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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300198

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300198

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantROTHDIENER GAËTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2023, Mme C D, représentée par Me Rothdiener, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022, par lequel le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022, par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a assignée à résidence dans l'arrondissement de Charolles pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire, à titre principal de lui délivrer le titre de séjour demandé et, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, refus d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français :

- il n'est pas établi que le signataire de cet arrêté dispose d'une délégation de signature à cet effet, régulièrement publiée et suffisamment précise pour permettre l'édiction des décisions en litige ;

- il appartiendra au préfet de produire l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le rapport du médecin de cet Office et la décision du directeur général de cet établissement fixant la composition du collège ;

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne mentionne ni le sens de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ni les raisons qui ont amené le préfet à s'en écarter, en méconnaissance du quatrième alinéa de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet de Saône-et-Loire a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'aucun traitement approprié à sa pathologie n'existe en Albanie ou au Mali ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français ;

- les modalités de pointage à la gendarmerie de Digoin sont entachées d'une erreur d'appréciation, eu égard à l'âge de leur enfant, à la distance qui les sépare de la gendarmerie et à la pathologie dont elle souffre, qui complique substantiellement l'activité physique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mars 2023.

Par un jugement n° 2300198 du 24 janvier 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Dijon pour statuer sur les procédures prévues à l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a renvoyé les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision relative au séjour contenue dans l'arrêté du 22 novembre 2022 du préfet de Saône-et-Loire portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français ainsi que les conclusions accessoires dont elles sont assorties, et les conclusions relatives aux frais de l'instance à la formation collégiale du tribunal, et a rejeté les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français contenues dans cet arrêté.

Les parties ont été informées par une lettre du 30 janvier 2023 que cette affaire était susceptible, à compter du 22 février 2023, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 27 février 2023 par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Rothdiener, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E, épouse D, ressortissante albanaise, née en 1998 en Albanie, a déclaré être entrée en France le 24 septembre 2018, munie d'un passeport albanais en cours de validité. A la suite du rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de la demande d'asile de l'intéressée, celle-ci a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 13 août 2019. Mme D a sollicité le 15 novembre 2021 un titre de séjour mention " vie privée et familiale " au titre de la santé. Par un nouvel arrêté, en date du 22 novembre 2022, notifié le 19 janvier 2023, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté cette demande de titre de séjour, a obligé l'intéressée de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année. Par un second arrêté du même jour et notifié simultanément au premier, le préfet de Saône-et-Loire l'a assignée à résidence dans l'arrondissement de Charolles pour une durée de quarante-cinq jours. Mme D demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". Aux termes de l'article L. 614-8 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 () le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. " Aux termes de l'article L. 614-9 de ce code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, (), statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, applicable en cas d'assignation à résidence : " () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ".

4. En l'espèce, Mme D a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence par un arrêté du préfet de Saône-et-Loire du 22 novembre 2022. Par un jugement n° 2300198 du 24 janvier 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Dijon pour statuer sur les procédures prévues par les articles L. 614-7 à L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a admis l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire, a renvoyé les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision relative au séjour contenue dans l'arrêté du 22 novembre 2022 du préfet de Saône-et-Loire portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français ainsi que les conclusions accessoires dont elles sont assorties et les conclusions relatives aux frais de l'instance, à la formation compétente du tribunal, et a rejeté les conclusions dirigées contre les autres décisions contenues dans cet arrêté. En application des dispositions citées aux points 2 et 3 du présent jugement, le Tribunal ne reste donc saisi, en ce qui concerne la présente requête, que des conclusions de Mme D dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour, des conclusions à fin d'injonction, en tant que ces dernières constituent des conclusions accessoires aux conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, et des conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, par un arrêté du 24 octobre 2022, référencé 71-2022-10-24-00008, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial référencé 71-2022-172 du même jour, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme A F, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.

6. En deuxième lieu, le recours pour excès de pouvoir a pour objet, non de sommer le défendeur de justifier a priori de la légalité de la décision en litige, mais de soumettre au débat des moyens sur lesquels le juge puisse statuer. Le défendeur n'est, en conséquence, tenu de verser des éléments au débat que si les moyens invoqués sont appuyés d'arguments ou de commencements de démonstration appelant une réfutation par la production d'éléments propres à l'espèce.

7. En l'espèce, Mme D, pourtant représentée par un conseil, se borne à affirmer devant le tribunal qu'il appartiendrait au préfet de Saône-et-Loire de démontrer la régularité de la procédure suivie devant le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et la composition de ce collège, sans préciser ce qui la conduit à soutenir que cet élément de procédure était vicié. Il suit de là que son moyen doit être écarté comme dépourvu de tout commencement de démonstration.

8. En troisième lieu, la décision portant refus de séjour est motivée en droit par le visa de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en fait par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que le préfet a entendu s'approprier, contrairement à ce que soutient la requérante. Par suite, alors que la décision en litige n'entre pas dans les prévisions du quatrième alinéa de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant refus de séjour, qui manque en fait, doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que, saisi par le préfet de Saône-et-Loire en application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, dans son avis rendu le 24 mai 2022, conclu que l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale, qu'un défaut de prise en charge médicale peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé, dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier d'un traitement approprié et enfin que son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. En s'appropriant les termes de cet avis, non sérieusement contesté par la requérante, et alors que l'intéressée se borne à alléguer l'absence de traitement pour sa pathologie en Albanie, sans apporter le moindre élément en ce sens, le préfet de Saône-et-Loire, qui n'était, dès lors, pas tenu de mentionner dans son arrêté l'intégralité des termes de cet avis, et nonobstant l'erreur de plume qu'il a commise, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de Saône-et-Loire portant refus de séjour. Ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision doivent être rejetées. Les conclusions à fin d'injonction, en tant qu'elles sont relatives à cette décision, doivent l'être également par voie de conséquence.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

12. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par le conseil de Mme D.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par Mme D tendant à l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, contenue dans l'arrêté du 22 novembre 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction, en tant qu'elles sont relatives à cette décision, et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au préfet de Saône-et-Loire, et à Me Gaëtan Rothdiener.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023

Le rapporteur,

I. B

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

lc

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