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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300307

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300307

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantMIFSUD ELODIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Mifsud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence sur la commune de Gevrey-Chambertin pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence, d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans est illégale du fait de l'illégalité des décisions précédentes et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, est entachée d'un vice d'incompétence, d'une insuffisance de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le préfet soutient que :

- s'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans, les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- s'agissant de la décision portant assignation à résidence, à titre principal, les conclusions ont perdu leur objet, à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Blacher, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blacher, magistrat désigné,

- les observations de Me Mifsud, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre, d'une part, que les conditions dans lesquelles ont été recueillies les informations pour renseigner le formulaire administratif d'éloignement pour trouble à l'ordre public n'étaient pas régulières, d'autre part, que le juge judiciaire a prononcé une interdiction judiciaire du territoire français limitée à deux ans ;

- et les observations de Mme D, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures en défense et soutient en outre que le moyen soulevé à l'audience, tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, n'est pas fondé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 14h30.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant de nationalité roumaine né le 6 octobre 1969, déclare être entré en France le 27 janvier 2023. Le 28 janvier 2023, il a été interpelé par la brigade de gendarmerie de Quetigny et placé en garde à vue pour des faits de transport, détention, offre ou cession, acquisition et importation non autorisés de produits stupéfiants. Par un arrêté du 30 janvier 2023, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par un second arrêté du même jour, le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur la commune de Gevrey-Chambertin. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer l'admission de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

5. En premier lieu, en vertu d'un arrêté du 18 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 19 octobre 2022 de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. E B, attaché hors classe, directeur de l'immigration et de la nationalité à l'effet de signer, en cas d'absence de tout membre du corps préfectoral, notamment les obligations de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, éventuellement assorties d'interdiction de retour, les arrêtés portant interdiction de retour seule ou les prolongations d'interdiction de retour, ainsi que les décisions et arrêtés fixant le choix du pays de destination des étrangers faisant l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les membres du corps préfectoral n'auraient pas été absents ou empêchés le 30 janvier 2023. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les textes internationaux et nationaux pertinents, mentionne les faits de transport, détention, offre ou cession, acquisition et importation non autorisés de produits stupéfiants reprochés à M. C lors de son interpellation du 28 janvier 2023. Elle précise que, même s'ils n'ont pas encore donné lieu à une condamnation, ces faits de nature délictuelle révèlent, par leur gravité et alors qu'il existe un risque de récidive, un comportement personnel constitutif d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française et relèvent dès lors des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision attaquée examine également les liens personnels et familiaux du requérant, en France et dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

7. En troisième lieu, s'il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse, non pas aux Etats membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union, de sorte que le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant, il résulte cependant de cette même jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, et qu'il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

8. Lors de l'audience du 3 février 2023, M. C fait valoir, par l'intermédiaire de son conseil, que les conditions dans lesquelles ont été recueillies les informations le concernant pour renseigner le formulaire administratif d'éloignement pour trouble à l'ordre public méconnaissent les droits de la défense qui s'attachent à une audition dans un cadre administratif, que l'interprète présente n'était pas inscrite sur la liste de la cour d'appel de Dijon et que la signature de l'agent notifiant fait défaut sur ce document. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ses allégations s'agissant de l'interprète en langue roumaine qui l'a assisté pour renseigner le formulaire. En outre, il ressort de ce document que M. C a été informé de ce que le préfet était susceptible de prendre une mesure d'éloignement à son encontre et a été invité à faire valoir ses observations, ce qu'il a d'ailleurs fait. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé disposait d'autres éléments pertinents tenant à sa situation personnelle que ceux déjà indiqués à l'autorité préfectorale et qui, s'ils avaient pu être communiqués à temps, auraient été susceptibles d'influer sur le sens de la décision prise. Enfin, et en tout état de cause, les éléments d'irrégularité invoqués sont sans effet sur le caractère probant des informations recueillies dont le requérant, qui a signé le document en question, n'établit pas, ni même n'allègue, qu'elles seraient inexactes. Dans ces conditions, le vice de procédure alléguée doit être écarté.

9. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, motivée ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. C, avant de prononcer l'obligation de quitter le territoire français en litige. A cet égard, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet mentionne qu'il a déclaré résider en Espagne, à Alicante. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

11. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. C n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette dernière décision à l'encontre de la décision refusant un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. C n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette dernière décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. C n'établit pas l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination. Par suite, il n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans.

