vendredi 28 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300082 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 janvier, 12 mars et 26 avril 2023, M. C A B demande au tribunal d'annuler la décision du 22 août 2022 par laquelle le préfet de l'Yonne a refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de son fils mineur.
M. A B soutient que :
- il réside régulièrement en France depuis 1993, est marié depuis le 28 décembre 1995 et est le père de trois enfants dont l'ainé est de nationalité française et le dernier est un mineur âgé de 14 ans ;
- il remplit les conditions de ressources et de logement permettant le bénéfice du regroupement familial ;
- le préfet refuse le regroupement familial sous des " prétextes fallacieux " tels que celui tiré de l'insuffisance des consommations d'électricité du logement ;
- la circonstance que son employeur ne serait pas à jour de ses cotisations d'URSSAF ne lui est pas opposable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2023, le préfet de l'Yonne, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Desseix,
- et les observations de Me Baller, représentant le préfet de l'Yonne.
Deux notes en délibéré présentées par M. A B ont été enregistrées les 29 juin et 5 juillet 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien et titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 16 mai 2031, a sollicité, le 22 septembre 2021, le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de leur fils mineur. Par une décision en date du 22 août 2022, le préfet de l'Yonne a rejeté cette demande. Le recours gracieux exercé par l'intéressé le 29 septembre 2022 contre cette décision a été implicitement rejeté. M. A B demande au tribunal d'annuler cette décision du 22 août 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, en vertu du 2° de l'article L. 434-7 et de l'article L. 434-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger qui fait une demande de regroupement familial doit en principe justifier qu'il dispose -ou qu'il disposera à la date d'arrivée de sa famille en France- d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique. Lorsque la vérification des conditions de logement n'a pas pu être effectuée car le demandeur ne disposait pas encore du logement nécessaire au moment de la demande, le regroupement familial peut être autorisé si les autres conditions sont remplies et après que le maire a vérifié sur pièces les caractéristiques du logement et la date à laquelle le demandeur en aura la disposition.
3. D'autre part, en vertu de ses pouvoirs généraux, l'administration peut rejeter une demande de regroupement familial pour un motif d'ordre public tiré, notamment, de la fraude au logement commise par le demandeur.
4. Le préfet de l'Yonne a estimé que M. A B n'habitait pas effectivement dans le logement qu'il avait mentionné dans son dossier de demande et que cette fausse déclaration, n'ayant été faite qu'en vue de satisfaire artificiellement à la condition de logement prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était constitutive d'une fraude.
5. Il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas contesté que M. A B est titulaire du bail d'habitation du logement situé au 29 grande rue Saint-Antoine, à Montholon, pour lequel il a produit plusieurs justificatifs de domicile et notamment un avis d'échéance de loyer, une facture de fourniture d'eau et un échéancier de paiement de ses factures d'électricité. Si le préfet se prévaut d'une enquête de domiciliation, dont on ignore d'ailleurs dans quelles conditions elle a été diligentée, il n'a cependant produit aucun autre élément de nature à établir que ce logement était réellement inoccupé et n'avait en réalité pas vocation à accueillir la famille de M. A B. Le préfet n'apporte donc pas la preuve, qui lui incombe, que l'intéressé a commis une fraude au logement. Le requérant est dès lors fondé à soutenir qu'en refusant de lui accorder le bénéfice du regroupement familial pour le motif analysé au point 4, le préfet de l'Yonne a entaché la décision attaquée d'une erreur de droit.
6. Par ailleurs, si le préfet a indiqué, dans sa décision, que " l'URSSAF () a signalé que depuis 2021, tous les versements au titre des déclarations sociales nominatives sont rejetées ", ni les écritures en défense ni les pièces de procédure produites par le préfet à la demande du tribunal ne permettent de rendre intelligible l'autre motif sur lequel aurait entendu se fonder le préfet pour rejeter la demande de M. A B. Dès lors, et en tout état de cause, le requérant est fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de l'Yonne a retenu ce second motif pour rejeter sa demande de regroupement familial.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 août 2022 attaquée.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le préfet de l'Yonne à ce titre.
DECIDE :
Article 1er : La décision du 22 août 2022 par laquelle le préfet de l'Yonne a refusé d'accorder le bénéfice du regroupement familial à M. A B au profit de son épouse et de son fils mineur est annulée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de l'Yonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de l'Yonne.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Sens.
Délibéré après l'audience du 8 juin 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- M. Blacher, premier conseiller,
- Mme Desseix, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2023.
La rapporteure,
M. DesseixLe président,
L. Boissy
La greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
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