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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300116

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300116

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Clémang, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui renouveler sa carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de procéder au renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'erreur de droit et d'inexactitude matérielle, dans la mesure où le préfet aurait dû tenir compte des revenus qu'il a perçus durant l'année 2021 et qu'il a estimé à tort que ces derniers s'élevaient, pour les six premiers mois de l'année 2022, à 715 euros par mois ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant de lui renouveler son titre de séjour.

Le préfet de la Côte-d'Or, représenté par le cabinet Centaure, a produit des pièces, enregistrées le 3 mars 2023.

Par une ordonnance du 26 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mars 2023.

Un mémoire en défense a été enregistré le 27 mars 2023 pour le préfet de la Côte-d'Or, représenté par Me Cano, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les observations de Me Clémang, représentant M. B et celles de Me Ioannidou, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant russe né le 10 juin 1984 à Kemerovo, est entré régulièrement en France le 2 septembre 2018 accompagné de son épouse et muni d'un visa de long séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale ", valable jusqu'au 28 juin 2019. Il a ensuite obtenu une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/profession libérale " valable jusqu'au 25 mai 2021. Le 15 mars 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par arrêté du 8 décembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui renouveler ce titre, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. M. B en demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "entrepreneur/profession libérale" d'une durée maximale d'un an ".

3. Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à l'étranger qui vient exercer en France une profession commerciale, industrielle ou artisanale est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Lorsque l'étranger est lui-même le créateur de l'activité qu'il vient exercer, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.

4. Pour refuser de renouveler la carte de séjour temporaire de M. B, le préfet de la Côte-d'Or a estimé que l'intéressé, qui a déclaré un revenu annuel de 7 545 euros au titre de l'année 2021 et qui a perçu, au titre des six premiers mois de l'année 2022, 715 euros mensuels, ne justifie pas de ressources au moins équivalentes au salaire minimum interprofessionnel de croissance.

5. En premier lieu, il ressort de la motivation de la décision en litige que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Côte-d'Or ne s'est pas limité à prendre en compte les revenus qu'il a perçus durant les six premiers mois de l'année 2022, mais a également tenu compte des revenus qu'il a déclaré avoir perçus en 2021. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

6. M. B soutient néanmoins que la décision attaquée est entachée d'inexactitude matérielle sur le montant de ses ressources. Il ressort des pièces du dossier, notamment des déclarations mensuelles de chiffre d'affaires auprès de l'union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF) au titre du régime " micro-social simplifié ", que la micro-entreprise créée en 2021 par M. B a généré, en 2021, un chiffre d'affaires de 27 668 euros, composé de 3 300 euros de bénéfices non commerciaux (BNC), de 12 198 euros au titre des ventes et de 12 170 euros de bénéfices industriels et commerciaux (BIC). Pour l'année 2022, cette entreprise a généré un chiffre d'affaires de 20 884 euros s'agissant des ventes et 30 euros de bénéfices industriels et commerciaux. Toutefois, pour apprécier les moyens d'existence du requérant, seul les bénéfices imposables doivent être pris en compte, et non le chiffre d'affaires brut, lequel n'intègre pas les charges de l'entreprise, telles que les frais professionnels et les cotisations sociales. Ainsi, compte tenu du régime fiscal de l'intéressé et à défaut d'autres éléments présentés par M. B pour permettre au tribunal de calculer ses charges, le bénéfice imposable de sa société, qui doit être regardé comme le revenu qu'il est susceptible de tirer de son activité, s'établit, après application des abattements forfaitaires pour frais professionnels de 71 %, 50 % et 34 % sur le chiffre d'affaires réalisé respectivement au titre des ventes, des BIC et des BNC, à environ 11 800 euros au titre de l'année 2021 et à 6 280 euros pour l'année 2022. Quand bien même le préfet de la Côte-d'Or aurait commis une erreur de fait sur le revenu mensuel réel de l'intéressé, son activité ne peut, en tout état de cause, être regardée comme lui permettant de bénéficier de moyens d'existence suffisants au sens des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, il résulte de l'instruction que le préfet de la Côte-d'Or aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis une telle erreur de fait.

7. En second lieu, M. B n'établissant pas que la décision lui refusant un titre de séjour serait illégale, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2300116

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