15. En deuxième lieu, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que l'interdiction de circulation sur le territoire français n'assortit pas une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° de l'article L. 251-1 cité au point 4 ci-dessus mais sur le fondement du 2° de cet article. Par suite, M. C ne peut utilement faire valoir que sa présence en France ne peut relever de l'abus de droit, en ce qu'il ne réside pas sur le territoire français. Par ailleurs, le requérant fait valoir que cette interdiction conduirait à la perte de son emploi dès lors qu'il exerce une activité de transporteur routier. Toutefois, alors que l'intéressé reconnaît lui-même avoir été interpelé et faire l'objet de poursuites judiciaires pour des faits de détention et transport de produits stupéfiants, le préfet a pu, sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que le comportement personnel de M. C constituait, au regard de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société et prononcé, pour ce motif, à l'encontre de l'intéressé, qui n'a par ailleurs aucune attache personnelle ou familiale en France, une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans.

16. En dernier lieu, si le tribunal judiciaire de Dijon a, dans son jugement correctionnel du 1er février 2023, assorti la peine d'emprisonnement de M. C d'une interdiction judicaire du territoire français d'une durée de deux ans, cette circonstance, postérieure à la date de la décision attaquée, est sans incidence sur la légalité de la décision préfectorale fixant à trois ans la durée de l'interdiction de circulation sur le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

S'agissant de l'exception de non-lieu opposée en défense :

17. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que l'acte n'ait reçu aucune exécution durant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

18. Par ailleurs, le juge de l'excès de pouvoir ne peut, en principe, déduire d'une décision juridictionnelle rendue par lui-même ou par une autre juridiction qu'il n'y a plus lieu de statuer sur des conclusions à fin d'annulation dont il est saisi, tant que cette décision n'est pas devenue irrévocable.

19. En l'espèce, le préfet de la Côte-d'Or fait valoir que M. C a reçu notification, le 30 janvier 2023, de l'arrêté d'assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours alors que la garde à vue de l'intéressé devait être levée. Il indique également que le requérant a été placé sous mandat de dépôt à la maison d'arrêt de Dijon dès l'issue de cette garde à vue, dans l'attente de sa comparution immédiate. Il indique enfin que M. C a été maintenu en détention à la suite de sa comparution, le 1er février 2023, devant le tribunal judiciaire de Dijon qui l'a condamné à une peine de deux ans d'emprisonnement. Toutefois, si l'autorité administrative se prévaut d'absence d'effets juridiques de sa décision sur la situation du requérant résultant de décisions judiciaires, ces dernières ne sont pas devenues irrévocables. Dans ces conditions, le préfet, qui n'a lui-même ni retiré ni abrogé l'arrêté en litige, n'est pas fondé à soutenir que les conclusions dirigées contre l'assignation à résidence seraient devenues sans objet. Par suite, l'exception de non-lieu qu'il oppose ne peut être accueillie.

S'agissant du bien-fondé :

20. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

21. En premier lieu, en vertu d'un arrêté du 18 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 19 octobre 2022 de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. E B, attaché hors classe, directeur de l'immigration et de la nationalité à l'effet de signer notamment les arrêtés préfectoraux d'assignation à résidence. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ".

23. La décision attaquée, qui vise notamment l'article L. 731-1 1° cité ci-dessus, rappelle que M. C fait l'objet, par un arrêté du 30 janvier 2023, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans. Elle mentionne également que si l'intéressé déclare résider en Espagne, il a été interpelé sur le territoire de la commune de Gevrey-Chambertin. Elle indique enfin que si M. C ne peut quitter immédiatement le territoire français, dès lors qu'il est nécessaire de prévoir l'organisation matérielle de son départ, son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation en fait et en droit de la décision en litige doit être écarté.

24. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. C n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant assignation à résidence.

25. En dernier lieu, M. C fait valoir qu'à la date d'édiction de l'assignation à résidence son éloignement ne constituait pas une perspective raisonnable, dès lors qu'il n'avait pas encore été jugé par un tribunal judiciaire français pour les faits de détention et de transport de produits stupéfiants qui lui sont reprochés et qu'il ne dispose pas d'une adresse sur le territoire français. Toutefois, ces circonstances ne permettent pas, à elles-seules, de considérer qu'à la date de la décision attaquée, soit antérieurement au placement en détention provisoire de l'intéressé, son éloignement ne constituait pas une perspective raisonnable autorisant le préfet à l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés attaqués du 30 janvier 2023 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

28. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du préfet de la Côte-d'Or présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2300307 est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

Le magistrat désigné,

S. Blacher Le greffier,

J. Testori

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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