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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300274

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300274

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 2 février 2023, M. A D, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, ainsi que l'arrêté du 26 janvier 2023, notifié le 27 janvier 2023, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a renouvelé pour une durée de quarante-cinq jours son assignation à résidence sur la commune de Dijon initialement notifiée le 13 décembre 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. D soutient que :

- les décisions refusant un délai de départ volontaire et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- les décisions prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et renouvelant son assignation à résidence portent atteinte à sa liberté d'aller et venir ;

- la décision renouvelant son assignation à résidence est entachée d'une insuffisance de motivation, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une disproportion quant à ses modalités ;

- l'ensemble des décisions attaquées méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le préfet soutient que :

- les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 28 juillet 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans sont irrecevables ;

- les moyens invoqués à l'appui des conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 26 janvier 2023 portant assignation à résidence sont inopérants ou non-fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Blacher, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blacher, magistrat désigné ;

- les observations de Me Hebmann, représentant M. D, qui déclare se désister de ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 28 juillet 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans, maintenir les moyens initialement soulevés dans la requête à l'encontre de l'arrêté,

- et les observations de Mme E, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures en défense et soutient en outre que la décision d'assignation à résidence est suffisamment motivée.

Mme B C a été désignée en qualité d'interprète en langue géorgienne, à la demande de M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 10h39.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant de nationalité géorgienne né le 27 juillet 1981, est entré irrégulièrement en France le 4 avril 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 26 juin 2019. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 31 janvier 2020, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 15 juin 2020. Par un arrêté du 19 septembre 2020, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans. Alors qu'il n'a pas exécuté cette mesure d'éloignement, l'intéressé a sollicité un deuxième réexamen de sa demande d'asile, qui a été rejeté par l'OFPRA le 22 février 2021. Sa troisième demande de réexamen du 10 juin 2022 a été une nouvelle fois rejetée par l'OFPRA, le 22 juin 2022. Par un arrêté du 28 juillet 2022, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans. Le 12 décembre 2022, M. D a été interpelé par les services de gendarmerie de Genlis et placé en retenue administrative en vue de la vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 13 décembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or a assigné l'intéressé à résidence sur la commune de Dijon pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 26 janvier 2023, le préfet de la Côte-d'Or a renouvelé cette assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer l'admission de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 28 juillet 2022 :

4. Lors de l'audience du 3 février 2023, M. D, par l'intermédiaire de son conseil, a déclaré se désister de ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 28 juillet 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans. Ce désistement partiel est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

En ce qui concerne l'arrêté du 26 janvier 2023 :

5. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

S'agissant de la légalité externe :

6. Aux termes de l'article L. 732-1 de ce code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

7. En l'espèce, la décision attaquée, qui vise notamment le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que M. D fait l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, édictée le 28 juillet 2022 et notifiée le 27 septembre 2022 et que l'arrêté d'assignation à résidence d'une durée de quarante-cinq jours, pris à son encontre et notifié le 13 décembre 2022, arrivant à échéance, il doit être renouvelé. La décision indique également que l'intéressé présente des garanties de représentation en ce qu'il a déclaré une adresse stable à Dijon et que, s'il ne peut quitter immédiatement le territoire français du fait de la nécessité de prévoir l'organisation matérielle de son départ, son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

8. Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ". Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de ces dispositions doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.

9. En premier lieu, M. D relève des catégories d'étrangers susceptibles d'être assignés à résidence en vertu des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 5. En se bornant à affirmer que cette mesure porte atteinte à sa liberté d'aller et venir, il n'établit pas l'erreur d'appréciation dont serait entachée cette mesure dans son principe, alors que son éloignement demeure une perspective raisonnable et qu'il s'est soustrait aux deux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre les 19 septembre 2020 et 28 juillet 2022.

10. En deuxième lieu, la décision attaquée fixe le territoire de la commune de Dijon comme périmètre dans lequel M. D est autorisé à circuler et fait obligation à ce dernier de se présenter au commissariat de police de Dijon chaque jour, à l'exception des dimanches, des jours fériés et chômés, entre 8 heures et 9 heures, afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet. Le requérant, qui a déclaré un domicile à Dijon et qui se borne à faire valoir qu'un pointage hebdomadaire serait suffisant dès lors qu'il ne présente aucun risque de fuite, ne démontre pas le caractère disproportionné des modalités décrites ci-dessus au regard de sa situation personnelle. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé, à le supposer soulevé dans la requête initiale, doit être écarté.

11. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à le supposer opérant à l'encontre d'une décision portant assignation à résidence, n'est, en tout état de cause, assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. M. D fait valoir, au demeurant sans l'établir, qu'il a noué une relation amoureuse avec une ressortissante française depuis 2020 et que plusieurs de ses amis vivent en France. Toutefois, les conséquences d'un éloignement du territoire sur la vie privée et familiale de l'intéressé résultent de l'obligation de quitter le territoire français devenue définitive dont il a fait l'objet par arrêté du 28 juillet 2022 et non de la mesure de renouvellement de son assignation à résidence du 26 janvier 2023, qui n'a ni pour objet, ni pour effet, de le séparer de sa compagne. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 26 janvier 2023 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du préfet de la Côte-d'Or présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est donné acte du désistement de M. D de ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 28 juillet 2022.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2300274 est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

Le magistrat désigné,

S. Blacher Le greffier,

J. Testori

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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