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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300200

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300200

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBREY CÉLINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Brey, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n 91-647 du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- en ne produisant pas d'éléments " permettant d'affirmer que la procédure a bien été respectée ", le préfet de la Côte-d'Or a entaché la décision de refus de séjour de vices de procédure ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier, méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en outre, est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour et méconnait le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité des décisions de refus de séjour et d'éloignement.

Le 2 novembre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, le préfet de la Côte-d'Or a produit un mémoire.

Par décision du 6 mars 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Desseix,

- et les observations de Me Brey, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais (RDC) né le 7 novembre 1960, est entré irrégulièrement en France en mars 2017 pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 27 novembre 2017, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 23 octobre 2018. Par un arrêté du 11 septembre 2020, la préfète de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour pour raisons de santé, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le 30 mai 2022, M. A a déposé une nouvelle demande de titre de séjour pour raisons médicales. Par un arrêté du 13 décembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mars 2023, ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " () L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () ". Enfin, l'article R. 425-13 du même code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de séjour a été prise à la suite d'un avis motivé émis, le 14 octobre 2022, par un collège de trois médecins identifiés de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui s'est réuni pour évaluer collégialement l'état de santé de l'intéressé au vu, notamment, d'un rapport médical établi le 14 septembre 2022 par un médecin de l'OFII qui n'a pas siégé au sein de ce collège. Les vices de procédure allégués par le requérant à ce titre doivent dès lors, en tout état de cause, être écartés.

5. En deuxième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Pour refuser d'admettre au séjour M. A, le préfet de la Côte-d'Or s'est approprié la teneur de l'avis rendu le 14 octobre 2022 par le collège de médecins de l'OFII estimant que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pourra cependant bénéficier de soins appropriés en République Démocratique du Congo (RDC). Si le requérant conteste cette analyse en versant au débat des fiches Medcoi (Medical Country of Origin Information) portant sur l'accès aux soins en RDC relevant des difficultés structurelles en matière de médecine psychiatrique et le coût des médicaments dans ce pays, ces seuls éléments ne sont toutefois pas de nature à remettre en cause la position prise par le collège de médecins de l'OFII sur la situation personnelle du requérant et ne permettent pas, eu égard à leur caractère général, de considérer que l'intéressé ne pourra bénéficier des soins appropriés dans son pays d'origine. Par ailleurs, les certificats médicaux produits, qui rappellent les pathologies de l'intéressé ainsi que le suivi et les traitements médicamenteux qui lui ont été prescrits, ne permettent pas de retenir qu'il ne peut bénéficier de soins dans son pays d'origine. Si le requérant indique souffrir d'un stress post-traumatique consécutif à des sévices subis dans son pays d'origine, les éléments médicaux qu'il produit, qui reposent sur le récit de l'intéressé, ne suffisent pas, à eux seuls, à regarder comme établi le lien entre le stress post-traumatique dont souffre l'intéressé et des évènements survenus dans son pays d'origine, alors qu'au demeurant sa demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA. Dans ces conditions, les éléments produits par M. A ne sont pas suffisants pour remettre en cause l'analyse du collège de médecins de l'OFII. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Côte-d'Or n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A. L'erreur de droit alléguée à ce titre doit par suite être écartée.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A fait état de ce qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, son ancienne compagne et ses enfants n'y résidant plus, et de la présence de ses trois filles en France, qui lui apportent une assistance dans les actes de la vie courante. Toutefois, M. A a passé l'essentiel de son existence en RDC où il a vécu jusqu'à l'âge de 57 ans, où réside sa mère âgée de 84 ans mais également cinq frères et sœurs, dont il n'est nullement allégué qu'ils ne pourraient apporter à l'intéressé l'assistance que nécessite son état de santé. Ainsi qu'il a été exposé au point 6, l'état de santé du requérant ne justifie pas la délivrance d'un titre de séjour dès lors qu'il pourra bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée en RDC. Aucun obstacle ne s'oppose à ce qu'il poursuive sa vie privée et familiale dans son pays d'origine, sa demande d'asile ayant été rejetée par les décisions mentionnées précédemment. Il résulte de ces éléments que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation distincte, le moyen tiré de ce que le préfet de la Côte-d'Or aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. A en refusant de l'admettre au séjour doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, la décision refusant de délivrer à M. A un titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision d'éloignement, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

12. Ainsi qu'il a été exposé au point 6, si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pourra bénéficier de soins appropriés en RDC et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que des contre-indications médicales s'opposeraient à un retour dans son pays d'origine. Par suite, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en obligeant M. A à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. Les décisions de refus de séjour et d'éloignement n'étant pas entachées d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, tiré de l'illégalité de ces décisions, doit être écarté.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Brey.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

M. DesseixLe président,

L. BoissyLa greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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