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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300056

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300056

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantSCP BON DE SAULCE LATOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 janvier 2023, M. A B, représenté par la SCP Bon de Saulce Latour, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2022 par lequel le préfet de la Nièvre a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter, sans délai, le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale ;

- sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2023, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Le tribunal a été informé, le 31 janvier 2023, que M. B, incarcéré à la maison d'arrêt de Nevers, était susceptible d'être libéré le 23 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, sur les requêtes présentées en application des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu lors de l'audience publique, le rapport de Mme C.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, est entré en France de manière irrégulière en 2017. Il a fait l'objet d'une ordonnance de placement provisoire le 6 avril 2017 et a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance alors qu'il était âgé de 16 ans et 5 mois. Le 16 août 2018, il a présenté une demande de titre de séjour qui a été rejetée le 21 juillet 2020, ce refus ayant été assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Le 2 juillet 2021, une nouvelle mesure d'éloignement a été édictée à l'encontre de M. B à la suite de son interpellation par les services de police d'Indre-et-Loire. Le 28 novembre 2022, M. B a présenté une demande de titre de séjour. Par un arrêté du 23 décembre 2022, le préfet de la Nièvre a refusé de délivrer à l'intéressé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la compétence du magistrat désigné :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. ". Aux termes de l'article L. 614-15 du même code : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. / Toutefois, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-6 de ce code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 231-5 de ce code enfin : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre qui ne peuvent justifier d'un droit au séjour en application du présent titre peuvent faire l'objet, selon le cas, d'une décision de refus de séjour, d'un refus de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour ou d'un retrait de celle-ci ainsi que d'une décision d'éloignement, conformément au titre IV. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, rendu applicable en cas de détention par le dernier alinéa de l'article R. 776-29 du même code : " () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ".

4. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au magistrat désigné de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français, et des conclusions accessoires dont elles sont assorties. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour ni sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. Il y a également lieu de renvoyer à la formation collégiale du tribunal les conclusions relatives aux frais de l'instance.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, M. B excipe, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

8. Par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié le 24 août 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Nièvre a délégué sa signature à Mme Georjon, secrétaire générale de la préfecture de la Nièvre, pour ce qui concerne, notamment, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

10. D'une part, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que dans le cadre d'une procédure contradictoire organisée par les services de la préfecture, M. B a entendu présenter une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Nièvre a rejeté la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé au motif que celui-ci n'établissait pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son fils et que la présence en France de l'intéressé constituait une menace réelle et suffisamment grave pour l'ordre public. Il résulte en effet des mentions portées au casier judiciaire de M. B que celui-ci a fait l'objet de plusieurs condamnations prononcées par le tribunal correctionnel de Tours, notamment, le 29 octobre 2020, pour usage illicite de stupéfiants et dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, et le 29 juin 2022, pour des faits de violence sur sa conjointe avec usage ou menace d'une arme et dégradation de biens appartenant à autrui, faits pour lesquels il a été condamné à un an d'emprisonnement dont six mois avec sursis probatoire pendant deux ans et incarcéré à compter du 27 juin 2022. Il avait également été condamné, antérieurement à son incarcération, par le tribunal correctionnel de Bobigny, le 27 avril 2021, à six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou délit, de conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, de dégradation de biens et de recèle de biens provenant d'un vol. Dès lors, le préfet de la Nièvre pouvait, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, considérer que la présence en France de M. B constitue une menace pour l'ordre public et lui refuser, pour ce motif, la délivrance d'une carte de séjour.

11. D'autre part, dès lors que le préfet de la Nièvre a pu, sans erreur d'appréciation, considérer que la présence en France de M. B constitue une menace pour l'ordre public, celui-ci ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. M. B n'établit pas, par les pièces versées au dossier, que sa présence auprès de son fils répondrait à l'intérêt supérieur de celui-ci alors qu'il a été incarcéré quelques mois après la naissance de son enfant, notamment pour des faits de violence commis sur sa compagne, et qu'il n'établit pas que son fils, accompagné de sa mère, lui rendrait visite à la maison d'arrêt.

14. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. M. B soutient qu'il est entré en France en 2017 alors qu'il était encore mineur et n'a jamais quitté le territoire français depuis, qu'il a travaillé de manière régulière et a noué des liens personnels et familiaux. Toutefois, le requérant, qui est incarcéré depuis le

27 juin 2022, n'établit pas qu'il entretient des liens avec la mère de son fils et avec celui-ci ni même qu'il aurait noué sur le territoire français d'autres liens personnels. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit précédemment, la présence en France de M. B, qui a fait l'objet de deux mesures d'éloignement non exécutées, constitue une menace pour l'ordre public. Enfin, l'intéressé n'établit ni même n'allègue être isolé en Tunisie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de seize ans. Dans ces conditions, la décision en litige portant refus de séjour n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, notamment de préservation de l'ordre public. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention précitée doivent, par suite, être écartés.

16. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour opposé à M. B doit être écarté.

17. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 et 15 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

18. Si M. B soutient que cette décision porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15 du présent jugement, le moyen ne pourra qu'être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français, contenues dans l'arrêté du

23 décembre 2022 du préfet de la Nièvre.

21. Les conclusions à fin d'injonction, en tant qu'elles constituent l'accessoire des conclusions à fin d'annulation sur lesquelles il vient d'être statué, doivent également être rejetées, par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. B dirigées contre la décision portant refus de séjour, contenue dans l'arrêté du 23 décembre 2022 du préfet de la Nièvre et les conclusions accessoires dont elles sont assorties, y compris celles relatives aux frais de l'instance, sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Nièvre et à Me de Saulce Latour.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mis à dispositions au greffe le 3 février 2023.

La magistrate désignée,

N. CLe greffier,

J. TESTORI

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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