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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300255

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300255

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300255
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP LANCELIN & LAMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Protat, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 12 décembre 2022 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Dijon Bourgogne a rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision du 18 octobre 2022 de la placer en contre-indication temporaire sur la liste d'attente nationale des greffes de rein ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Dijon Bourgogne de lever immédiatement la contre-indication temporaire et de la réintégrer sous le statut " actif " à la liste d'attente nationale des greffes de rein ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'urgence :

- elle subit une perte de chance de recevoir un greffon ;

- sa vie est en danger.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure dès lors que la procédure suivie pour déterminer l'attribution définitive des greffons, en particulier la prise en compte du critère tenant à l'obligation de vaccination contre la Covid-19, n'a pas été communiquée à l'agence de la biomédecine ;

- ni les règles de répartition d'organes appliquées par l'agence de biomédecine, ni le guide du score national de répartition des greffons rénaux ne prévoient comme critère d'attribution l'obligation de vaccination contre la Covid-19 ;

- les recommandations établies par la haute autorité de santé s'agissant de l'accès à la liste d'attente nationale des transplantations rénales ne prévoient pas qu'un patient inscrit sur la liste d'attente des transplantations puisse en être retiré au motif d'une absence de vaccination à la Covid-19 ;

- le motif retenu par le centre hospitalier universitaire pour la placer en contre-indication temporaire n'est prévu par aucun texte ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle est fondée sur les recommandations d'une association loi 1901, et non pas sur celles de la haute autorité de la santé qui sont opposables aux professionnels de santé, et le centre hospitalier universitaire s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts dès lors qu'il n'est pas établi que l'absence de vaccination contre la Covid-19 ferait courir un risque vital aux patients en attente d'une transplantation rénale ;

- elle constitue une discrimination envers les personnes non vaccinées contre la Covid-19 en méconnaissance de l'article 21 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le centre hospitalier universitaire de Dijon, représenté par Me Lambert, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction sont devenues sans objet dès lors que la décision litigieuse a été " révisée " et que la contre-indication temporaire a été levée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2300256, enregistrée le 26 janvier 2023, par laquelle Mme A, représentée par Me Protat, demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 6 novembre 1996 portant homologation des règles de répartition et d'attribution des greffons prélevés sur une personne décédée en vue d'une transplantation d'organes ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'article R. 222-1 du même code dispose que : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () ".

2. Lorsque le juge des référés a estimé, au vu de la requête dont il est saisi, qu'il y avait lieu, non de la rejeter en l'état pour l'un des motifs mentionnés à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, mais d'engager la procédure prévue à l'article L. 522-1 de ce code, il lui incombe de poursuivre cette procédure et, notamment, de tenir une audience publique. Il en va cependant différemment lorsque, après que cette procédure a été engagée, intervient un désistement ou un évènement rendant sans objet la requête. Dans ce cas, le juge des référés peut, dans le cadre de son office, donner acte du désistement ou constater un non-lieu sans tenir d'audience.

3. Mme A, atteinte d'une insuffisance rénale, a été informée le 18 octobre 2022 par un membre de l'équipe de coordination de greffe rénale du centre hospitalier universitaire de Dijon Bourgogne qu'elle ne pouvait plus être appelée pour une greffe, jusqu'à nouvel ordre, en raison d'une contre-indication de son dossier de greffe. Par une décision du 12 décembre 2022 la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Dijon Bourgogne a rejeté le recours gracieux formé contre cette décision. Alors qu'il est demandé la suspension de l'exécution de cette décision, par une décision du 9 février 2023, postérieure à l'introduction de la présente requête, le chef du service de néphrologie du centre hospitalier universitaire de Dijon a retiré la décision du 18 octobre 2022 plaçant la requérante en contre-indication temporaire sur la liste d'attente nationale de greffe. Par suite, les conclusions présentées par Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante, sont devenues sans objet.

Sur les frais liés au litige :

4. En tout état de cause, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction présentées par Mme A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au centre hospitalier universitaire de Dijon Bourgogne.

Fait à Dijon, le 13 février 2023.

Le juge des référés,

P. Nicolet

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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