mardi 8 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300096 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DUPLANTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 janvier et 13 mars 2023, M. D C, représenté par Me Duplantier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de la Nièvre a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou " salarié " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. C soutient que :
S'agissant de " l'arrêté " attaqué :
- cet arrêté est entaché d'un vice de procédure en raison d'un défaut d'examen particulier de sa situation, d'une erreur de fait, d'une erreur de droit au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
- cette décision sera annulée en raison de l'annulation de la décision de refus de séjour ;
- elle est entachée d'une motivation erronée et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, d'une " erreur de droit " au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation.
M. C été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 février 2023.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 janvier et 21 mars 2023, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Hunault.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né en 1989 et de nationalité arménienne, est entré en France une première fois en février 2014, selon ses déclarations, et y a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 9 octobre 2014, confirmée le 6 octobre 2015 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Il a fait l'objet de trois mesures d'éloignement successives, en décembre 2015, décembre 2017 et avril 2019. La troisième d'entre elles a été mise à exécution, mais M. C est revenu en France et a sollicité le réexamen de sa demande d'asile, laquelle a été de nouveau rejetée par l'OFPRA le 7 mai 2020 puis par la CNDA le 22 décembre 2020. Tirant les conséquences de ces décisions, le préfet de la Nièvre, par un arrêté en date du 29 avril 2021, a refusé d'admettre M. C au séjour, lui a assigné l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel, passé ce délai, il pourrait être renvoyé d'office que le requérant n'a pas exécuté en dépit du rejet le 1er juillet 2021 de son recours en annulation par le tribunal. Le 14 juin 2022, il a, à nouveau, fait l'objet d'un refus de titre de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, à l'exécution de laquelle l'intéressé s'est soustrait à deux reprises, ainsi que d'une interdiction de retour d'un an et d'une assignation à résidence. Le 12 décembre 2022, M. C a sollicité une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 décembre 2022 le préfet de la Nièvre a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et assorti ces décisions d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans. M. C demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
2. En premier lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté attaqué, suffisante tant en droit qu'en fait, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Nièvre aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. C. Par ailleurs, la circonstance que cet arrêté mentionne la date du " 22 janvier 2015 " au lieu du " 4 décembre 2015 " constitue une simple erreur de plume qui n'est pas de nature à révéler un défaut d'examen particulier de sa situation.
3. En deuxième lieu, il est constant que M. C a fait l'objet, le 25 avril 2019, d'une obligation de quitter le territoire français qui a été exécutée le 13 mai suivant, et que, s'il est revenu en France le 5 octobre 2019, son séjour hors du territoire national, quel qu'en soit la durée, est de nature, par sa cause même, à retirer à cette résidence son caractère habituel. En outre, ni la circonstance que le préfet a estimé que le " statut d'étranger malade " de la mère du requérant " ne saurait prévaloir sur la situation administrative " de ce dernier, ni qu'il n'a pas justifié d'une insertion professionnelle, ne révèlent des inexactitudes matérielles dès lors notamment que M. C ne démontre pas avoir transmis au préfet, au cours de l'instruction de sa demande de titre de séjour, " un contrat de travail ", " une promesse d'embauche " ou encore " la preuve du dépôt des statuts de la société " créée en septembre 2022. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et " il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. C se prévaut de la présence en France de sa mère, Mme B, titulaire d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade. Toutefois, s'il mentionne la nécessité, pour elle, de recevoir l'assistance d'une tierce personne, il ne démontre pas, y compris par les attestations et certificats versés aux débats, être le seul à même de la lui procurer, aucune précision n'étant au demeurant donnée sur le degré de dépendance ou d'isolement de Mme B dont il ressort des pièces du dossier qu'elle est désormais en rémission. Le requérant, par ailleurs, est célibataire, sans charge de famille et n'allègue pas l'existence en France d'autres attaches anciennes, intenses et durables, ni ne justifie d'une insertion sociale ou professionnelle significative. Enfin, il ne démontre, par les pièces produites, pas être totalement isolé dans son pays d'origine, pas plus qu'il ne démontre la réalité des risques allégués en cas de retour en Arménie. L'arrêté contesté ne peut, dans ces conditions, être regardé comme portant une atteinte excessive aux intérêts privés et familiaux de M. C, en violation de l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
7. Compte tenu de ce qui a été énoncé au point 5, le préfet de la Nièvre, en estimant que la situation de M. C ne caractérise pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de régularisation au sens des dispositions citées ci-dessus, n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai :
8. Le refus de titre de séjour n'encourant pas la censure ainsi qu'il a été énoncé aux points précédents, il est vainement excipé de son illégalité au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai.
En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, pour les mêmes motifs qu'au point 5, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précité doit être écarté.
10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
11. M. C, qui ne justifie pas d'une intégration professionnelle significative et dont la dernière entrée sur le territoire français est récente, a précédemment fait l'objet de cinq mesures d'éloignement du territoire français. Sa mère, dont il se prévaut de l'état de santé, se trouve, ainsi qu'il a été dit, en rémission de sorte que, à supposer que son titre de séjour soit renouvelé, rien ne fait obstacle à ce qu'elle lui rende, au besoin, visite dans son pays d'origine ou dans tout autre Etat. Dans ces conditions, en limitant à deux ans les effets de l'interdiction de retour prononcée à l'encontre de l'intéressé, alors que les dispositions précitées au point 10 permettent de l'étendre à une durée de trois ans, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2022. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C, au préfet de la Nièvre et à Me Duplantier.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Hunault, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2023.
La rapporteure,
K. HunaultLe président,
L. BoissyLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026