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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300046

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300046

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL AGIN-PREPOIGNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, M. B A, représenté par la SCP Manière Paget Champenois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le président de la communauté de communes Bazois Loire Morvan a prononcé sa révocation à compter du 15 novembre 2022 ;

2°) d'enjoindre au président de la communauté de communes Bazois Loire Morvan de prononcer sa réintégration à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la sanction prononcée à son encontre est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mars 2023, la communauté de communes Bazois Loire Morvan, représentée par la SELARL Agin-Prepoignot, conclut au rejet de la requête, à la condamnation de M. A aux entiers dépens et à ce que soit mise à sa charge la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

9 juin 2023.

Par une décision du 20 février 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zeudmi Sahraoui,

- les conclusions de M. Bataillard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, adjoint technique territorial au sein de la communauté de communes Bazois Loire Morvan, exerçait les fonctions d'agent d'entretien polyvalent au sein du service déchets ménagers et au service assainissement. Par un arrêté du 7 novembre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le président de la communauté de communes a prononcé sa révocation à compter du 15 novembre 2022.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction l'obligation de préciser elle-même dans sa décision les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de la personne intéressée, de sorte que cette dernière puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui la frappe.

3. La décision attaquée, qui vise les textes applicables, indique qu'il est reproché à M. A d'avoir manqué à son devoir de probité en ayant commis des vols de carburant en 2021 et que la sanction proposée par le conseil de discipline sanctionne comme il convient les faits reprochés à l'agent. La décision en litige expose ainsi le grief retenu à l'encontre de l'intéressé de manière suffisamment circonstanciée pour le mettre à même de déterminer les faits que l'autorité disciplinaire entend lui reprocher et lui permettre d'en comprendre les motifs à sa seule lecture. Dans ces conditions, alors même que cette décision ne précise pas les dates exactes des manquements, les circonstances précises dans lesquelles les faits ont été commis ainsi que les suites judiciaires données à ces faits, elle est suffisamment motivée en droit et en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 533-1 du code général de la fonction publique : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / () / 4° Quatrième groupe : () / b) La révocation. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a, entre le 11 janvier 2021 et le 20 novembre 2021, utilisé frauduleusement la carte de carburant appartenant à la

communauté de communes Bazois Loire Morvan à des fins personnelles et qu'il a été condamné, sur reconnaissance préalable de culpabilité, à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis, outre le versement à la communauté de communes de la somme de 1 355 euros en réparation de son préjudice matériel et celle de 1 000 euros en réparation des autres dommages subis. Le requérant, qui ne conteste pas la réalité des faits reprochés ni même leur caractère fautif, soutient que la sanction de révocation prononcée à son encontre est disproportionnée dès lors qu'il n'avait jamais fait l'objet d'une sanction disciplinaire, qu'il était crédité de bonnes évaluations, notamment par ses précédents employeurs, qu'il s'est excusé des faits commis et a spontanément proposé de rembourser la collectivité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les faits commis par M. A n'ont pas un caractère isolé et ont été commis à, au moins, une quinzaine de reprises au cours de l'année 2021 et que le préjudice causé à la collectivité est estimé à plus de mille euros. Si, par un courrier du 30 mars 2022, M. A a indiqué rencontrer des difficultés financières et a indiqué qu'il s'engageait à rembourser les sommes détournées, ces circonstances ne sont pas suffisantes pour atténuer la gravité des faits commis. Par ailleurs la collectivité indique, sans être contredite, que les vols de carburant ont parfois eu lieu pendant la nuit et pendant des périodes de congé de maladie de l'agent. Compte tenu de la nature des faits commis par M. A et du montant du préjudice causé à la collectivité, la sanction de révocation n'apparait pas, dans les circonstances de l'espèce, disproportionnée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le président de la communauté de communes Bazois Loire Morvan a prononcé sa révocation à compter du 15 novembre 2022.

Sur les conclusions présentées en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative :

7. La présente instance n'ayant pas engendré de dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées à ce titre par la communauté de communes Bazois Loire Morvan sont sans objet et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes Bazois Loire Morvan, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, quelque somme que ce soit au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par la communauté de communes Bazois Loire Morvan.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté de communes Bazois Loire Morvan sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la communauté de communes Bazois Loire Morvan.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Zupan, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

La rapporteure,

N. ZEUDMI SAHRAOUI

Le président,

D. ZUPANLa greffière,

L. CUROT

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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