jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300180 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET MONTMARTRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2023, Mme E A D, représentée par Me Audrain, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence ;
- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'ensemble des moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris du 14 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de M. C, représentant le préfet de la Côte-d'Or.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A D, ressortissante argentine née le 4 août 1991, est entrée régulièrement sur le territoire français le 28 janvier 2016. Elle a bénéficié de plusieurs cartes de séjour temporaire portant la mention " visiteur ", la dernière étant valable jusqu'au 28 février 2022. Le 28 mars 2022, la requérante a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " visiteur ". Par un arrêté du 10 octobre 2022, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
2. L'arrêté litigieux a été signé par M. Frédéric Carre, secrétaire général de la préfecture, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature régulièrement accordée par le préfet de la Côte-d'Or par arrêté du 31 août 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 2 septembre 2022. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, la décision contestée opposant à la requérante un refus à sa demande de renouvellement de son titre de séjour mentionne qu'elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'elle ne remplit pas les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " dès lors qu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins. Dès lors que le préfet a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort ni des mentions de la décision contestée, qui se borne à refuser à l'intéressée le renouvellement de son titre de séjour sollicité sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'aucune pièce du dossier, que le préfet de la Côte-d'Or se serait abstenu de procéder à un examen particulier de sa situation, alors qu'à la date de la décision contestée, le préfet ne peut être regardé comme ayant été saisi par la requérante d'une demande de titre de séjour en qualité de salariée qu'au mois de septembre 2022, après deux courriers électroniques se bornant à solliciter des renseignements sur les modalités de dépôt d'une nouvelle demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation de Mme A D doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
6. Mme A D, célibataire et sans enfant, allègue qu'elle séjourne sur le territoire français de manière continue depuis un peu plus de six ans à la date de la décision attaquée, qu'elle a noué des attaches amicales en France et y a exercé une activité professionnelle dans le domaine de l'éducation. Cependant, la requérante ne produit aucun élément de nature à établir l'intensité des liens qu'elle aurait tissés en France. En outre, si la requérante allègue avoir exercé une activité professionnelle dans des écoles primaires et maternelles dans les départements du Var et de Loire-Atlantique, en se bornant à produire son curriculum vitae et une attestation de comparabilité pour son diplôme de professeure d'éducation primaire obtenu en Argentine, elle n'établit pas, malgré son souhait de devenir professeure des écoles en France, la réalité de ces activités professionnelles. Enfin, la circonstance que la requérante ait appartenu à une congrégation religieuse de janvier 2016 à juillet 2021, qu'elle ait acquis un niveau C2 de maîtrise de la langue française et qu'elle ait sollicité l'aide d'une association dans le cadre de sa recherche d'emploi ne permettent pas de justifier d'une insertion particulière dans la société française. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A D ne porte pas au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que le préfet de la Côte-d'Or aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée et une erreur de droit doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, la requérante ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles la décision contestée n'est pas fondée. Le moyen tiré de l'erreur de droit, doit, dès lors, être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'encourant pas la censure du tribunal, il est en vain excipé de son illégalité à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.
9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, Mme A D n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A D doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par le conseil de la requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions relatives aux frais de l'instance présentées par le préfet de la Côte-d'Or.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A D, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Audrain.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,
M. Hugez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
Le président-rapporteur,
P. B
L'assesseur le plus ancien,
N. Zeudmi Sahraoui
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
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