle risque d'être soumise à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Arménie du fait des opinions politiques de son mari qui ont déjà donné lieu à des persécutions de son mari et d'elle-même après que ce dernier a fui leur pays d'origine. Toutefois, l'intéressée qui, d'une part, se borne à reprendre le récit qu'elle a déjà livré devant l'OFPRA qui ne l'a pas considéré comme convaincant, d'autre part, ajoute, sans apporter un quelconque commencement de preuve, qu'elle a elle-même été victime d'une tentative de viol en 2021 de la part des personnes ayant persécuté son mari, ne produit aucun élément probant de nature à établir qu'elle serait personnellement et actuellement exposée à des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an :

11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

13. En l'espèce, la décision attaquée, qui vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que Mme B est entrée récemment sur le territoire français, qu'elle ne se prévaut pas de liens anciens, stables et intenses en France, qu'elle est sans enfant à charge et que son mari[SM1] fait l'objet d'une mesure similaire d'éloignement à destination du pays dont ils ont la nationalité. Elle précise également que l'intéressée n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence en France ne constitue pas en tant que telle une menace pour l'ordre public. Il suit de là que la décision attaquée est suffisamment motivée au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En deuxième lieu, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée, tels que rappelés ci-dessus au point 13, que les quatre critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été examinés par le préfet préalablement à l'édiction de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, l'erreur de droit invoquée doit être écartée.

15. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été au point 13 ci-dessus que la requérante, dont l'entrée sur le territoire français est récente et dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) statuant en procédure accélérée du fait du pays d'origine de l'intéressée, n'établit pas que ses liens avec la France seraient, par leur nature et leur ancienneté, d'une particulière intensité. Dans ces conditions, alors même que Mme B ne s'est pas soustraite à une précédente mesure d'éloignement et ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, ni porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée, prononcer pour une durée d'un an, sur une durée maximale de deux ans, la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français en litige.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 décembre 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions subsidiaires tendant à la suspension de la mesure d'éloignement :

17. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

18. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. Les moyens tirés des vices propres entachant la décision de l'Office ne peuvent utilement être invoqués à l'appui des conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement, à l'exception de ceux ayant trait à l'absence, par l'Office, d'examen individuel de la demande ou d'entretien personnel en dehors des cas prévus par la loi ou de défaut d'interprétariat imputable à l'Office. A l'appui de ses conclusions à fin de suspension, le requérant peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement.

19. A l'appui de sa demande de suspension de la mesure d'éloignement, Mme B fait valoir que tout en tenant pour établis la publication par son époux d'articles sur internet critiques vis-à-vis des autorités arméniennes, les activités d'observateur électoral indépendant de son époux, la participation de ce dernier à des manifestations contre le régime en 2018 et les violences policières dont il a été victime à l'issue de ces manifestations, l'OFPRA a rejeté leur demande d'asile au motif que le Parti républicain d'Arménie n'est plus au pouvoir et que les nouvelles autorités arméniennes issues de la révolution ont lancé un vaste plan de réforme visant à s'attaquer aux défaillances du régime et à la corruption, alors qu'il n'est pas établi que ce phénomène de corruption a disparu après l'arrivée du gouvernement de transition en 2018. Toutefois, alors que ces éléments ont déjà été examinés par l'OFPRA qui a estimé que si l'époux de Mme B a pu avoir des activités politiques à l'origine d'éventuelles menaces ou intimidations, son récit n'a pas permis d'établir les faits de persécution et d'enlèvement allégués, la requérante n'apporte aucun élément nouveau de nature à contredire cette appréciation. En outre, à supposer même que les allégations de l'intéressée sur la corruption dans son pays soient avérées, la requérante ne démontre pas dans quelle mesure des faits qu'elle impute à des personnes nommément désignées alors au pouvoir en 2018 seraient de nature à caractériser un risque personnel et actuel de persécutions. Par ailleurs, pour demander la suspension de la mesure d'éloignement, Mme B fait valoir qu'elle a indiqué pour la première fois devant la CNDA qu'elle a été victime, en 2021, d'une tentative de viol de la part des personnes qui persécutaient son mari. Toutefois, l'intéressée n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses nouvelles allégations. Dans ces conditions, la requérante ne peut être regardée comme faisant état d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique en lui-même aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Bouthors.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

Le magistrat désigné,

S. BlacherLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

[SM1]mari

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